Super Express 109

Japon - 1975 - Jun'ya Satô
Titres alternatifs : Shinkansen daibakuha
Interprètes : Sonny Chiba, Eiji Gô, Etsuko Shihomi, Takashi Shimura, Yoshifumi Tajima, Ken Takakura

Avec Super Express 109, Carlotta exhume un incroyable chef-d’œuvre du cinéma japonais des années 70 à la modernité extrême, alliant thriller haletant, film catastrophe efficace et critique sociale acerbe.

Le train à grande vitesse Shinkansen s’élance avec à son bord des hommes d’affaires, des femmes, des enfants, des mères-grands ; en tout 1 500 personnes… et 1 bombe. Le preneur d’otages prévient la Japanese National Railways : si le train s’arrête, s’il descend en dessous de 80 km/heure, la bombe explosera. La cache et la procédure de désamorçage de l’engin de mort seront révélées en échange du versement d’une rançon de 5 millions de dollars.

Une course contre la montre s’engage entre la police et les preneurs d’otages, sous le regard impuissant des agents de la société ferroviaire car à un moment, fatalement, le train rencontrera son terminus.

Super Express 109

Un thriller intelligent aux multiples rebondissements

Super Express 109 est un thriller haletant, proposant un duel bandits/policiers de haute volée. L’enquête pour démasquer les maîtres chanteurs est menée tambour battant, au rythme du Shinkansen avalant les kilomètres. Le réalisateur Junya Satō, qui a également participé à l’écriture du scénario, met en scène un cerveau de la bande impressionnant, brossant avec originalité le génie d’un maître de l’organisation criminelle. Ken Takakura, véritable star dans son pays, incarne avec beaucoup de force et de nuance le personnage du terroriste. D’ailleurs, toute la distribution est à saluer. C’est une belle brochette d’acteurs aguerris et reconnus qui donne corps à cette production impressionnante. Le spectateur assiste à des courses-poursuites effrénées, des moments troublants et des destins tragiques. À travers l’enquête policière et la traque des malfaiteurs, le spectateur est plusieurs fois alléché par les rebondissements et plans alambiqués parfaitement crédibles.

Une maîtrise parfaite des ressorts du film catastrophe

Super Express 109 sort deux ans après La Tour infernale, chef-d’œuvre du film catastrophe. Et pourtant, le film japonais évite finement une éventuelle comparaison avec le mètre étalon du genre. En effet, les deux films ont en commun une parfaite construction de l’intrigue et un suspense totalement maîtrisé. En revanche, alors que John Guillermin se concentre avec angoisse sur ses personnages pour les jeter dans l’enfer du gratte-ciel en flammes, Satō ne se focalise pas sur les passagers du train. Les plans à l’intérieur du Shinkansen sont utilisés avec parcimonie, sans véritablement s’attacher à tel ou tel personnage en particulier, voire donnent lieu aux scènes les plus faibles du métrage. En tout cas, Satō n’utilise pas cette ficelle-là pour distiller l’angoisse. Il préfère inspirer l’urgence avec les dialogues entre le conducteur (magnifiquement incarné par Sonny Chiba) et la tour de contrôle, des plans larges du train, des lignes de chemin de fer en lignes de fuite, saturant l’espace sonore avec le bruit des rames et traverses. Pour la construction de la narration et la montée de l’angoisse, les maquettes sont d’une importance capitale et dans Super Express 109, elles sont magnifiques et très habilement filmées.

Super Express 109

Une profondeur de réflexion au-delà du divertissement

Et comme si cela n’était pas suffisant, Super Express 109 ajoute une autre corde à son arc, le drame social. Donner corps aux belligérants, en particulier les méchants, permet d’ajouter de la profondeur au métrage. D’un côté, les « gentils », incarnés par la police ou les cadres de la JNR, font montre de cynisme et d’un détachement peu reluisants. À travers les « méchants », le réalisateur dépeint la perte de chances, l’exclusion des plus précaires, la misère sociale et les difficultés économiques précipitant des hommes ordinaires dans le désespoir. Le film s’offre pour cadre la grave crise économique que le Japon a connue après le choc pétrolier de 1973.

D’autres questions surgissent en toile de fond comme la responsabilité, l’éthique… et la technologie. De manière extrêmement moderne, et même visionnaire, est posée la question de la place laissée au progrès et à la technologie. Le Shinkansen est doté d’un ordinateur dernier cri, le top du top, qui conduit le train seul et, s’il détecte une situation d’urgence, peut le stopper… et donc condamner à mort les passagers. L’allié fidèle se transforme alors en pire ennemi.

Cette réflexion cruciale n’est absolument pas fortuite, pour preuve une scène du début du film : alors que le Shinkansen sort de Tokyo, un autre train, de marchandise celui-ci, a été piégé avec le même dispositif pour servir d’avertissement. Tiré par une antique locomotive à vapeur, la bombe explose quand le train peine dans une côte. Prévenus, les deux mécaniciens peuvent sauter à temps. Le vieux cheval de fer, solide et poussif, permet l’issue heureuse. Le magnifique, fringuant et rapide coursier Shinkansen, fleuron du progrès triomphant, n’est pour sa part qu’un tombeau scellé excluant tout salut.

Super Express 109

Presque 50 ans après, cette œuvre est d’une modernité incroyable. Junya Satō démontre son talent, que cela soit dans la réalisation, le montage, l’utilisation des décors, des expressions des personnages, les scènes d’action. Il a coécrit le scénario qui propose une histoire à tiroirs multiples, une narration complexe et servie par une brochette d’acteurs très connus et reconnus dans le Japon du milieu des années 70. Certains viennent des films de yakuzas comme Ken Takakura ou d’action comme Sonny Chiba (acteur vedette des Street Fighter). On trouve des acteurs comme Fumio Watanabe (le 1er épisode de la sage des Baby cart : Le Sabre de la vengeance) ou le vénérable Takashi Shimura, qui interprète le torturé président de la JNR, et qui est considéré comme l’un des plus grands comédiens japonais du XXe siècle.

En bref, un merveilleux film, de merveilleux acteurs, de merveilleux effets… un petit bout de merveilleux en somme.

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- Article rédigé par : Angélique Boloré
- Ses films préférés : Autant en Emporte le Vent, Les dents de la Mer, Cannibal Holocaust, Hurlement, L’invasion des Profanateurs de Sépultures


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