When The Lights Went Out

- 2012 - Pat Holden
Interprètes : Kate Ashfield, Steven Waddington, Tasha Connor, Hannah Cilfford

Le scénariste-réalisateur Pat Holden a choisi de baser son film When The Lights Went Out sur phénomène de maison hantée réellement vécu par sa tante au 30 East Drive à Pontefract, un village de l’ouest du Yorkshire. Les événements qu’il rapporte ont connu dans les années 60 une large répercussion au niveau local.

Cette histoire de maison hantée se présente de manière tout à fait classique. Sauf que celle-ci s’est réellement déroulée dans un endroit similaire et a été popularisée sous le nom de «The Maynard Haunting». Le fantôme fit une brève apparition en 1966 et se manifesta ensuite deux ans plus tard lors d’un séjour prolongé, provoquant le chaos. A l’époque, Pat Holden avait été tenu à l’écart en raison de son jeune âge mais sa mère, Renée (le personnage de Rita, amie de la famille dans le film) s’était souvent retrouvée dans le feu de l’action.

Le Yorkshire, région de landes et de moors, encore relativement sauvage et retirée, est d’ailleurs encore aujourd’hui célèbre pour ses mythiques revenants hantant maisons et murs des cités comme celle de York, entre autres. When The Lights Went Out s’inscrit vraiment dans l’histoire ancienne de la région, riche en monastères et autres édifices médiévaux, et celle plus récente des années 70 et de leur récession économique.

En 1974, dans un petit village perdu du Yorkshire, au nord de l’Angleterre, Sally, une adolescente de 13 ans, emménage avec ses parents dans une modeste maison qu’ils viennent d’acquérir et dans laquelle ils ont placé toutes leurs économies.

Bientôt d’étranges phénomènes, d’abord ténus mais ensuite de plus en plus puissants viennent entacher le bonheur tout neuf de cette famille simple de la classe moyenne…

Malgré des moyens relativement modestes, Pat Holden nous livre une œuvre très bien construite, d’une efficacité remarquable. Avec un souci minutieux du détail, il nous fait pénétrer dans la vie, banale au départ, d’une adolescente de l’époque qui vient d’ « affronter » un déménagement. L’arrivée dans un nouveau quartier, les difficultés d’intégration dans un nouveau collège, la solitude et l’incompréhension dont elle est victime sont autant d’instaurer l’ambiance, les mentalités d’un petit village anglais du nord. L’intérieur de la maison, kitsch à souhait, l’importance accordée aux objets sur lesquels la caméra s’arrête volontiers, les vêtements, les accessoires collent vraiment au quotidien, terne et sans relief de cette famille.

Sur ce fond de triste banalité, la présence du fantômes va se manifester tout d’abord par de légères touches visuelles et sonores. Quelques grincements ou bruits inexplicables, le balancement d’une lampe, un cheval en plastique articulé dont l’élastique se détend brusquement, un jouet d’enfant descendant les marches de l’escalier… font peu à peu monter la tension. Seule, Sally sera témoin de ces événements et elle devra lutter contre l’incrédulité de ses parents jusqu’à ce que l’esprit passe à la vitesse supérieure agressant tout qui se trouve à l’intérieure de l’habitation. Et bientôt, la jeune fille va trouver, dans ce fantôme, une sorte d’âme soeur.

A partir de là, l’intrigue se ramifie pour finir par impliquer un certain nombre de membres de la communauté villageoise, dont le prêtre ce qui donne lieu à une séance d’exorcisme assez hilarante. L’un des rares moments du film où la tension cède la place au rire.

La jeune Tasha Connor forme avec Hannah Clifford qui joue la voisine, camarade de classe impopulaire elle aussi, un tandem très réaliste. Elle campe une adolescente des années 70 sensible, crédible, tant dans ses démêlés avec ses parents, le milieu scolaire ou les esprits qui habitent la maison.

La réalisation, sobre, s’ancre dans l’époque, générant un suspense bien maîtrisé quoique sans réelle surprise. La fin un peu décevante cède malheureusement à la facilité d’effets spéciaux presque ridicules et peu judicieux. Mais ce troisième film de Pat Holden, après The Long Week-End en 2005 et Awadays en 2009, n’en est pas moins un bon moment de cinéma. Il était en compétition au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg.


- Article rédigé par : Maï Painblanc


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