Shifting The Blame

Allemagne - 2012 - Lars-Gunnar Lotz
Titres alternatifs : Schuld sind immer die Anderen
Interprètes : Edin Hasanovic, Julia Brendler, Marc Benjamin Puch

Un soir, une femme se fait agresser par deux jeunes délinquants qui pratiquent le car jacking. L’un d’eux, Ben, ne sait résoudre les choses que par la violence et finit derrière les barreaux pour un autre délit. L’agression, elle, n’est jamais résolue. Alors que Ben croupit en cellule, un assistant social lui propose de rejoindre une maison communautaire. Ces lieux sont des prisons ouvertes où de jeunes délinquants apprennent à comprendre la portée de leurs actes et à se diriger vers une éventuelle réhabilitation. D’abord réticent, il finit par accepter mais découvre, en arrivant, que la femme qui tient la maison en compagnie de son mari, n’est autre que celle qu’il a agressée. S’en suit une lente descente aux enfers, alors que Ben, envahit de remords, essaie d’apprendre à vivre sans la violence. Alors qu’il apprécie de plus en plus les personnes qui l’hébergent, il accepte de plus en plus difficilement ce qu’il leur a fait.

Présenté dans la catégorie Panorama du Festival International du Film Policier de Liège, SHIFTING THE BLAME nous vient d’Allemagne. Il s’agit du troisième film de Lars-Gunnar Lotz, qu’il scénarise et réalise. Edin Hasanovic, l’acteur incarnant Ben avec un brio hallucinant, n’est pas très connu en France, mais il a, entre autres, joué dans des épisodes récents de la série Tatort.

Comme beaucoup de métrages du FIFPL, SHIFTING THE BLAME explore d’autres territoires policiers que les poursuites entre forces de l’ordre et gangsters. Ici, Lars-Gunnar Lotz creuse la thématique de la rédemption et l’état de la jeune délinquance avec une excellence passionnante. Au lieu d’insister sur l’insécurité du pays, comme le fait le cinéma anglais actuel (l’excellent MAY I KILLU ? en est un exemple frappant), il la traite d’une manière différente. Il plonge dans la psyché de ces jeunes, qui ne voient aucun autre moyen de raisonner que par la violence, et leurs réactions quand on leur présente d’autres options. Et, en parallèle, il expose la manière de faire face à un drame atroce, chose d’autant plus difficile que le responsable n’a jamais été attrapé. Les thèmes sont forts et amenés par étapes terriblement bien dosées.
Aucun temps mort ne s’affiche à l’écran, alors que les spectateurs suivent le parcours de Ben. Le jeune homme, brisé, violent, est incapable d’avoir des rapports sociaux normaux. Edin Hasanovic parvient à camper le personnage de manière magnifique, faisant ressentir toute la rage intrinsèque du héros, qui dégouline de lui sans qu’il n’y puisse rien, mais aussi sa recherche du pardon, son envie d’apprendre à vivre et les remords qui le dévorent.
Le réalisateur évite tout pathos larmoyant, mais exploite les blessures de chacun. Le couple, hanté par l’agression d’Eva (Julia Brendler, brillante) mais essayant d’accomplir leur métier difficile, les jeunes criminels (tous les jeunes acteurs sont très bons) et surtout Ben, explosent l’écran. Ce dernier cherche d’abord à ne pas se faire remarquer, puis apprend lentement à vivre, avec ce que cela implique de souffrances pour tout le monde.
SHIFTING THE BLAME n’est jamais ennuyeux et se révèle être un des grands moments du festival de Liège. L’écriture est brillante, offrant ce qu’il faut d’émotions, de colère, d’action. Aucune fausse note dans le scénario, qui nous mène doucement vers une confrontation prévisible entre l’agresseur et la victime. Le métrage est un grand film, intelligent et passionnant, qui mérite d’être découvert, tant il questionne, longtemps après le générique de fin, sur ses rapports à la violence et à la colère. La fin de SHIFTING THE BLAME est certes prévisible dans son message, mais cela ne retire rien de la force de ce film, qui mérite vraiment le détour.


- Article rédigé par : Yannik Vanesse


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