Treevenge

Canada - 2008 - Jason Eisener
Interprètes : Mike Cleven, Sarah Dunsworth, Lex Gigeroff

Comme chaque année durant la période de Noël, le sapin représente un commerce prospère. Voilà donc que surgissent de toutes parts des bûcherons hargneux, aux gueules volontairement parodiques, pressés d’abattre du sapin. Hache, scie, tronçonneuse, qu’importe les moyens, ils sont prêts à tout pour gagner leur vie. Malheureusement, cette année là, ils risquent plutôt de la perdre car le mécontentement se fait sentir et les sapins se révoltent.
La parodie du film de genre est à la mode en ce moment et TREEVENGE est un court-métrage qui s’inscrit totalement dans cette mouvance-là, à la seule différence qu’il choisit de ne rien édulcorer préférant jouer sur le format court pour provoquer le spectateur et mieux le tenir en haleine. Devant la pauvreté de nombreux films qui se veulent « fun », le récent PIRANHA 3D en première ligne, TREEVENGE préfère revenir à la référence intelligente, telle que la pratiquait Peter Jackson sur BRAINDEAD. Et de ce fait, il revisite avec ironie et vitalité les principes du film gore, du film catastrophe, du film de prison, etc, sans pour autant délaisser une critique sous-jacente et acerbe de la société. Les bûcherons sont filmés comme de véritables sauvages, des asociaux, des serial killers qui s’accomplissent en abattant toujours plus d’arbres. Le portrait de chacun d’eux est fait dès le début. L’utilisation de gros plans et la particularité des visages permettent de comprendre rapidement leurs intentions, et en même temps la veine totalement parodique de l’œuvre. Le film ne se prend presque jamais au sérieux, détournant à chaque séquence les récurrences de chaque genre.
Le traitement des arbres n’est pas sans faire penser à la déportation et aux films carcéraux. Avant de partir sur les marchés de Noël, les conifères sont d’ailleurs traînés dans des chemins boueux et entassés les uns sur les autres dans de gigantesques camps.
Voulant parfois jouer la carte du burlesque, les arbres frétillent et se parlent entre eux, ce qui donne lieu à des scènes extrêmement hilarantes. Lorsque notamment deux sapins essayent de s’entraider en se tenant les branches. Ou encore quand le voyage en camion permet de présenter des différences de caractère notables entre les sapins (le stressé qui veut s’enfuir, le sage, les marmots).
Le réalisateur s’attache à filmer tout cela avec minutie et dévoile, une fois que le spectateur est bien rentré dans le film, le côté grotesque des fêtes de Noël. Après avoir subi beaucoup, les sapins ont encore droit à des discriminations lorsqu’ils sont achetés ! Et une fois installés dans le foyer, ils leur est interdit d’avoir la paix à cause des décorations moches qu’on leur fait porter ou encore des cadeaux que l’on met à leurs pieds. Dans ces conditions, comment un sapin peut-il survivre ?
Obéissant à la règle du film de revanche, les arbres subissent d’abord toutes les tortures avant de se venger. Cette revanche éclate soudainement le 25 décembre, à l’heure où les enfants ouvrent les cadeaux. Très vite c’est le massacre. Parents, enfants, maison, tout y passe. Dehors, c’est rapidement la débâcle, une apocalypse forestière sans pitié qui clôt le film sur un moment haut en tension (que la salle s’est empressée d’applaudir à l’Étrange Festival) et qui prouve que nous sommes enfin parvenus à nous éloigner d’un cinéma de genre souvent très aseptisé. Cette réussite n’aurait pas eu lieu sans la durée : ce film prouve peut-être que le format court est la forme idéale de la parodie puisqu’elle évite toute répétition, redondance ou baisse de tension et permet de concentrer toute son inventivité. La revanche de la nature sur l’homme a enfin sonné.

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- Article rédigé par : Alexandre Thevenot