Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Raigyo

Un texte signé André Cote

Nationalité
Japon
Année de production

1997
Réalisation

Zeze Takashisa
Titres alternatifs

The Woman in the black underwear
Interprètes

Takeshi Ito, Moe Sakura, Bunmei Tobayama, Tomohiro Okada, Kazuhiro Sano.....

Grâce à une agence, un homme et une femme se rencontrent. Tout deux seuls et déprimées, ils font l’amour sans prévoir une relation au-delà. Hélas, la jeune femme va commettre l’irréparable.

Le cinéma érotique japonais peut réserver quelques surprises, comme ce RAIGYO, qui appartient plus précisément à la catégorie des pinku eyga. En effet, nos attentes de spectateurs occidentaux nous ont conditionnés dans l’idée d’un cinéma olé olé où les intrigues se révèlent des prétextes pour aligner les scènes se voulant émoustillantes. Or, le film de Zeze Takashisa nous offre, au contraire, une histoire qui reste focalisée sur la psychologie des personnages, sur ce qui les pousse à voir dans le sexe leur seul moyen de distraction dans un quotidien de plus en plus terne.
Ainsi, la note d’intention mélancolique est-elle présente dès le titre : Raigyo est le nom d’une race de poisson mal aimée des poissonniers, autrement dit le genre d’animal que redoute les pêcheurs, conscients qu’ils ne pourront pas revendre leurs stocks dans les commerces. Ainsi, on comprend que le portrait des individus mis en scène est une métaphore avec la condition de cette animal éponyme. Un parallèle d’autant plus appuyé par l’intrigue d’un jeune pompiste, revenant de la pêche, encombré d’un raigyo sur son lieu de travail. Chaque protagoniste est présenté comme un exclu dans leur propre milieu ou se sentant exclu (ils doivent se mettre à l’écart pour téléphoner) tandis que chaque plan semble s’éterniser pour nous faire comprendre l’absence de contrôle du protagoniste sur les événements ou leur envie de s’en détacher.
De la sorte, si le spectateur cherche un récit enjoué où chacun s’amuse dans des parties de jambes en l’air, il risque d’en être pour ses frais tant l’atmosphère de RAIGYO respire un sentiment de tristesse et de malaise latent. Un point particulièrement intéressant puisqu’il permet au métrage d’offrir des images de toute beauté. Takashisa semble se plaire à composer des plans comme de véritables tableaux d’une rare mélancolie : la photographie tend vers le gris et les cadres sont travaillés pour que les personnages semblent bien intégrés dans le décor, comme si ils ne faisaient qu’un avec la désolation apparente.
Néanmoins, on le concède, les multiples longueurs du film pourrait en rebuter beaucoup. Chaque scène paraît durer une éternité, mais ce parti-pris permet au métrage de transcender le statut de film érotique (pauvre en la matière, puisque ce versant ne se résume qu’à 5 minutes maximum) pour côtoyer le drame social, voire le thriller passionnel.
Toutefois, si on devait reconnaître un défaut, se serait sans doute le manque de caractérisation des personnages. Nous les savons coupés du monde, mais aucun d’eux ne se voit attribués de différence qui permet de les singulariser. On compte une dizaine de protagonistes, pourtant, aucun d’eux de se détache des autres : la vendeuse vend, le pompiste nettoie les voitures, etc…
De cette manière, si on appréhende RAIGYO avec le regard d’un amateur occidental de film érotique, la déception peut être grande. En revanche, si tant est que l’on est curieux de savoir à quoi ressemble un pinku eiga (est-il un cas atypique de cette catégorie de films ? Ou un parfait représentant ?), le métrage de Takashisa risque de titiller notre curiosité et de nous donner envie de voir une autre œuvre de ce metteur en scène.


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Article rédigé par André Cote

Ses films préférés - Dark City, Le Sixième Sens, Le Crime Farpait, Spider-Man 3, Ed Wood