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Le diabolique docteur Mabuse

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
Allemagne
Année de production

1960
Réalisation

Fritz Lang
Titres alternatifs

Die 1000 Augen des Dr. Mabuse
Interprètes

Peter Van Eyck, Dawn Addams, Wolfgang Preiss

Pris dans les bouchons, un journaliste est assassiné par un tueur à gages depuis un autre véhicule. Le commissaire Kras est prévenu par le médium Cornelius qu’il s’agit d’un meurtre et non d’un accident comme l’enquête le concluait. L’autopsie révèle qu’une pointe de métal se trouve dans le cerveau du journaliste et prouve, non seulement les dires du médium, mais également qu’un certain Mabuse pourrait être à l’œuvre. Seul problème, le docteur Mabuse est mort.

L’enquête amène Kras à s’intéresser à l’hôtel Louxor, construit par les nazis à la fin de la guerre, où de nombreux incidents se produisent laissant croire à l’existence dans les murs de l’hôtel d’une organisation criminelle. Guidé par Cornelius, le commissaire va resserrer son étau autour d’un vendeur d’assurance, d’une jeune femme suicidaire et d’un milliardaire américain.

LE DIABOLIQUE DOCTEUR MABUSE est un film noir incluant des éléments d’espionnage et l’enquête policière tout en suivant les codes du serial. Le sérial est un genre de séries étant bien souvent des adaptation de roman-feuilleton publié dans les périodiques comme Les aventures de Rouletabille par exemple, genre qui a été promu en France par les séries LES VAMPIRES, BELPHÉGOR ou encore FANTOMAS. Ainsi on retrouve les archétypes chers au genre : le méchant diabolique dont on ne voit jamais le visage, et dont l’identité reste le mystère principal, une police, décontenancée et des gens ordinaires impliqués bien malgré eux dans de sombres histoires criminelles.

Le cinéaste allemand revient en Allemagne à la fin de sa carrière et réalise avec, LE DIABOLIQUE DOCTEUR MABUSE, son ultime film. C’est une œuvre mutine, intelligente qui jette un regard amusé sur sa carrière. C’est en effet le troisième volet de la saga cinématographique du Docteur Mabuse. Le cinéaste allemand a connu le succès au début de sa carrière par le Docteur Mabuse, aussi est-il amusant de le voir terminer sa carrière avec lui.

Fritz Lang avait refusé de réaliser LE CABINET DU DOCTEUR CALIGARI car il désapprouvait l’utilisation de l’expressionnisme au point d’obtenir une déformation des décors qui selon lui effraierait le public. Il préfère une mise en scène réaliste dans laquelle a lieu une histoire souvent ubuesque. S’il y a toujours un caractère fantasque, il faut bien le dire, au goût de l’époque, avec de l’aventure, des enquêtes impossibles, des méchants diaboliques, des gadgets révolutionnaires, il y a aussi et toujours l’ombre du nazisme présente. Cette fois-ci, cette dernière est dans les murs même de l’hôtel, lieu principal de l’action, construit par les nazis à la fin de la guerre Et dont les secrets laissés par eux sont utilisés par le Docteur Mabuse. Comme si, à jamais, l’ombre du nazisme collait à la peau du méchant emblématique de la carrière de Fritz Lang.

En effet, le docteur Mabuse a toujours été affilié dans LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE, le film le plus connu de Fritz Lang, à l’image du nazisme et plus généralement du totalitarisme. Ce dernier réalisé en plein milieu de la guerre avait été interdit par Goebbels. L’image du génie du mal criminel se retrouvant par la suite dans l’esprit collectif associé au nazisme, il n’est guère étonnant que cela s’en ressente dans la suite, et le dernier film de Fritz Lang qui par la suite de sa carrière a jeté un regard critique sur son pays d’origine. Chose d’autant plus compréhensible quand on sait que son ex-épouse a eut une place important au sein du parti nazi.

Le cinéaste allemand tente de capter l’essence « maléfique » de l’humanité, ses plus sombres penchants, et les distille dans ses films pour leur donner un relief particulier. Comme il l’avait fait avec M LE MAUDIT. Si en 1933 LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE semblait prédire les méthodes employées par les nazis, LE DIABOLIQUE DOCTEUR MABUSE quant à lui en montre l’héritage. Ce dernier sera employé par le KGB en RDA. Comme le système complexe de caméras et de micros plaçant tous les personnages sous étroite surveillance d’un système sans visage, et donc sans humanité.

Ainsi Fritz Lang démontre qu’il sait toujours capter l’air du temps, et montrer la douloureuse histoire de son pays à travers un film qui au premier sens de lecture est un jeu pour le spectateur, plein de rebondissements, construit comme un jeu de piste, et qui ne prend jamais de haut le spectateur, mais joue avec lui sur les codes du genre.


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Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà


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