Un texte signé Charlotte Dawance-Conort

États-Unis, Royaume-Uni, Slovaquie - 1996 - Rob Cohen
Interprètes : Dennis Quaid, Sean Connery, Davis Thewlis, Pete Postlethwaite, Julie Christie, Dina Meyer

retrospective

Coeur de Dragon (1996) – Critique

Au début des années 90, Raffaella de Laurentiis lance la production d’un film qui se trouve à un moment charnière malgré lui. Coeur de Dragon arrive après la révolution Jurassic Park en terme d’effets spéciaux et avant le nouveau souffle de l’heroic fantasy impulsé par la sortie du Seigneur des Anneaux en 2001. Le film représente un défi technique car le dragon a un temps de présence de 23 min à l’image contre 6 min pour les dinosaures de Spielberg, démarche ambitieuse qui n’est pas sans rencontrer de sérieux problèmes.

À la fin du 10è siècle européen, Bowen est le maître d’armes du jeune prince Einon. Le père de ce dernier est un roi cruel qui éteint les révoltes de son peuple par la violence. Bowen s’évertue à enseigner l’Ancien Code à son protégé, sorte de guide de l’attitude chevaleresque. Lors d’une bataille, le jeune prince est mortellement blessé. Sa mère, la reine Aislinn, le porte dans l’antre d’un dragon – judicieusement appelé Draco – pour implorer son aide. Celui-ci fait jurer à Einon de régner avec justice et lui fait don de la moitié de son coeur. Aussitôt sur le trône, Einon bafoue sa promesse et perpétue le règne impitoyable de son père.

coeur de dragon 1996 critique

C’est Patrick Read Johnson qui présente le projet à Universal. Au stade de l’écriture, le film est présenté comme une rencontre épique entre le dernier dragon et le dernier chevalier, et une aventure picaresque mêlée à un buddy movie où deux personnages qui devraient être ennemis s’allient pour tromper leur monde. Mais après plusieurs mois de production, Universal retire sa confiance à Johnson et fait appel à Rob Cohen qui sort d’un succès de salle avec un biopic sur Bruce Lee.

Il rejoint une équipe qui semble enthousiaste devant le projet. Malheureusement, la production rapide du film et des considérations commerciales donnent un résultat plutôt décevant, loin de l’ambition de Johnson d’en faire un récit plus sombre. ILM, la fameuse boîte d’effets spéciaux de Phil Tippett, est sur le coup, elle ne débute pas dans la création et l’animation d’un dragon (elle a officié sur DRAGONSLAYER, WILLOW et bien sûr JURASSIC PARK auparavant) ; c’est en revanche la première fois qu’elle doit le faire parler, et donc lui conférer certaines attitudes et expressions très humaines.

L’ennui c’est que le film est toujours en équilibre instable entre la fable héroïque et les bouffonneries de comédie sans vraiment savoir comment accorder les deux genres. Le héros, Bowen est un homme aux valeurs méprisées par la noblesse qu’il sert, un chevalier qui a perdu son honneur et qui doit retrouver l’espoir qui l’animait autrefois. La personnalité chevaleresque de Bowen est abandonnée quelques minutes après le début du film pour en faire un rebelle de grand chemin sans foi ni loi. Le dragon est incarné par un Sean Connery qui a l’air de se prendre au jeu, mais malheureusement l’animation est si loin de l’ambition de départ qu’il est difficile d’en faire abstraction. De plus, le dragon apparaît d’abord comme une créature ancestrale, un être de légende qu’on révère.

coeur de dragon 1996 critique

Puis, sans véritable explication, il devient un gentil rigolo, un charmant compagnon d’aventures. Le film s’emploie à rendre triviale une créature à la dimension mythique.

De même, le scénario élude totalement des questions telles que ce que peut ressentir un être qui est le dernier de son espèce, ou encore l’image de chevalier ultime qu’est le roi Arthur et dans la lignée duquel se situe Bowen. Celui-ci est réduit à une apparition un peu étrange destinée à rappeler son origine au chevalier alors que le spectateur lui-même a un peu oublié que l’histoire se situe dans la veine arthurienne.

Néanmoins, le script de base n’a pas complètement disparu et il demeure des enjeux graves comme les notions de trahison, de sacrifice, de destin, et le film parvient parfois à créer une émotion juste, particulièrement quand ces enjeux sont abordés.

Malgré ses défauts et ses manques, le film reste sympathique et recèle cette insouciance des films vus dans l’enfance. Si les acteurs n’ont pas tous le charisme qu’on espère de personnages de la légende arthurienne, ils sont toutefois engagés dans leurs rôles, quitte à en faire parfois des caisses comme Dennis Quaid qui gronde étrangement de la voix.

La version de Patrick Read Johnson qui devait être plus sombre et destinée aux adultes, a été réécrite pour s’adresser à un jeune public, et de fait, COEUR DE DRAGON fonctionne extrêmement bien chez les enfants.

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Article rédigé par : Charlotte Dawance-Conort

Ses films préférés : Tree of Life, Brazil, La Nuit du Chasseur, Take Shelter, Nostalgie de la Lumière.

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