Sanctions !

L’année 2021 ressemble à s’y méprendre à l’année 2020. D’une morosité étonnante et d’un calme plat, on a la désagréable sensation de se faire voler le scénario post-apocalyptique dont nous avons toujours rêvé et de le voir remplacé par une sorte de fin de l’humanité molle. Pour échapper à cette triste réalité et tenter de retrouver un semblant de frisson, les éditions Zone 52 nous ont fait, en ce début de décennie, le plus beau présent que l’on puisse espérer : le renouveau de la collection Gore sous le nom acéré de Karnage.
Le phœnix poisseux renaît de ses cendres faites de stupre et de sang avec un premier roman intitulé sobrement Sanctions !, signé par la plume de l’énigmatique Talion, qui est ni plus ni moins que David Didelot, cinéphile invétéré, rédacteur en chef du fanzine Videotopsie et auteur de Gore : Dissection d’une collection sorti aux éditions Artus. C’est donc tout naturellement que lui revient l’honneur d’ouvrir le grand bal des horreurs pour cette nouvelle aventure.

Tout ici n’est que viscères, énucléations, et scènes de sexe hardcore mêlant à la fois perversités sans nom et sadisme absolu. Gabriel et Barbara Lodi forment le couple de professeurs le plus immonde du lycée L. R. et n’hésitent pas à mêler toute la petite bourgade de C. à leurs jeux dépravés. L’inspecteur Théo Fascio réussira-t-il à mettre la main sur ce qui reste de la jeune Aïcha Boumedine ? Qui se cache derrière l’obscur pseudonyme Negra’myt, amateur virtuel de real snuff ? Gaby et Barbie tirent les ficelles de cette intrigue qui s’écoule le long de leurs châtiments copieusement attribués …

Dès les premières lignes de Sanctions !, on ressent la forte influence de la cinéphilie de l’auteur sur les références utilisées. On peut recenser un nombre conséquent de titres majeurs du cinéma d’horreur au fil des pages allant du fameux CANNIBAL HOLOCAUST, à BLUE HOLOCAUST. Le déroulement du roman se fait donc avec les mêmes codes que ces œuvres : des scènes faisant avancer le récit, entrecoupées de chapitres entièrement dédiés à la dépravation. Bien que ce modus operandi entraîne un phénomène de répétition pouvant devenir monotone pour le lecteur, le récit ne s’essouffle pas et nous invite à tourner les pages inlassablement jusqu’à la résolution de l’enquête. Pour les fanatiques du genre, on se retrouve face à un écrit classique répondant à toutes les attentes liées au gore, tandis que les lectrices et lecteurs novices vont, eux, se plonger dans une expérience inédite et troublante tant l’ultraviolence explicite règne. David Didelot semble consacrer une énergie folle à l’exploration en profondeur des pires tableaux possibles et imaginables, et fait ainsi honneur à l’emblématique collection Gore dont il est le digne héritier littéraire.

Ames sensibles, s’abstenir ! Et pour les plus téméraires … Les portes de l’ignominie vous sont grandes ouvertes.