The Scythian

Lutobor, vassal du roi, voit sa femme enlevée par des Scythes qui ne la lui rendront que s’il tue son souverain. Mais c’est mal connaitre notre guerrier qui s’en va sauver son épouse et dérouiller ceux qui ont osé la toucher. Et comme on le scande dans la Sainte Russie : « C’est la Lutobor finale ! » (Air connu)

Le cinéma russe tel qu’on le découvre par chez nous fait souvent le grand écart entre du cinéma d’auteur assez pointu – et souvent passionnant – et des blockbusters très calibrés et d’un intérêt qu’on qualifiera poliment d’assez limité.

Les festivals ont cette fonction de têtes chercheuses pour déceler les pépites, les films novateurs ou les simplement intéressant. Ainsi du 36ème BIFFF qui en 2018 a alterné, pour le ciné de genre russe, entre le nullissime BABY COP (une comédie à 3 roubles et 6 kopecks à base d’échange d’âme entre un flic badass et un bébé) et le nettement plus intéressant THE ENVELOPPE. Mais aussi et surtout, on a vu y débarquer ce CYTHIANS qui, s’il reste tout aussi basique que nombre de ses prédécesseurs du genre médiéval-ma-hache-dans-ta-gueule, déploie quand même quelques atouts qui lui permettent d’emporter notre adhésion.

Gros succès public en Russie, CYTHIANS faisait donc sa première internationale au BIFFF.

Adhérerons-nous à cette ode à la Sainte Russie ? Oui … mais seulement armé d’un solide second degré.

De la même manière que nous pouvons nous extasier devant un CONAN LE BARBARE (le chef d’œuvre de Millius évidemment, pas son horrible relecture boursoufflée en 3D) ou simplement nous amuser devant MAD MAX III LE DOME DU TONNERRE (oui, on est d’accord, c’est le moins bon des MAD MAX), deux films auxquels CYTHIANS n’hésite pas à piquer quelques séquences (franchement, le combat dans l’arène les gars, c’est exagéré !).

Dans ce brave et très fort guerrier resté fidèle à son roi qui s’en va sauver sa famille à la force de son épée, il est difficile de ne pas voir une production qui aura tout fait pour flatter le chauvinisme de l’esprit russe. On peut même carrément parler d’œuvre de propagande. Et pour enfoncer le clou pour les trois derniers qui n’auraient pas compris l’allégorie, notre héros, après avoir bu une potion (non Obélix, pas toi, tu es tombé dedans quand tu étais petit !) se transforme en un invincible ours dont il acquière la puissance destructrice. Rappelez-moi encore quel est l’animal totémique de la Russie ? Un ursidé dites-vous ?

Donc, au premier degré, on aura compris que CYTHIANS pue un peu son nationalisme. Mais ajoutons à notre regard quelques degrés (éthyliques ?) supplémentaires et le voilà d’un coup qui bonifie et se révèle aussi gouleyant qu’une production Cannon (pour rester dans le giron « bourrin nationaliste » qu’a plus souvent qu’à son tour emprunté la défunte Cannon).

Parce que point de vue spectacle, CYTHIANS tient ses promesses de spectacle barbare. Une approche du sujet pour le moins éloignée de celle d’Eisenstein sur son diptyque YVAN LE TERRIBLE pour user de litote.

Le héros, incarnation de l’âme russe, reste irréprochable. Les combats s’enchainent, violents mais sans verser trop dans l’improbable généré par trop d’effets spéciaux : le côté réaliste est (plus ou moins) préservé. Et le film a l’intelligence de ne pas sombrer dans la débauche ininterrompue d’action décérébrée. Il alterne au contraire séquences d’action et de dialogue pour faire respirer l’ensemble et tenir le rythme.

Un bon point : le scénario a l’intelligence de sacrifier des personnages importants (l’influence de GAMES OF THRONE ?) à un moment que l’on n’attendait pas forcément. Un bon effet de surprise qui relance dès lors notre intérêt.

Le film se conclut sur un cliffhanger qu’on peut lire soit comme une conclusion sacrificielle à portée héroïque dont on renforce l’effet en éludant le climax … soit, le suspens étant maintenu par l’élision, comme une ouverture vers une suite, certains gros enjeux du scénario n’étant de toute manière pas parfaitement résolu. Gageons que le succès commercial devrait pousser la production à envisager une suite.

Vu d’Occident, CYTHIANS offre, une fois qu’on le dépouille de ses oripeaux nationalistes (ou qu’on s’en amuse), un rafraichissant divertissement qui pour partie nous maintient dans une esthétique ou une narration familière et pour partie s’éloigne des canons du genre. On souligne aussi le travail sur les décors et costumes qui, sans renouveler totalement le genre, sort de sentiers trop balisés par les productions occidentales.

Bref, découvrez-le, mais ne vous sentez pas obligé d’acheter un poster de Poutine dans la foulée.