The Nightshifter

Stenio est un employé de nuit dans une morgue à la vie relativement morne si ce n’est qu’il possède la faculté de parler aux morts. Entre son boulot mal payé et sa femme peu encline à lui montrer un peu d’affection, Stenio navigue en eau trouble à la limite de la dépression quand il commence à nourrir le soupçon que sa femme puisse le tromper. L’apparition d’un canapé tout neuf dans son salon alors qu’il n’a même pas assez d’argent pour pouvoir se payer un verre au troquet du coin le pousse à surveiller sa femme. Découvrant qu’elle le trompe avec le patron du dit troquet, Stenio se décide à utiliser son pouvoir afin de se venger sans savoir qu’il va déclencher une terrible malédiction sur lui et sa famille.

Le récit de THE NIGHTSHIFTER suit de près les grandes œuvres fantastiques où l’octroi d’un pouvoir ou d’un secret délivré par le monde des morts n’engendre que de la souffrance. Soignant son atmosphère fantastique, le film entoure son héros de macchabées au visage déformé quand ils s’expriment, aux yeux exorbités collés au héros, faisant douter que son pouvoir soit un don. D’ailleurs, le film flirt longtemps avec l’idée que le héros est peut-être simplement complètement fou, doute qui restera imprimé chez son entourage. C’est avec une sorte de sadisme que la malédiction lui colle d’ailleurs à la peau, un sadisme qui n’est pas sans rappeler celui exprimé par Sam Raimi dans la saga EVIL DEAD.

Le fantastique est une thématique qu’aime aborder le cinéaste brésilien Dennison Ramalho qui revient dix-huit ans après son premier long métrage, NOCTURNU où un vampire s’attaquait à des prostituées. Entre les deux longs métrages, il signe trois courts métrages, dont NINJAS qui parle de fanatisme avec une atmosphère de frénésie. À la différence toutefois des œuvres fantastiques classiques occidentales, le cinéma de Dennison Ramalho est dans son A.D.N. brésilien et ne peut s’empêcher d’aborder la question du social. Ainsi dans NINJAS un policier tue un gamin par erreur, tandis que dans THE NIGHTSHIFTER le cinéaste fait le portrait de tous ceux travaillant pour le service public payé une misère, mais aussi le portrait de favelas aux mains de gang, d’enfants livrés à eux-mêmes.

Ainsi tous les morts passant dans sa morgue sont issus de gangs, visiblement des criminels abattus par la police. Sans que cela soit explicitement dit, on sent toutefois une atmosphère sociale de décrépitude, de système tenant à peine debout, de fonctionnaires au bout du rouleau, où finalement, le crime ne peut être puni que par une malédiction d’ordre fantastique. Jouant avec les traditions et les croyances brésiliennes, THE NIGHTSHIFTER pose une ambiance résolument noire sans espoir, où le seul moyen d’échapper à la malédiction est d’en accepter le prix.

Seul bémol à cette bande horrifique, c’est un ventre mou avant le dernier tiers du film, où l’on sent un enchaînement hasardeux de scènes horrifiques un peu trop inspirées par le cinéma horrifique hollywoodien actuel dans ce qu’il fait de plus consensuel et répétitif. Ce ventre mou est cependant pardonné par une fin onirique et totalement nihiliste assez sublime.