The Exam

Hongrie - 2011 - Péter Bergendy
Titres alternatifs : A Vizsga
Interprètes : Zsolt Nagy, János Kulka, Péter Scherer

Jung est un professeur d’allemand. Il rentre chez lui le jour de Noël 1957 et se prépare à recevoir ses élèves. Cependant, derrière cette identité banale se dissimule celle d’un espion, résidant dans un appartement prêté par le gouvernement pour recevoir les rapports d’autres espions qui cachent leur identité derrière celle des élèves de notre professeur censément sans histoire. Mais il ignore qu’il est surveillé par ses supérieurs dans le cadre d’un test visant à vérifier sa loyauté et son obéissance, test rendu obligatoire par un décret de loi frisant la paranoïa.

Le cinéma hongrois n’étant pas le plus facile d’accès, le Festival International du Film Policier de Liège nous offrait l’occasion rare de le découvrir à travers ce The Exam, en compétition officielle. Il s’agit du deuxième film de Péter Bergendy. Gabriella Hàmori, excellente dans ce film, a de plus vu sa prestation récompensée par le prix de la meilleure actrice du festival.

Les amateurs de films d’espionnage remplis d’actions risquent d’être déçus devant ce film qui porte diablement bien son nom. THE EXAM, en effet, est bien éloigné des derniers James Bond et déroule lentement une intrigue paranoïaque où tout le monde surveille tout le monde, les espions hongrois n’ayant visiblement même plus besoin d’ennemis pour manipuler et espionner les autres. La réalisation, qui évite le superflu tapageur, est la plupart du temps calme, posée, confiante dans son intrigue et ses personnages pour ne pas juger nécessaire d’impressionner son public par des mouvements inutiles. Reste cependant quelques courses-poursuites, caméra à l’épaule, qui s’avèrent être aussi courtes que dynamiques, et une scène de torture brutale, sobre et sèche.
Péter Bergendy privilégie donc ses personnages, son histoire et ses dialogues. Si les protagonistes sont plutôt classiques, ils sont campés par d’excellents acteurs (Zsolt Nagy, qui incarne Jung, est impressionnant et porte presque tout le film sur ses épaules, mais il est loin d’être le seul) qui incarnent avec brio des personnages terriblement ambigus. Si l’empathie n’est pas aisée – car ils provoquent tour à tour défiance et sympathie, parfois même le rejet – ils offrent une plongée dans cette période sombre de la Hongrie, méfiante et communiste, où il ne faisait pas franchement bon vivre. Les quelques monsieur- ou madame-tout-le-monde voient ainsi leur environnement régulièrement perturbé par les membres du gouvernement qui n’ont besoin d’aucune raison particulière pour imposer leur volonté ou pénétrer chez quelqu’un.
Bien que peu original, ce récit dont le titre résume tout révèle tout de même quelques surprises bienvenues, en particulier dans sa conclusion, sobre et excellente. La reconstitution de l’époque est, quant à elle, superbement mise en scène et étouffe le spectateur sous sa méfiance anxiogène, et la tension faiblit rarement durant THE EXAM.
Certes, quelques petites longueurs se font ressentir (difficile de les éviter en plaçant presque toute l’action de son film dans une rue et deux appartements). Mais réussir à distiller autant de tension en filmant un homme derrière des écouteurs et un autre observant une fenêtre à travers l’œil d’un appareil photo, tout en discutant et en émettant des hypothèses, mérite le respect.
THE EXAM est un très bon film d’espionnage, tendu en diable et offrant une vision réaliste de la Hongrie de la fin des années cinquante, qui ravira au plus haut point les amateurs du genre.


- Article rédigé par : Yannik Vanesse


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