Vanishing waves

Lituanie - 2012 - Kristina Buozyté & Bruno Samper
Interprètes : Brice Fournier, Frédéric Andrau, Sharunas Bartas

Lukas est un scientifique engagé dans un projet expérimental qui consiste à se connecter neurologiquement à une patiente dans le coma pour tenter de rétablir le contact. Les résultats vont immédiatement au-delà des espoirs les plus fous de l’équipe puisqu’au lieu de vagues signaux abstraits difficilement interprétables, Lukas se retrouve dans la psyché de la jeune femme et, en contradiction avec le protocole imposé, établit le contact avec elle. Enfin, « établir le contact » est un léger euphémisme puisqu’ils font l’amour. Et si ce n’était que le seul manquement au protocole… mais en outre, Lukas induit le reste de l’équipe en erreur en prétendant n’avoir qu’un contact neurologique assez abstrait avec la patiente. Au fil des séances, Lukas est compulsivement attiré par cette relation au point de violer les dernières règles qui prévalaient encore, au risque d’aggraver le cas de la jeune femme, au risque aussi d’y laisser sa santé.

La Lituanie ne brille pas spécialement pour son approche du ciné populaire de genre. Ses productions sont en outre assez rares sur nos écrans. Par contre, on y trouve parfois en festival quelques pépites, le plus souvent rattachée au cinéma d’auteur et qui s’inscrivent dans la filiation du cinéma de science fiction de l’ex bloc de l’Est. Ce dernier a en effet permis l’émergence d’une série de productions aussi intéressantes que difficiles à voir de nos jours, à l’exception bien entendu du renommé Tarkovski et peut-être pour les plus curieux de Lopushanski (que nous avions interviewé en son temps pour Sueurs Froides). Notons la présence parmi le cast de Sharunas Bartas.

Avec VANISHING WAVES, on retrouve donc une science fiction auteurisante dont le sujet n’est pas sans évoquer le très nettement plus commercial thriller de Tarsem Singh, THE CELL, lequel partage en outre avec le métrage qui nous occupe ici le soin donné à la très belle photographie. Pour l’anecdote, une scène d’orgie rappellera aux amateurs le climax du SOCIETY de Brian Yuzna. L’ambiance clinique et l’approche combinant questions éthiques et chronique humaine sont proches de l’allemand TRANSFER, programmé deux ans plus tôt au BIFFF. La thématique de l’inconscient, qu’elle s’exprime par les rêves ou autrement, a nourri quantité invraisemblables d’œuvres qu’on ne s’amusera pas à citer ici. Rien d’étonnant, l’inconscient étant une des dernières terra incognita pour l’homme. « Connais-toi toi-même »…

Et que vaut donc ce VANISHING WAVES ? On s’avouera partagé par le résultat : on s’intéresse aux péripéties de Lukas, à sa relation avec la femme, aux mensonges qu’il construit pour le reste de l’équipe, on contemple en outre la très belle photographie qui sert le propos… mais on se dit que les réalisateurs sont un peu passés à côté de leur sujet. Sur un tel thème, on aurait pu creuser la question de l’éthique médicale, celle de l’intimité violée au plus profond (l’inconscient), celle qui nous définit comme être humain – l’être pensant qui est moins celui raisonnant de Descartes que celui doté de pensée -, celle de la réalité objective contre la réalité projetée, fantasmée, rêvée, illusoire ou construite… bref, le sujet nous offrait l’embarras du choix. Au lieu de ça, on reste sur l’histoire d’un homme, de son désir (on ne dira pas amour ni passion), de ses errements, de son égoïsme aussi. Une histoire à niveau humain, certes intéressante et bien amenée, mais qu’on aurait pu traiter via une autre intrigue.

Outre l’image très travaillée, on signalera la direction artistique et les décors. Ces derniers prennent parfois une dimension symbolique, telle la maison où se retrouvent les amants, dont une des parois en bois semble éclatée et sortie d’une sculpture d’Arne Quinze.

VANISHING WAVES est donc un très beau film dont l’intrigue saura intéresser nombre de spectateurs. Cependant, il lui a manqué l’angle qui en aurait fait une grande œuvre.

Après un passage à l’Etrange Festival 2012, VANISHING WAVES se retrouvait à l’affiche du 31e Brussels International Fantastic Film Festival.

Retrouvez notre couverture de l’Etrange Festival 2012.

Retrouvez notre couverture du 31ème Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF).


- Article rédigé par : Philippe Delvaux
- Ses films préférés : Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare


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