Un p’tit gars de Ménilmontant

France - 2013 - Alain Minier
Interprètes : Olivier Marchal, Smaïn, Catherine Marchal

Après quinze ans de prison, Joël, surnommé Jo, revient dans son quartier parisien de Ménilmontant. Il trouve l’endroit bien changé, envahi par les jeunes délinquants de la cité, mais essaie de s’y adapter. Il retrouve son meilleur ami, tenancier de café, et va essayer d’apprendre à connaître son fils de quatorze ans, dont il ignorait jusqu’à l’existence.

Si UN P’TIT GARS DE MENILMONTANT est son premier film en tant que réalisateur, Alain Minier est un scénariste habitué au monde policier (avec la série Section de Recherches, entre autres). Pour ce film, qui lui tenait à cœur car traitant du quartier dans lequel il vécu plus de vingt ans, il s’entoure d’un solide casting, avec Olivier Marchal dans le rôle principal, sa femme Catherine Marchal incarnant, contrairement à ses habitudes, une femme simple et fragile, et Smaïn dans celui du meilleur ami.

Lors de la séance d’ouverture de la 7ème édition du FIFPL, Alain Minier prévenait d’entrée de jeu les spectateurs : il ne faut pas s’attendre à un polar dur et bourré d’action, ni à des envolées de flingues, car il s’agit surtout d’un drame, traitant d’un quartier de Paris. Si cela n’est pas tout à fait vrai car quelques fusillades et éclairs de violence sont présents, UN P’TIT GARS DE MENILMONTANT s’intéresse plus au quartier vu comme un personnage à part entière et à ses protagonistes. Déjà, le réalisateur a l’intelligence de ne pas présenter exclusivement les jeunes de la cité comme l’Ennemi. Bien que certains apparaissent comme de dangereux troublions harcelant le café de Maklouf (Smaïn, hélas pas très bon dans un rôle non-comique et se retrouvant être un des points faibles du film), la caméra s’attache à suivre leurs pas, leur vie de famille, provoquant une certaine empathie pour ces jeunes (très bons dans leur rôle). Les personnages sont classiques, mais plutôt bien écrits, et campés par de très bons acteurs : le couple Marchal est excellent.
L’histoire distille un message prévisible (les difficultés de l’adaptation, l’insécurité grandissante en France, les difficultés d’être père) mais intéressant, et le scénario se révèle dénué de temps morts. Certes, quelques maladresses de réalisation sont à déplorer. Chaque personnage, quand il récupère une arme à feu, la pointe théâtralement vers la caméra avec un regard méchant, une ou deux fois aurait suffit pour faire passer le message mais cette insistance s’avère un peu lourde. Mais ce ne sont que des scories, imputables, fort probablement, à un premier film, et l’histoire et son discours n’en sont pas moins intéressants, d’actualité, et suffisamment ouverts pour ne pas donner l’impression de parler simplement aux bourgeois craignant la croissance de la délinquance dans les cités.
Les quelques éclats de violence (une fusillade, des meurtres) sont tendus, âpres, sauvages et sanglants, ce qui n’est pas pour déplaire ! La présence de plusieurs touches d’humour surprend dans cette ambiance sombre et dramatique. S’il est dommage qu’elles dédramatisent certaines scènes, elles sont plutôt bien écrites et plaisantes à voir.
UN P’TIT GARS DE MENILMONTANT est un bon drame policier, qui rate quelque peu sa fin, trop ouverte, trop inachevée, et n’allant pas assez loin dans la relation père/fils, ne faisant que l’effleurer. Il aurait ainsi mérité un bon quart d’heure de plus pour aller au bout de ses thématiques mais reste, en l’état, un bon film qui donne envie de suivre la carrière du réalisateur.


- Article rédigé par : Yannik Vanesse


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