Zombie Honeymoon

USA - 2004 - David Gebroe
Interprètes : Tracy Coogan, Graham Sibley, Tonya Cornelisse, Neal Jones

Denise et Danny fêtent leur début de lune de miel sur une plage déserte. Soudain, une créature monstrueuse surgit des flots et vomit un liquide noirâtre dans la gorge de Danny. Ce dernier est emmené à l’hôpital et déclaré mort durant cinq minutes. Denise refuse d’accepter cette mort et, incroyablement, Danny revient à la vie. Mais est-il encore lui-même ?
Sous un titre légèrement gag (en gros “lune de miel chez les morts vivants”) se cache un métrage tragique, poignant et sérieux. ZOMBIE HONEYMOON s’inscrit en effet dans la tradition du récit horrifique à consonances sociales, une veine assez peu fréquentée par les films de morts vivants, excepté chez George A Romero. Mais là où le cinéaste de ZOMBIE adoptait une vision sociologique, David Gebroe, scénariste et réalisateur de ZOMBIE HONEYMOON, privilégie le regard psychologique et intimiste. On évoquerait d’ailleurs avec plus d’à propos l’univers de MARTIN du même Romero, lequel collait à son personnage de jeune vampire pathétique.
L’intérêt, ici, est d’observer la décrépitude d’un couple de jeunes mariés, exprimée de manière très visuelle par le pourrissement de l’époux. Et, pourtant l’amour ne faiblit pas et la jeune mariée continue de croire en un avenir meilleur, prévoyant même un dérisoire voyage de noce.
ZOMBIE HONEYMOON est à coup sûr une œuvre originale dans le domaine du cinéma horrifique. On ne peut guère lui trouver de prédécesseurs thématiques, à l’exception du très poétique et trop méconnu DELLAMORTE DELLAMORE, de LA MOUCHE de Cronenberg, du MORT VIVANT de Bob Clarke et, surtout, du RETOUR DES MORTS VIVANTS 3. A l’image du classique sous-estimé de Bryan Yuzna, ZOMBIE HONEYMOON commence sur un ton assez léger pour s’enfoncer rapidement dans une horreur choquante car profondément réaliste et poignante.
Avec un budget sûrement réduit, David Gebroe accomplit un travail remarquable et utilise à bon escient les effets de maquillages, alternant la suggestion (bruits écoeurants de mastication !) et la pure exposition (morsures béantes, corps déchiquetés et jets de sang poisseux). Des effets relativement convaincants malgré les contraintes monétaires.
L’humour est rare, à l’exception de quelques clins d’œil (Danny – autrefois végétarien – se goinfre de steak saignant, un petit hommage à BRAIN DEAD avec un morceau de barbaque tombant dans un potage ; un client irascible s’époumonant dans un vidéoclub) et le ton devient plus dramatique au fur et à mesure de la progression de l’histoire.
Ce sont aussi, et surtout, les interprètes qui portent complètement ce film, en particulier la belle et talentueuse Tracy Coogan dont le jeu est parfait. Une belle performance, car une actrice moins douée aurait été incapable de traduire l’émotion amoureuse, mêlée de dégoût et de pitié, nécessaire à rendre crédible ce récit. Tracy Coogan élève ZOMBIE HONEYMOON et lui évite le ridicule, dans lequel il aurait pu si facilement sombrer, même lors d’un final tellement tragique que le spectateur en a la gorge nouée.
Le métrage se termine d’ailleurs par une belle version du classique country “Stand By Your Man”, une profession de foi à laquelle fut fidèle Denise.
Après les morts vivants déconnant de SHAUN OF THE DEAD, le revenant amoureux de ZOMBIE HONEYMOON prouve qu’on peut encore renouveler un genre en apparence sclérosé. Très bonne surprise ! ZOMBIE HONEYMOON est un récit horrifique original et s’éloigne radicalement des mauvais remakes des chefs- d’œuvre des seventies dont nous abreuve régulièrement Hollywood.


- Article rédigé par : Frédéric Pizzoferrato
- Ses films préférés : Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer