Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Célestine… Bonne à tout faire

Un texte signé Éric Peretti

Nationalité
France
Année de production

1974
Réalisation

Jesús Franco sous le pseudo Clifford Brown
Interprètes

Lina Romay, Olivier Mathot, Richard Deconinck sous le pseudo Bigotini, Lynn Monteil, Anna Gladysek sous le pseudo Anna Garec, Monica Swinn, Ramon Ardid, Paméla Stanford, Laurent Tenarg, Howard Vernon, Catherine Laferrière, Philippe Guégan, Jean-Pierre Bouyxou, Jesús Franco

Cinéaste particulièrement prolifique, Jesús Franco enchaîne les tournages durant les années 70, répondant le plus souvent à des commandes de producteurs attirés par sa capacité à livrer rapidement et à peu de frais des produits rentables. C’est donc pour Robert de Nesle et son Comptoir Français du Film, que Franco tourne CÉLESTINE… BONNE À TOUT FAIRE, comédie grivoise plutôt éloignée de son univers habituel.
Pour échapper à la police, qui effectue une descente surprise dans le bordel où elle travaille, Célestine se réfugie, à demi nue, dans la grange d’une grande propriété. Après avoir subi un bref assaut sexuel de la part du jardinier, Sébastien, et s’être offerte au majordome, Malou, elle se fait engager comme servante auprès des propriétaires des lieux, le Comte et la Comtesse de la Bringuette. Toujours disponible et prête à tout pour satisfaire les besoins de son entourage, Célestine veille à ce que Marc, le fils studieux, trouve quelques distractions physiques, s’occupe de l’éducation de la jeune et innocente cousine Martine, et procède à quelques lectures érotiques pour le Duc, patriarche impuissant et bougon. Mais la générosité de la jeune femme ne s’arrête pas là, car elle s’assure également que les autres employés de maison aient eux aussi leur quota d’amour, s’offrant régulièrement à Sébastien, Malou et même à la gouvernante, mademoiselle Ursule. Le Comte, un habitué du bordel connu sous le surnom de Langue d’or, sexuellement frustré par des années de mariage avec une femme frigide, profite lui aussi des bienfaits prodigués par Célestine…
Franco a souvent puisé son inspiration dans les écrits de nombreux auteurs classiques, tels que le Marquis de Sade, Bram Stocker ou Leopold von Sacher-Masoch, pour ses films. À la source de CÉLESTINE, il y a aussi un roman, Le journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, déjà adapté plus ou moins fidèlement par Jean Renoir et Luis Buñuel, mais il serait exagéré de dire que le film en est une transposition paillarde. Du récit de Mirbeau, qui n’est d’ailleurs jamais cité au générique, il ne reste réellement que le patronyme de l’héroïne et le lieu de l’action. Tout l’aspect subversif, foncièrement anarchiste et socialement évocateur du texte d’origine, qui dénonçait les travers des puissants, a totalement disparu au profit de saynètes comiques. Célestine est ici une prostituée généreuse qui cesse de monnayer ses services lorsqu’elle arrive chez les de la Bringuette. Le cœur sur la main et les fesses à l’air, elle entreprend de sauver cette famille, et ceux qui gravitent autour d’elle, d’une forme de détresse sexuelle. À l’image du visiteur de THÉORÈME (Pier Paolo Pasolini, 1966), elle couche avec chacun, changeant leur destin à tout jamais.
Détonant un peu de par son côté purement comique au sein de l’abondante filmographie de Jesús Franco, CÉLESTINE… BONNE À TOUT FAIRE fait partie des surprises plutôt agréables à découvrir… parmi les œuvres du cinéaste. Loin d’être hilarant, le film présentera surtout un intérêt certain pour les fans du réalisateur. Ceux qui pourront passer outre de l’horripilant thème musical qui revient en permanence, et qui accepteront de fermer les yeux sur quelques dialogues vulgaires n’arrivant pas à être émoustillant pour autant, se régaleront de la présence physique de Lina Romay, alors au sommet de sa beauté. Entourée d’habitués de Franco, dont un Howard Vernon qui arrive à cabotiner dans un rôle quasiment muet, elle irradie l’écran de sa présence, osant aller plus loin dans l’exhibition que l’ancienne égérie du cinéaste, la regrettée Soledad Miranda. C’est d’ailleurs à Lina que l’on doit les deux meilleures séquences du film. Dans la première, elle reçoit dans sa chambre tous les occupants du château, les uns à la suite des autres, et doit successivement et hâtivement les cacher pour qu’ils ne se croisent pas. Cette situation fréquente du vaudeville, bien que surjouée dans le film, fonctionne à merveille et amène le personnage de l’ingénue Martine à se déshabiller pour la première fois. Enfin, le dernier plan sur le visage de Célestine reste l’un des plus beaux moments du cinéma de Franco, qui parvient ici à faire passer des émotions avec un zoom.
Plaisant et inoffensif, CÉLESTINE… BONNE À TOUT FAIRE est l’interlude idéal pour celui qui veut aborder de façon sérieuse la carrière de Franco. C’est un film plus récréatif en apparence, mais se rattachant parfaitement au reste de son œuvre, qui permettra aux amateurs de passer un bon moment, ce qui n’est déjà pas si mal.


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Article rédigé par Éric Peretti

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