Valérie au pays des merveilles

Tchécoslovaquie - 1970 - Jaromil Jireš
Titres alternatifs : Valerie a Týden Divu
Interprètes : Jaroslava Schallerová, Helena Anýžová, Petr Kopriva, Jirí Prýmek, Jan Klusák, Libuse Komancová, Karel Engel, Alena Stojáková, Otto Hradecký, Martin Wielgus

Alors que les cinéastes tchécoslovaques avaient bénéficié d’une relative clémence de la part de la censure leur permettant un épanouissement créatif tout au long des années 60, l’écrasement du Printemps de Prague par les chars moscovites est immédiatement suivi par un durcissement du contrôle des œuvres artistiques. Tous les réalisateurs qui avaient bouleversé les consciences avec des films novateurs et osés, se retrouvent soudainement muselés et doivent faire des choix quant à leur avenir. Miloš Forman opte pour l’exil, Otakar Vávra poursuit sa carrière en adaptant des classiques de la littérature tchèque et semble trouver une seconde jeunesse avec l’excellent WITCHES’ HAMMER, film historique à première vue, mais doublé d’un message fort qui passera au travers du système de contrôle. De son côté, Jaromil Jireš met en images les mots du poète Vítězslav Nezval avec VALÉRIE AU PAYS DES MERVEILLES en 1969, film onirique bien loin d’une quelconque revendication politique.
Valérie est orpheline et vit avec son inquiétante grand-mère dans un petit village. Alors qu’un mariage se prépare, amenant son lot d’invités tous plus étranges les uns que les autres, un jeune homme, l’Aiglon, vole à Valérie ses boucles d’oreilles, entraînant cette pré-adolescente de 13 ans dans un voyage onirique déstabilisant au terme duquel elle ne sera plus jamais la même… Ce maigre résumé ne rend évidemment pas justice à la richesse de l’œuvre de Jireš tant elle comporte de niveaux de lecture. Et c’est justement sur ce point que le film pose problème car à force de vouloir être trop riche, il prend le risque de devenir abscons et de décourager les spectateurs. L’élévation de Valérie vers un statut de femme, via un univers merveilleusement dangereux, est facile à déceler au sein de l’imagerie féerique déployée par le metteur en scène. Mais la succession de séquences oniriques où les acteurs sont amenés à jouer des rôles différents, et parfois contradictoires, finit par donner un sentiment d’exaspération, nous laissant définitivement sur le bord de la route alors que nous aurions aimé voyager nous aussi avec l’héroïne.
Flirtant avec le tabou de l’inceste et distillant un érotisme à la limite de la pédophilie, Valérie traverse le film dans une nuisette mettant en avant son charme juvénile, chose totalement impensable de nos jours, VALÉRIE AU PAYS DES MERVEILLES, pour accommoder sa complexité scénaristique, peut en revanche s’appuyer sur une esthétique solide, dont la photographie vaporeuse épouse admirablement la partition musicale qui l’accompagne. Il faudra attendre les années 80 avec LA COMPAGNIE DES LOUPS (Neil Jordan, 1984) pour retrouver une œuvre traitant de la transformation d’une petite fille en femme avec autant de complexité et d’ambition narrative.

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- Article rédigé par : Éric Peretti


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