The Peace Hotel

Dans les années 30, un tueur récupère une auberge appelée le Peace Hotel. Il en fait un sanctuaire où quiconque peut venir se réfugier, y compris les fugitifs. Mais un jour, une femme sans le sous débarque, poursuivie par un gang. Le tueur se retrouve contraint de choisir entre livrer bataille contre le gang ou la livrer à celui-ci.

Filmé en 1995, PEACE HOTEL de Wai Ka-Fai tient une place particulière dans la filmographie de Chow Yun-Fat. En effet, après ce film, il tente sa chance aux Etats-Unis alors qu’il était bien installé en tant qu’acteur spécialisé dans le cinéma d’action à Hong-Kong, grâce notamment aux métrages de John Woo, THE KILLER ou LE SYNDICAT DU CRIME. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de retrouver ici et là des allusions à ces derniers : le personnage de Chow Yun-Fat est surnommé « le roi des Tueurs » (ou « Killer » en VO), ses postures sont similaires à celles qu’il adopte dans les long-métrages sus-cités et PEACE HOTEL baigne dans une ambiance romantique qui n’aurait pas déplu à Woo.
On souligne que le métrage de Wai Ka-Fai se singularise par une inspiration à mi-chemin entre le western et la comédie musicale. Du western, nous retrouvons l’atmosphère avec ce village abandonné où se trouve l’établissement éponyme. Nous avons l’impression d’être dans une ville fantôme, uniquement défendue par les résidents de l’hôtel et ce roi des Tueurs. Pour ce qui est de la comédie musicale, il faut aller voir du côté de la relation entre Chow Yun-Fat et la femme interprétée par Cecilia Yip. L’intrigue verse dans la romance pure et nous avons même droit à une jolie musique en interlude.
Cependant, nous pourrions nous inquiéter sur le caractère a priori antagoniste de ces deux genres, puisque le western est plutôt ancré dans le réel tandis que la comédie musicale est caractérisée par un sens du lyrisme plus appuyé. Or, Wai Fa-Kai réussit à homogénéiser l’ensemble en faisant appel à un sens de la chorégraphie très poussé. De la sorte, le long-métrage parvient à aligner les morceaux de bravoure sollicités par un récit de western, tels que la scène où Chow Yun-Fat défend seul l’hôtel assiégé par des milliers de soldats. Ainsi, une scène qui est un passage obligé trouve son souffle grâce aux attributs d’un genre qui lui est, à priori, étranger.
Toutefois, on peut reconnaître que les personnages secondaires (les autres locataires de l’hôtel en particulier) peuvent rendre le visionnage du long-métrage assez pénible. Ces derniers ont tendance à gesticuler dans tous les sens, et ce, pour n’importe quoi. Pourtant, nous ne pouvons pas leur en tenir rigueur, puisqu’il semblerait que cela soit un défaut récurrent dans les comédies musicales chinoises. Il s’agirait d’une convention culturelle, et cette caractéristique ne devrait donc pas altérer l’adhésion du spectateur habitué à ce type de productions.
Hormis ce bémol, il faut reconnaître que PEACE HOTEL possède des moments de fulgurance, notamment grâce à ses morceaux de bravoure tels que le siège de l’hôtel et les multiples duels. On ajoute à cela le simple fait que le personnage de repenti romantique sied à merveille à Chow Yun-Fat, que l’on voit pensif, contemplant le monde à l’horizon. Dispensable, certes, mais sympathique.