Vidéodrome

Etats-Unis - 1984 - David Cronenberg
Interprètes : James Woods, Sonja Smits

Max est le directeur des programmes d’une petite chaîne de télévision qui s’est spécialisée dans la diffusion de soft pornographie et de contenus violents. Mais Max veut plus, il voudrait proposer à ses spectateurs des contenus plus ‘réalistes’. Pour cela, il demande à l’un de ses techniciens de traquer des chaînes pirates aux contenus plus subversifs. Ce dernier tombe sur des vidéos qui semblent provenir du sud de l’Asie où des femmes sont torturées puis tuées. Convaincu d’avoir trouvé de la matière pour sa chaîne, Max veut contacter les producteurs. Cependant, la productrice qu’il charge de faire la transaction lui déconseille d’aller plus loin. Selon elle, il ne s’agirait pas de mise en scène. Mais Max devenu accro à ce contenu est persuadé que les spectateurs le deviendront autant que lui. L’effet que produisent ces vidéos sur son amante, Nikky, une animatrice radio aux penchants masochistes semble confirmer qu’il voit juste sur l’avenir de sa chaîne de télévision et la violence sur les écrans.

Vidéodrome

Sur la base d’un thriller complotiste, genre qui fleurit dans les années 90 (LA FIRME, SNAKE EYES, SECRET DÉFENSE), VIDEODROME est à la fois visionnaire d’un genre que les décennies suivantes vont explorer, mais également plus abouti. Sur la thématique pour commencer, en proposant non pas un scandale politique qu’on essayerait de camoufler, mais plutôt une tentative de manipulation des masses par les ondes à travers la télévision qui s’est alors imposée dans tous les foyers américains.

Critique presque visionnaire de notre société

C’est un sujet que John Carpenter va également explorer avec son INVASION LOS ANGELES qui n’est pas si éloigné de VIDEODROME en évoquant une sorte d’univers presque parallèle, mais pourtant pas si différent du nôtre. Si THEY LIVE ! est une critique flagrante de la manière dont le soft power s’exprime aux USA en abrutissant les masses à travers les médias et la publicité, en revanche, VIDEODROME tout en étant lui aussi un film de genre va plutôt flirter avec une critique du petit écran pouvant se comparer au NETWORK de Sidney Lumet.

Et du petit écran

Dans NETWORK, un présentateur cédait à la folie et menaçait de se suicider en direct devant les téléspectateurs. Le film presque visionnaire montrait les dérives d’une téléréalité à venir. Cronenberg quant à lui met en scène un programmateur de télé peu scrupuleux qui va s’enfoncer dans les méandres des vidéos subversives qui, des années plus tard, fleuriront sur d’autres écrans : celui des ordinateurs et maintenant des smartphones. D’autres films (8 MILLIMÈTRES et bien sûr TESIS de Alejandro Amenábar) ont déjà évoqué le snuff movie, mais eux se contentaient de jouer avec la légende urbaine selon laquelle des gens riches commanditeraient des assassinats juste pour vibrer devant leur écran. VIDEODROME va bien plus loin, car ici, ce sont les masses populaires qui sont visées !

Vidéodrome

Le film ne se contente pas de dépasser le simple complot politique, il déborde également les limites du simple thriller en plongeant dans le “body horror” ce qu’on pourrait traduire littéralement par de l’horreur corporelle. C’est un genre horrifique où les corps sont déformés, contaminés, boursouflés, se métamorphosent dans une symphonie horrifique et tétanisante. Ce genre a pour chef d’orchestre David Cronenberg avec notamment LA MOUCHE ou encore CHROMOSOME 3 qui en ont illustré le potentiel.

Consécration de l’horreur body à la Cronemberg

Dans le cinéma de David Cronenberg, les chairs sont vouées à se déformer, la réalité à se plier, dans le tourbillon des désirs exaucés des personnages. Mieux que n’importe quel réalisateur, il illustre l’expression « méfiez-vous de vos souhaits ». Car ces désirs sont destructeurs. Que ce soit dans CRASH ou VIDEODROME, l’exploration de ces fantasmes sexuels et morbides mèneront les personnages dans des abysses peu accueillants et terrifiants.

Vidéodrome

Réalisé en 1983, VIDÉODROME fut un échec commercial au moment de sa sortie. Il faut dire que son réalisateur n’était pas encore très connu du grand public, bien qu’il eût déjà marqué les esprits des fans de cinéma de genre notamment avec RAGE et SCANNERS. Bizarre, déviant, explorant le milieu du porno et du gore, il ne parvient à toucher qu’un public de niche qui en fera l’un de ses films fétiches. Ce n’est qu’avec le temps, et la popularité grandissante de son cinéaste, que VIDEODROME atteindra le statut de film culte. Peut-être aidé par Andy Warhol déclarant qu’il s’agit de l’ORANGE MÉCANIQUE des années 80.

Un film culte en définitive

Enfin, il est à noter que son comédien principal, James Woods, en outre d’être assez charismatique pour porter le film sur ses épaules, puisqu’il est le personnage central entraînant toute l’intrigue jusqu’à son aboutissement, s’est aussi montré proactif dans la production. En effet, c’est lui qui choisit laquelle des trois fins fut retenue pour la version en salle et plus tard, en vidéo. Car évidemment, VIDEODROME était voué à finir sur une VHS, lui qui aime tant les mettre en scène, mouvantes, sensuelles et… pénétrantes.


- Article rédigé par : Sophie Schweitzer
- Ses films préférés : Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite