Verloren

Quand Marco Pultke réalise Verloren, il n’a pas fait de film de fiction depuis 11 ans et le dernier en date est son travail de fin d’études. C’est une campagne de financement participatif qui décide d’un budget de seulement 3 500 euros.

Tous les ans depuis que sa femme est morte, Tom emmène sa fille Romina au bord de la forêt pour faire voler un cerf-volant en souvenir. Alors qu’elle court après le cerf-volant qui lui a échappé, Romina disparaît dans les bois. Peu après, l’épouse de Tom réapparaît, bien vivante.

Le budget restreint du film a obligé Marco Pultke à faire preuve de créativité pour mettre en scène ce thriller fantastique. Il faut saluer l’ambition du cinéaste à vouloir porter à l’écran un genre difficile à maîtriser. Le film entre dans le vif du sujet immédiatement, par l’intermédiaire de la voix off de Tom, le héros, qui révèle que la vie et la santé mentale de cet homme vacillent face aux drames qui le touchent. Et le film joue avec cette incertitude du spectateur quant à la véracité de ce que raconte Tom. Ainsi, lorsqu’un des antagonistes expose une explication rationnelle, on est tenté de se raccrocher à ce qui paraît le plus évident. Tom lui-même est confronté à l’acceptation du surnaturel, à travers la rencontre avec sa psychologue qui a des pouvoirs psychiques et un groupe de chasseurs de fantômes. Pultke éprouve le spectateur, comme le personnage de Tom : est-il prêt à croire l’invraisemblable ? Il aborde toute la question de la relation entre le spectateur et son acceptation de la fiction. Plusieurs scènes se succèdent où Tom s’endort, troublant la frontière avec la réalité et maintenant une atmosphère de rêve dans laquelle baigne le film, soulignée par l’aspect cotonneux de l’image. Verloren oscille entre thriller et pur fantastique.

On sent de la part de Pultke un désir de maîtrise, au point que son film paraît parfois un peu figé – certains plans mériteraient un recadrage par exemple – et un amour du cinéma de genre, qu’il laisse transparaître à travers des références à Simetierre ou à La Nuit des morts-vivants.

Le nombre important de personnages ne permet malheureusement pas à certains seconds rôles d’être approfondis, par exemple les trois chercheurs de surnaturel, mais surtout l’épouse de Tom qui a aucun moment ne semble bouleversée de la disparition de sa fille et n’est pas impliquée dans l’enquête que mène son mari. Le film est néanmoins doté d’un très bon méchant, le choix de Thomas Petruo et de son air patibulaire permettant immédiatement au spectateur de croire à cet antagoniste.

L’un des aspects intéressants du film est de se pencher sur la relation d’un père face au deuil de son enfant, particulièrement quand il s’agit d’une fille, et des sentiments qui les lient l’un à l’autre, ainsi que le sentiment de possession qu’un parent peut ressentir vis-à-vis de son enfant. Derrière cette réflexion sur la paternité, un autre thème moins innocent surgit, celui de l’Œdipe et de l’inceste.

Le film introduit des éléments du monde de l’enfance, la forêt, pleine de la charge magique issue des contes, les marionnettes et tout ce qu’elles peuvent révéler sur les jeux de rôles qui amusent les enfants, sur la portée psychanalytique des masques, ainsi que sur le métier d’acteur.

Même si le film cède à quelques facilités scénaristiques et présente quelques maladresses, derrière la modestie de l’ensemble, il fait néanmoins preuve d’une grande ambition et permet d’estimer Marco Pultke comme un auteur à suivre.