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Couples impudiques

Un texte signé Philippe Delvaux

Nationalité
Italie
Année de production

1975
Réalisation

Mario Imperoli
Titres alternatifs

Blue Jeans, Teenager lieben heiss
Interprètes

Gloria Guida, Paolo Carlini, Annie Carol Edel, Gianluigi Chirizzi, Mario Pisu

Daniela, surnommée Blue Jeans en raison de son micro short en Denim, est une adolescente orpheline de 17 ans, qui vit à Rome en se prostituant. Ramassée par la police en pleine passe, elle affirme être la fille d’un dénommé Carlo Anselmi. Celui-ci aurait eu une liaison il y a 18 ans avec la mère de Blue Jeans qu’il aurait alors quittée, ignorant qu’elle était enceinte. La police force la main à Carlo pour qu’il s’occupe de sa « fille ». Si Carlo n’est pas enchanté de cette intrusion dans sa vie, Mariza, sa compagne, l’est encore moins, pressentant une rivale potentielle en Daniela. Les uns et les autres apprendront tant bien que mal à cohabiter quand Sergio, un jeune muet, fait irruption, semblant bien connaître Daniela.

Mario Imperoli n’a pas laissé un grand souvenir dans la mémoire des cinéphiles. A sa décharge, le réalisateur est mort assez jeune, en 1977, alors que sa carrière n’avait débuté qu’au début de cette même décennie. Plus connu, le co-scénariste Piero Regnoli aura traversé tout le cinéma populaire italien des années ’60 jusqu’au déclin des années ’90 en restant cependant le plus souvent cantonné au mieux dans les séries B, au pire dans le tréfonds du Z.

Et si Blue Jeans (nous utiliserons dans cette chronique le titre italien, le titre français référant comme on le verra plus loin à un montage différent) n’est pas une grande œuvre, le film ne démérite pas non plus. Une honnête sexy comédie. Ce genre, alors en vogue en Italie, est trop souvent plombé par ses propres limites, à savoir l’humour vasouillard et une mise en scène plate. Pourtant, dans le cas présent les touches humoristiques restent assez sobres tandis que la mise en scène se révèle adéquate par rapport aux enjeux.

Le film se développe sur trois actes d’égales durées, nantis chacun de leur tonalité propre. Le premier voit, après la présentation des personnages, la découverte et la confrontation des caractères opposés de Daniela et de son père. L’enjeu glisse ensuite sur la rivalité entre Daniela et Mariza et les stratégies de chacune pour s’imposer ou pour évincer la rivale. Enfin, le dernier tiers change radicalement d’approche, excluant un personnage pour en introduire un nouveau : le muet Sergio. L’intrigue se teinte alors d’un peu de suspense et la sexy comédie du début s’efface au profit du drame.

Blue Jeans sent bien son époque. Tout d’abord par le look des protagonistes, héroïne en tête : micro short dévoilant l’articulation des fesses et des cuisses, sabots aux pieds et longue chevelure blonde – une teinture comme le révèle la pilosité axillaire (très seventies) et pubienne. Ensuite par le choix même du sujet et de son approche : la sexy comédie traduit finalement bien une société qui s’interroge sur la sexualité par le biais de la farce. Ici, l’angle sexuel frise le graveleux puisqu’en se demandant si Carlo est ou non le père biologique de Daniela vient en corollaire la question de l’inceste que d’autres métrages de cette période évoquent également.

La plus grande partie du film se déroule dans le château en ruine que restaure Carlo et dans le village qui l’entoure. Mario Imperoli ne se prive pas de nous montrer son décor sous tous les angles possibles. Mâchicoulis, tourelles, chemin de ronde… quand on peut bénéficier d’un authentique château médiéval, pourquoi se priver ? Les vieilles pierres ne trouveront leur raison scénaristique que lors du dénouement final mais en attendant, les pavés disjoints du village tolèrent fort mal les sabots. Daniela se déchausse donc plus souvent que nécessaire, offrant par-là même régulièrement sa croupe à une caméra gourmande, pour continuer la séquence pieds nus.

Nous avons évoqué plus haut le scénariste, mais un autre intervenant mérite citation pour sa collaboration régulière et fructueuse au cinéma de genre : le compositeur Nico Fidenco signant ici une partition enjouée, à la limite du mauvais goût, et qui sonnera familièrement aux connaisseurs des Black Emanuelle de Joe d’Amato. Les fans se tourneront d’ailleurs vers l’excellent label italien Digitmovie qui a édité l’intégralité du score en février 2008.

Tourné en 1975, le film tardera à franchir les frontières. Si l’Allemagne le découvre en 1980, la France attendra 1981 pour une sortie rebaptisée Couples Impudiques. Le métrage sera réduit à 80 minutes (au lieu de 93) mais sera « agrémenté » de séquences pornographiques additionnelles. Faute de l’avoir vue, nous ne pouvons guère parler de cette version mais nous nous demandons bien ce qui a pu advenir de l’enjeu scénaristique du montage originel, à savoir le fait qu’attirés l’un par l’autre, Daniela et son père Carlo finissent ou non par coucher ensemble.

A ceux qui avouent un faible pour les sexy comédies italiennes, on ne saurait trop conseiller ce film qui, bien que sans réel génie (y a-t-il seulement une seule œuvre géniale pour tous ces petits budgets ?), arrive cependant à traduire à l’image et au montage ses enjeux.


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Article rédigé par Philippe Delvaux

Ses films préférés - Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare


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