The Sorcerer and the White Snake

Deux jeunes et jolies Serpents, des démons au visage de femme et au corps de reptile, batifolent dans les montagnes chinoises quand leur regard est attiré par un groupe d’hommes qui escaladent les sommets pour cueillir des herbes médicinales. L’un d’eux, Xu Xian, finit par tomber dans un lac en contrebas et est en train de se noyer. SuSu, la plus jeune des Serpents, se précipite à son secours, troquant au passage sa queue couverte d’écailles pour des jambes – et une tunique, dignité oblige. Laissant Xu Xian entre les mains bienveillantes de ses amis, SuSu disparaît. Mais elle est incapable de l’oublier, et profite d’un festival local pour le retrouver. Mais le moine Fahai, décidé à éradiquer tous les démons de la surface de la terre, se lance bientôt à sa poursuite.

Depuis le troisième volet de HISTOIRE DE FANTOMES CHINOIS, Tony Ching n’était pas revenu au genre fantastique. Il a multiplié ses incursions dans le genre du polar ou du film épique, mais il semblait en avoir fini avec les voiles vaporeux et les esprits aux yeux de biche. Pourtant, il revient au genre avec ce SORCERER AND THE WHITE SNAKE, qu’il présente au BIFFF en personne, nouvelle adaptation d’une légende qui a déjà eu les honneurs de plusieurs passages sur les écrans de cinéma. La dernière en date était celle de Tsui Hark, mais elle remonte déjà à 1993. Pour donner un souffle nouveau à cette histoire si connue du public chinois, Tony Ching choisit d’utiliser le plus possible les effets numériques, qui permettent de donner vie à sa vision.

Mais quelle est-elle? La légende du Serpent Blanc était déjà un hymne à la tolérance. Ching insiste sur ce point en introduisant le personnage du jeune disciple de Fahai qui se transforme peu à peu en démon. Car c’est le personnage du moine, magnifiquement interprété par Jet Li, qui est au centre du film. C’est son parcours du massacreur intransigeant de toute forme démoniaque à un chasseur de monstre plus mesuré qui intéresse le réalisateur, au détriment parfois du message d’amour qu’il essaye de délivrer.

En effet, là où le Serpent Blanc était toujours montré comme une femme amoureuse et dévouée, elle commet ici de nombreuses erreurs qui coûtent cher à son compagnon, des actes égoïstes au détriment de leur relation. Pourtant, Ching tient à moderniser la légende en proposant des femmes au comportement proche de celui qu’elles pourraient avoir actuellement. Pour incarner cette femme moderne, il a choisi Eva Huang qui, avec ses yeux sombres et son visage délicat, s’inscrit dans la droite ligne des actrices comme Joey Wong – interprète principale de HISTOIRE DE FANTOMES CHINOIS – ou Brigitte Lin – qui incarna la délicieuse mariée aux cheveux blancs dans JIANG-HU de Ronny Yu.

Ching profite des avancées en CGI pour réaliser un film à la beauté plastique totalement chinoise. Que ce soient certains plans presque monochromes ou des séquences complètes aux couleurs très vives, il s’est fortement inspiré des peintures traditionnelles chinoises.
Il intègre aussi de nombreux autres esprits du bestiaire traditionnel chinois. Fahai combat ainsi des renardes, ainsi que des vampires – même si ceux-ci sont largement corrompus par l’aspect des vampires occidentaux.
Les rituels et fêtes traditionnelles bouddhiques sont aussi dépeints avec beaucoup de détails.
THE SORCERER AND THE WHITE SNAKE est un film résolument chinois, y compris dans l’humour que Ching a choisi de distiller çà et là. Il fait partie des plus réussis parmi les nombreux films chinois présentés cette année au Brussels International Fantastic Film Festival – qui proposait en effet pas moins de six longs métrages de l’Empire du Milieu.

Parmi les points faibles du film, notons quand même la qualité contestable des CGI et la perte de magie qu’elles induisent quand elles remplacent les habituels combats réalisés au bout de câbles. Cela permet certes de faire combattre des jeunes femmes qui n’y connaissent rien en wu-shu, mais cela donne des affrontements finalement peu esthétiques. C’est un comble pour un chorégraphe de films d’arts martiaux, non?

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