Succession par l’Epée

C’est en 1992 qu’Eric Tsang, acteur prolifique (près de 150 films) spécialisé dans la comédie (la série des LUCKY STAR réalisée, entre autre, par Frankie Chan durant les années 90), met en scène l’un de ses rares films : SUCCESSION PAR L’EPEE.

Un grand guerrier meurt au combat pour sauver une bande de soi disants brigands qui vit en autarcie dans un village. Cette équipe de bras cassés recueille alors son enfant qui devient, en grandissant, un combattant hors pair doublé d’un roublard fort espiègle. Ce dernier se décide à participer à l’un des plus grands tournois d’art martiaux qui soit et y rencontre une ravissante demoiselle travestie en homme. C’est le début d’une histoire d’amour doublée d’une bagarre sans merci contre l’Empereur qui prépare un mauvais coup…
Avec ce film, Eric Tsang tente de créer une nouvelle franchise du Wu xia pian. HANDSOME SIBLINGS (AKA SUCCESSION PAR L’EPEE) est, en effet, très inspiré par la trilogie délirante de Ching Siu-Tung conclue l’année précédente : HISTOIRES DE FANTOMES CHINOIS. Il tente ici de retrouver le souffle imparable de cette série en utilisant beaucoup les combats au câble, ce qui peut rebuter les amateurs d’un cinéma HK plus classique comme celui de Liu Chia-Lang (DRUNKEN MASTER II-1994) avec ses magnifiques plans séquences.
Si la magie opère lors du premier combat, qui reste un morceau de bravoure du genre, la suite s’enlise dans un humour assez typique des nombreuses productions de cette péninsule. Le comique lourdingue est même assez envahissant, à tel point que l’on s’ennuie ferme entre deux scènes d’action. Et là, stupeur, car si quelques plans larges viennent parfois nous émerveiller, il faut bien reconnaître que l’utilisation systématique des câbles au détriment de chorégraphies plus travaillées devient vite exaspérant. C’est d’autant plus bête que certaines idées sont excellentes (en particulier celle de la goutte d’eau…) et que la qualité plastique (la direction artistique est de très haute volée) est au rendez-vous. De plus, le trio d’interprètes principaux est excellent…
On y découvre un Andy Lau cabotin, aux antipodes du type de rôle qui l’a révélé en occident (tel celui de l’inspecteur Lau Kin Ming dans l’excellent INFERNAL AFFAIRS-2002), sa première apparition durant laquelle il ne cesse de se déguiser est irrésistible. Brigitte Lin, alias Lin Ching-Hsia, dévoile, en plus d’un charme fou, un talent peu commun pour l’action. Là aussi, sa composition semble bien éloignée du film qui l’a introduite auprès du grand public européen, CHUNGKING EXPRESS de Wong Kar Waï (1994). Sharla Sheung est également de la partie, elle sera, l’année suivante, l’une des héroïnes du furieux LE POISON ET L’EPEE (Poon Man-Kit). Enfin, l’ « hénaurme » Francis Ng (plus de 150 films et un talent intact) livre une interprétation pleine de fiel dont il a le secret !
Malgré toutes ces bonnes intentions, SUCCESSION PAR L’EPEE reste peu rythmé et, un comble pour un wu xia pian, ennuyeux. L’alchimie entre le comique et l’action ne prend pas et fait de cette pelloche un étrange hybride qui porte en lui les germes d’un possible classique du genre. Il ne reste, pour le spectateur, qu’une bande moyenne ponctuée de coups d’éclats et servie par une interprétation sans failles.

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