Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Emilie l’Enfant des Ténèbres

Un texte signé Philippe Delvaux

Nationalité
Italie
Année de production

1975
Réalisation

Massimo Dallamano
Titres alternatifs

Il Medaglione Insanguinato - Perche?!
Interprètes

Richard Johnson, Joanna Cassidy, Ida Galli, Nicoletta Elmi, Edmund Purdom, Riccardo Garrone, Dana Ghia, Eleonora Morana, Lila Kedrova

Documentariste pour la BBC, Michael Williams prépare un film sur l’imagerie diabolique. Parmi le matériel qu’il a rassemblé, un tableau en particulier le fascine. On y voit une jeune fille poursuivie par une foule en colère jusqu’à un bûcher, tandis que Satan trône dans les airs et qu’une autre femme est en train de brûler. L’intérêt de Michael vient sans doute du fait que sa femme a péri récemment dans un incendie, laissant leur fille Emilie traumatisée. Michael décide d’aller en Italie à la recherche du tableau, accompagné de sa fille et de Jill, la gouvernante d’Emilie. Sur place, il rencontre sa productrice exécutive, Joana Morgan, ainsi que la comtesse Capelli, occultiste de renom. Peu après, le comportement d’Emilie change.
Avec EMILIE, L’ENFANT DES TÉNÈBRES, le niveau s’élève très nettement par rapport au film de Mario Bianchi, LA BIMBA DI SATANA (également chroniqué dans Sueurs Froides). Massimo Dallamano connait autrement mieux son métier que tous les Bianchi d’Italie et le prouve par la supériorité éclatante d’un film dont l’argument ressemble à celui (postérieur) de LA BIMBA DI SATANA. On y retrouve d’ailleurs plusieurs similitudes: mort de la mère, trauma de la fille, présence d’un docteur et d’un protecteur de l’enfant (Sol dans LA BIMBA DI SATANA, Jill Perkins dans EMILIE, L’ENFANT DES TÉNÈBRES), rêves et hallucinations qui se confondent, possession, etc. Dans les deux cas se niche aussi la question sexuelle au coeur de la malédiction. Ainsi, on retrouve chez Bianchi l’infidélité de Myra/Maria et la jalousie d’Antonio (traitée avec désinvolture), tandis que Dallamano développe de manière plus crédible les sentiments de désir ou d’amour que Jill, Joanna et même sa propre fille projettent sur Michael Williams.
L’art de Dallamano se dévoile dans sa maitrise de la dramaturgie et dans la progression narrative, mais aussi via le travail du détail signifiant: le motif crucéiforme sur le pull de Michael (pour repousser le diable), un personnage qui s’intercale dans le champ de projection d’une dia, ce qui lui donne un visage de morte-vivante (la possession est aussi “projection” spirituelle). L’image projettée sur un visage renvoie d’ailleurs aussi assez directement au documentaire que tourne Michaël (l’imagerie diabolique). Plus loin, dans un restaurant, le choix de Michaël d’un plat flambé sert de réminiscence au destin de sa femme. Enfin, les femmes sont toutes rousses, signe du mal dans la croyance populaire de jadis.
Arrivé tardivement à la réalisation et mort prématurément en 1976 dans un accident de voiture, Massimo Dallamano n’aura pas connu le déclin du cinéma italien de genre. Il n’aura pas non plus eu le temps de s’égarer dans une filmographie pléthorique: on lui doit à peine une douzaine de films, essentiellement entre 1967 et 1976.
Un film est aussi une oeuvre collective. A ce titre, l’art du directeur (ou du producteur) consiste aussi dans la capacité de bien choisir son entourage. IL MEDAGLIONE INSANGUINATO bénéficie ainsi de la musique de Stelvio Cipriani et surtout de la photographie de Franco Delli Colli. Si celui-ci n’a pas le prestige de Tonino Delli Colli (directeur de la photographie pour Sergio Leone ou sur LE NOM DE LA ROSE), il n’en démérite pas moins pour autant. Reconnaissance tardive, IL MEDAGLIONE INSANGUINATO a été restauré et projetté à la Mostra de Venise en 2005.
La jeune Emily est jouée par Nicoletta Elmi, actrice-enfant qui figure dans des films dès ses 5 ans pour s’éloigner du cinéma à l’âge de 25 ans. Durant sa carrière, on l’aura croisée chez Aldo Lado (CHI L’HA VISTA MORIRE?), Paul Morissey (DE LA CHAIR POUR FRANKENSTEIN), Mario Bava (BARON BLOOD), Dario Argento (PRODONDO ROSSO) et Lamberto Bava (DÉMONS). On a vu pire comme référence. Dans EMILIE, L’ENFANT DES TÉNÈBRES, elle se montre très convaincante en enfant en proie aux tourments mentaux ou démoniaques. Parmi les autres actrices, on évoquera encore Joanna Cassidy (la productrice amoureuse de Michael) dont la carrière se poursuit toujours. Actrice de multiples séries télé aux Etats-Unis, on l’a cependant également croisée aux génériques de THE GRUDGE 2, THE GHOSTS OF MARS ou encore dans QUI A PEUR DE ROGER RABBIT? Quant à Michael, il est interprété par Richard Johnson, acteur qui pourra s’enorgueillir d’avoir joué dans ZOMBI II de Lucio Fulci. Fulci se rappelle d’ailleurs encore à nous par le motif développé dans L’AU-DELÀ : une peinture ouvrant les portes de l’enfer, ce qui n’est pas sans évoquer le tableau démoniaque de cette EMILIE, L’ENFANT DES TÉNÈBRES, tourné 5 ans plus tôt. Si on fouille encore plus dans le passé, on peut relever que Massimo Dallamano a réalisé en 1970 l’adaptation (érotisée) du plus célèbre roman relatif à un tableau maudit, LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY d’Oscar Wilde.

Cliquez ici pour lire l’article sur La Bimba di Satana


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Article rédigé par Philippe Delvaux

Ses films préférés - Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare