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Un tueur à gages, entre deux contrats, tente de se créer une vie bien à lui, loin de l’univers brutal de l’assassinat tarifé.
On pourrait hâtivement affirmer que depuis THE KILLER de John Woo, le cinéma de genre asiatique ne cesse de s’intéresser au thème apparemment limité du tueur à gages. Citons FULL TIME KILLER de Johnny To, ou le tragique BANGKOK DANGEROUS des frères Pang. Ce serait oublier le manga culte GOLGO 13, porté 4 fois à l’écran depuis les années 70 (deux fois sous forme « d’anime », deux fois en « live » avec Sonny Chiba). Ce serait négliger aussi que l’on retrouve cette fascination, au fond universelle, dans le polar occidental. Et ce qu’il s’agisse de cinéma (le très bon FLINGUEUR, de Michael Winner ; LE SAMOURAI, de Melville bien sûr ; l’italien BIG GUNS, toujours avec Delon…) ou de littérature (chez Manchette – FATALE, LA POSITION DU TIREUR COUCHE – comme chez Howard Fast -L’ASSASSIN QUI RENDIT SON ARME). On ne les compte plus.
Obéissant parfois à un schéma commun, toutes ces oeuvres ont donné une véritable dimension mythologique au tueur sous contrat. Elles en font une sorte d’anti-héros implacable, qui se place au-delà du bien et du mal en s’arrogeant le droit de vie et de mort. En cela, sans doute possède-t-il la même puissance d’évocation que son cousin le tueur en série (qui lui tue par folie ou perversité). Contrairement à ce dernier, les auteurs n’en font cependant pas forcément un personnages négatif.
NO MERCY FOR THE RUDE est donc l’un des descendants de cette longue lignée, originaire de Corée du Sud. Sur une intrigue ultra classique, le réalisateur n’a qu’une solution pour éveiller puis maintenir l’intérêt d’un spectateur blasé : il doit développer un personnage principal original et/ou attachant. Force est de reconnaître qu’il y parvient largement. Orphelin, muet (comme celui de BANGKOK DANGEROUS), se rêvant matador ou poète, le tueur vit ici dans le souvenir d’un amour d’enfance. Celui qu’il éprouvait pour une petite fille qui le défendait des autres, jusqu’à ce qu’elle soit adoptée. Il fait très vite la connaissance d’une fille un peu bizarre, qui couche avec lui pour le récompenser de l’héberger et de la nourrir. Avant qu’une relation amoureuse – Dieu merci nous ne sommes pas chez Marc Dorcel – ne se noue entre eux. Se constituant comme une famille d’emprunt, l’orphelin adopte à son tour un gamin ramassé dans les rues. Ce qui donnera lieu à des scènes amusantes ou touchantes entre les membres du trio.
Ce sont ces trois personnages qui sont le principal atout d’un film qui ne captive vraiment que par la grâce de leurs scènes de comédie. Ce qui n’exclue pas la présence de scènes de meurtres bien troussées (avec usage d’armes blanches), qui mettent en scène le tueur et un collègue – un ex-danseur classique reconverti dans l’assassinat. La mort de ce dernier sera aussi violente qu’émouvante. On retrouve là, comme dans le final magnifique, l’incroyable savoir-faire des asiatiques dans l’utilisation de la violence extrême pour déclencher une vraie souffrance empathique chez le spectateur. Le réalisateur s’avère, dans ces deux scènes, aussi doué qu’un Chang Che, vrai maître en la matière. Il s’agit là d’une méthode, d’un style, profondément asiatique.
Notons aussi des mafieux et des flics grotesques qu’on croirait sortis d’un Kitano (la scène de pêche). Ce qui n’empêche pas les premiers d’être de redoutables salopards le moment venu. D’ailleurs, l’enfant ne vient-il pas du charmant ETE DE KIKUJIRO ?
NO MERCY FOR THE RUDE, parfois amusant, la plupart du temps distrayant, bouleverse donc à deux reprises. Même s’il ne révolutionne jamais le polar, c’est déjà formidable et son peu d’originalité global ne devrait pas lui attirer un haussement d’épaules blasé. Sa sincérité et son évidente sympathie pour ses héros inciterait plutôt à la complicité.
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Article rédigé par Patryck Ficini
Ses films préférés - Django, Keoma, Goldfinger, Frayeurs, L’Au-delà










