Thirst

Corée du Sud - 2009 - Park Chan-Woon
Titres alternatifs : Bakjwi
Interprètes : Kang-Ho Song, Ok-Bin Kim, Hae-Sook Kim, Hae-Kyun Shin, In-Hwan Park

Sang-hyeon prêtre catholique admiré, participe comme cobaye à des expérimentations en Afrique afin de mettre au point un vaccin contre une maladie mortelle. Contaminé, une transfusion le ramène miraculeusement à la vie…

Le réalisateur Park Chan-Wook est connu sur le plan international pour la trilogie SYMPATHY FOR MR.VENGEANCE (2002), OLD BOY (2003) grand prix du jury au festival de Cannes en 2004, SYMPATHY FOR LADY VENGEANCE (2005).

THIRST a gagné le Prix du jury à Cannes en 2009. Il y retrouve pour l’occasion Kang-ho Song dans le premier rôle, l’avaleur de poulpe vivant de OLD BOY, aussi connu pour son travail dans THE HOST de Joon-Ho Bong (2006) ou encore dans LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE de Kim Jee-Woon (2008).

Park Chan-Wook s’est forgé une réputation de novateur. Le spectateur ne doit pas s’attendre à un film de vampire traditionnel. Et si il s’inspire des codes du film de genre, c’est pour mieux les pousser à leur paroxysme. Ce qui ne déplaira, ni au cinéphile, ni à l’amateur de films de genre… Le réalisateur réalise une œuvre personnelle référencée et esthétisante, aussi provocante, ironique, grand guignol, que ses oeuvres précédentes.

Chez Park Chan-Wook, chef de fil du cinéma sud-coréen, la violence appelle la violence et s’inscrit dans un cercle vicieux qui pose la question de son sens… On ne peut en attendre moins chez cet ancien étudiant en philosophie ! Ses personnages, tels des pantins absurdes, se retrouvent dans des situations sur lesquelles ils n’ont aucun contrôle. Ils échouent misérablement à reprendre la main: Sang-hyeon est un prêtre zélé, prêt à se sacrifier pour sauver l’humanité. Ce sacrifice, pourtant, ne sera pas récompensé… Pire, il devient un cauchemar pour ses concitoyens, en proie à des violentes pulsions sexuelles, à des années lumière de la sainteté espérée…

Le propos de THIRST n’est pas toujours facile à suivre: le film, plutôt long, est un assemblage de scènes sophistiquées, parfois décousues. La figure du vampire sensible et qui se dégoûte n’est pas neuf : ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE de Neil Jordan (1994) proposait déjà un monstre torturé par sa conscience et son sens moral. Rien de vraiment novateur, dans sa figure du vampire.

Le réalisateur file avec élan la métaphore. La « soif » n’est pas seulement celle du sang mais aussi celle de la chair. L’être humain, sous le vernis de civilisation, redevient bestial : la limite entre l’homme (ou la femme !) et l’animal est plus que fragile…Le sang, le sexe et la passion amoureuse, sont décrits comme des drogues, dont notre curé ne peut plus se passer. Cela donne l’occasion à des scènes érotico gores originales et réjouissantes dans lesquelles l’humour contrebalance sans cesse le tragique, l’objet de la passion de notre curé n’ayant pas ses scrupules pour les jeux de massacre….

Park Chan-Wook oscille entre deux dimensions : le plaisir de la transgression et le tourment de celle-ci. Avec une préférence pour cette dernière. Certains trouveront, d’ailleurs, ce parti pris décevant de la part du réalisateur de OLD BOY, lequel casse le côté subversif qu’on était en droit d’attendre d’un tel pitch et d’un tel réalisateur ! Le désespoir rode dans ses films, toujours contrebalancé par les scènes transgressives grand guignolesques qui marquent son style unique.


- Article rédigé par : Nattie Descamps


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