The Profane Exhibit – Âmes sensibles, abstenez vous – Critique

Un texte signé Sophie Schweitzer

Canada, Italie, Allemagne, Espagne - 2022 - Uwe Boll, Ruggero Deodato, Nacho Vigalondo, Marian Dora, Anthony DiBlasi, Yoshihiro Nishimura, Sergio Stivaletti, Ryan Nicholson, Todd Schenider, Jeremy Kasten
Interprètes : Monique Parent, Tina Krause, Thomas Goersch

The Profane Exhibit rassemblant de grands noms du genre sort enfin dans sa version complète !

Comme tout film d’anthologie horrifique, il repose sur le principe de réunir plusieurs courts hétéroclites qui plongeront le spectateur progressivement dans une horreur rampante et tétanisante. Fort de sa volonté de rassembler les plus grands réalisateurs du genre, The Profane Exhibit a connu des difficultés de distribution. Une version incomplète sort en 2013 et cela est dû au fait que certains segments sont très extrêmes. Ce n’est qu’en 2023 que la version complète a pu sortir et être projetée durant le Sadique Master Festival.

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Une anthologie profondément sadique

Le premier segment de The Profane Exhibit nommé Mother May I nous plonge dans l’atmosphère inquiétante d’un monastère dirigé d’une main de fer par la mère supérieure. Avec une lumière très soignée, des décors imposants, de jeunes comédiennes talentueuses, Anthony DiBlasi, son réalisateur, se démarque par la beauté de son segment. Connu pour The Plague, The Midnight Meat Train ou encore Dread, il permet au spectateur de glisser en douceur dans l’horreur.

Le second, nommé The Hell-Chef, nous entraîne dans un monde psychédélique, haut en couleur et effrayant où Yoshihiro Nishimura donne libre court à son imagination. Le réalisateur de The Machine Girl et Tokoyo Gore Police, s’inspire aussi bien de Ténèbres de Dario Argento que des légendes nippones pour donner vie à un délire visuel aussi démentiel qu’incroyablement créatif.

Le troisième court est réalisé par le mal aimé Uwe Boll qui délaisse les adaptations plus ou moins réussies pour s’attaquer à un tragique fait divers. S’inspirant de l’histoire effrayante de Josef Fritzel et sa malheureuse fille, il nous montre les ignobles agissements d’un père abusif. Basement est simple et efficace. De surcroît, il nous permet de revoir Clint Howard (The Cold War, L’homme de la Crème, Waterboy).

Vient ensuite le segment de Ruggero Deodato nommé Bridge. Il nous amène dans un village aux allures médiévales où deux enfants jouent près d’un pont. Une femme vient pour se jeter dans le vide mais alors qu’elle semble se raviser, des enfants apparaissent. S’il est intéressant, le segment reste néanmoins trop court pour ne pas être frustrant.

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Âmes sensibles, abstenez vous.

Pour la suite, Tophet Quorom nous amène en Italie où une femme accouche de jumeaux. Son mari, un médecin de profession, lui jure que l’un des rejetons est décédé, mort-né, mais la femme n’y croit pas. A la recherche de son enfant, elle va descendre dans les tréfonds de la maison familiale et découvrir les abominations qui sont commises dans les sous-sols terrifiants gardés par des monstres à visage humain. On reconnaîtra ici la patte de son réalisateur, Sergio Stivaletti, le maître italien des effets spéciaux et réalisateur de The Wax Mask.

Dans Goodwife, Ryan Nicholson qui a travaillé sur Scary Movie et Destination Finale, nous montre un homme dont le machisme le pousse à tuer toute femme menant une vie trop dépravée à ses yeux. Sa propre épouse, femme au foyer, lui semble parfaite en tout point, jusqu’à ce qu’elle découvre ses activités nocturnes. Si le début est intéressant, avec l’horreur traitée en plein cadre, la fin s’avère, en revanche, décevante. D’autant plus qu’un manque de budget flagrant va augmenter l’impression d’une fin gâchée.

Le réalisateur de Timecrimes, Nacho Vigalondo, nous plonge ensuite dans une très étrange mise en scène où un homme veut punir son père pour ses péchés mais ce dernier atteint d’une dégénérescence au cerveau ne s’en souvient plus. Les péchés du père est redoutablement efficace, bénéficiant d’une mise en scène soignée et d’une écriture tranchante.

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L’horreur se décline sous différents prismes.

Dans Mors in Tabula, Marian Dora, le réalisateur allemand aimant explorer les vices humains, s’attaque à dépeindre une période sombre de l’histoire de son pays. Sous l’ère nazie, un médecin de la ville vient soigner un enfant d’une famille paysanne. Au rythme des chants patriotes, le chirurgien tranche la chair et fait un choix des plus amoraux. L’atmosphère est léchée, comme la lumière blafarde digne d’un tableau du mouvement romantique. On pourra lui reprocher cependant une certaine lenteur et répétition dans son montage, surtout pour le final.

L’ensemble s’achève sur le dernier segment qui est aussi le plus long, Manna de Michael Todd Schenider. Il nous montre la lente agonie d’un homme masochiste qui s’expose dans un club libertin où de belles femmes vont le torturer. Cependant, sans vraiment de ligne directrice perceptible et arrivant à la fin d’une longue anthologie, il est moins évident d’y accrocher.

Enfin, il convient de dire que Jeremy Kasten qu’on avait pu voir réaliser un segment de The Theatre Bizarre ou encore Attic Expéditions, s’est occupé de réaliser les séquences liant tous les segments ensemble. Amouche Bouche montre en très gros plan de la chair découpée en lambeaux. Ralentis et retours en arrière donnent une dimension très esthétique à un concept des plus simples.

Ce voyage au pays de l’horreur et du sadisme s’adresse avant tout à un public averti et procurera du plaisir aux amateurs du genre, ne serait-ce que celui de retrouver de grands réalisateurs. Mais cela peut aussi permettre aux nouveaux amateurs de découvrir ces grands artisans !


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- Article rédigé par : Sophie Schweitzer

- Ses films préférés : Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite


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