Au sommaire de Sueurs Froides 37 :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

Faites-vous plaisir et soutenez le site en commandant - Cliquez sur la bannière :

Si c'est déjà fait, continuez votre lecture avec...

A Bloody Aria

Un texte signé Franck Boulègue

Nationalité
Corée du Sud
Année de production

2006
Réalisation

Shin-yeon Won
Titres alternatifs

Guta-yubalja-deul
Interprètes

Ye-ryeon Cha, Suk-kyu Han, Kyeong-ho Jeong, Shi-hoo Kim, Byeong-jun Lee...

Shin-yeon Won, le réalisateur sud-coréen de THE WIG (2005), nous propose avec A BLOODY ARIA une exploration psychologique en milieu clos, à l’écart de Séoul et de sa jungle urbaine, au beau milieu de la campagne de la péninsule. Il examine ici les racines et les conséquences des brimades en tous genres que s’infligent mutuellement une poignée de personnages passablement dérangés, un rien dégénérés, qui ne sont pas sans faire penser aux culs-terreux de DELIVERANCE (John Boorman – 1972).

Le récit gravite autour d’un professeur de musique, passablement arrogant, qui raccompagne chez elle une ravissante étudiante au sortir d’une audition. Se croyant au dessus des lois au volant de sa Mercedes flambant neuve (substitut phallique évident), il n’hésite pas à griller un feu rouge pour impressionner sa compagne d’un jour. Immédiatement pris en chasse par un policier à moto, il se fait promptement verbaliser, et ce en dépit des trésors d’ingéniosité qu’il déploie pour convaincre le motard de ne pas lui donner de contravention. Revanchard, il récidive un peu plus loin, et n’hésite pas à asséner une bordée d’injures au même policier. Le professeur quitte aussitôt la route qu’il suivait jusqu’alors pour semer son poursuivant, et s’engage sur un chemin non goudroné qui le mène à proximité d’un petit lac à l’écart des sentiers battus.

Cette décision va s’avérer lourde de conséquences…

Incapable de maîtriser sa libido, le professeur va tenter de violer la jeune femme, qui n’aura d’autre choix que de s’enfuir à travers champs pour lui échapper. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que le gentil paysan à mobilette qui la recueille pour l’amener à l’arrêt de bus le plus proche, est en vérité le chef d’une bande de loubards qui s’acharne sur un pauvre étudiant. Il inventent constamment toute une gamme de tortures physiques et psychologiques pour le rabaisser. Il sont secondés dans leur entreprise de brimade par un simple d’esprit qui passe son temps à chasser les oiseaux à l’aide de souris empoisonnées par de la mort au rats ! Sa batte de baseball lui sert alors à donner le coup de grâce aux volatiles survivants.

La plage de ce lac coupé du monde va servir de théâtre aux mauvais traitements, humiliations, insultes et vexations infligés au professeur et à son étudiante par ce groupe de voyous imprévisibles, dans un crescendo crédible et dérangeant…

A BLOODY ARIA pousse son exploration du thème de la brimade assez loin. Les ressorts psychologiques permettant d’expliquer – ou à tout le moins de comprendre – ce type de comportement sont longuement disséqués. Sadisme et masochisme se mêlent chez ces personnages culturellement arriérés, qui ne connaissent d’autre passe-temps que ces mauvais traitements à répétition.

L’armée, la police et les institutions en général sont clairement montrées du doigt par le réalisateur. Le simple d’esprit doit sa condition à son passage au sein de la Grande Muette, qui l’a laissé diminué mentalement et à moitié sourd. La police n’est pas mieux lotie, ici représentée par un flic pourri qui va s’avérer au moins aussi dangereux que les membres de cette bande de « rednecks » en mal de sensations fortes. Quand à la position d’autorité tenue par le professeur de musique, elle ne semble lui servir à rien d’autre qu’à tromper sa femme avec des jeunettes fraîchement émoulues des cours privés qu’il leur réserve…

Seul le personnage féminin (interprété par Ye-ryeon Cha, que l’on a récemment pu voir à l’affiche dans MUOI) échappe quelque peu à l’acide universel versé par Shin-yeon Won sur cette brochette d’individus. Les femmes sont des victimes, point à la ligne. Seuls les hommes échangent en permanence les rôles, passent de la soumission complète au sadisme le plus abject.

Peu de séquences « gores » au final, mais un malaise savamment distillé qui nous laisse dans l’incertitude jusqu’au bout quant au sort qui sera réservé aux divers protagonistes. Décidément, la musique n’adoucit pas les moeurs…


Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix :
=> Pour rester en contact, abonnez-vous à la newsletter.
=> Pour soutenir financièrement notre éditeur Sin'Art, faites un don de 5 ou 10 euros.
=> Vous pouvez aquérir aussi pour 8,80 € le n°37 de Sueurs Froides au format papier

Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci !


Article rédigé par Franck Boulègue

Ses films préférés -


Jetez un oeil à ce que font nos partenaires :