Un texte signé Jean-Sébastien Gaboury

Canada - 2003 - Elza Kephart
Interprètes : Anne Day-Jones, Samantha Slan, Karl Gerhardt, Barbara Bacci

review

Graveyard Alive

Une infirmière est éconduite par son petit ami, le chirurgien du service où elle travaille. Celui-ci préfère une jeune et belle collègue, de surcroît fille du chef de la clinique. Mais un patient arrive en urgence dans un piteux état. Pendant qu’elle le soigne, il la mord à la main faisant d’elle une morte-vivante.
Raconté de cette manière, le scénario de Graveyard alive (également sous-titré A zombie nurse in love) donne l’impression de tourner à la farce. Or, il n’en est rien même si quelques pointes d’humour agrémentent sans mal le métrage. De tout façon, un film d’horreur réalisé par une femme est déjà suffisamment rare en soi ; il serait inopportun de ne pas s’y arrêter. La réalisatrice, Elza Kephart, concentre son histoire sur un personnage féminin. Celui-ci est une pauvre infirmière au physique ingrat et délaissée par son ancien flirt. Ne sachant plus comment attirer son regard, elle se lamente dans son minable appartement et visionne à la télévision d’aussi minables feuilletons narrant les déboires sentimentaux d’infirmières. Son salut va venir d’un patient avec un signe particulier : un hache plantée dans le crâne. Encore en vie, il se comporte bizarrement et son physique n’est pas celui d’une personne saine. A tel point qu’il mord l’infortunée infirmière et la métamorphose s’opère. Elle prend l’apparence d’une femme désirable et sa subite coquetterie ne va pas laisser insensible le contingent masculin. Kephart s’en donne à cœur joie et glisse des pointes d’humour bien venues. Ainsi, la belle infirmière est assise, les jambes bien en vue. Le troupeau masculin la regarde passionnément, la langue sortie et émettant un bruit de chien en haleine. Une belle revanche pour celle que tous prenaient pour un boudin juste bon à travailler. En tout cas, elle réussit son pari, celui de récupérer l’amour de sa vie. Et pour être sûre qu’il reste, elle le mord à son tour. Comme plusieurs protagonistes, elle contamine une bonne partie de la distribution si bien que les zombies deviennent majoritaires dans les couloirs de la clinique. Seul un vieil employé, sorte de monsieur à tout faire, sent le piège se refermer. Il fait dire qu’il est expert en la matière. Sa chambre recèle des trésors dont un livre sur les morts-vivants et les signes pour les reconnaître. Hélas pour lui, ses investigations vont lui être fatales et il termine dans la morgue puis dans le congélateur ! Scène fort drôle où l’infirmière commence à le découper. Fondu au noir. Il ne reste plus que le squelette. Un appétit féroce ! Quant à l’ancienne concurrente, elle découvre à ses dépens le pot aux roses. Poursuivie par une horde de zombies, son sort est des plus funestes. Elle le cherche bien car plutôt aux formes généreuses, elle se refuse à son amant en lui prétextant d’atten-dre jusqu’au mariage. Sa beauté ne lui enlève pas une bêtise redoutable et le fait d’être évincée de la course aux plaisirs n’est qu’une juste récompense. Tourné en noir et blanc, Graveyard alive se fend de magnifiques plans. Une belle résurrection de zombies se limite à des bras sortant de terre et attrapant l’infortunée infirmière en plein rêve. Toutefois, il ne faut pas s’attendre à des maquillages trop poussés ou à de savants effets gores. Rien de tout cela ici. En tout cas, le cinéma canadien étant plus que méconnu chez nous, il aura le mérite d’enfanter sur un thème rabattu des œuvres originales. Placer le mythe du zombie dans un cadre quotidien est intelligent. De même, la mise en scène louche furieusement sur l’expressionnisme allemand. Les contrastes noirs et blancs font souvent mouche et le meurtre du premier non-mort se fait par l’intermédiaire d’une ombre abattant un couteau. Bien filmé, Graveyard alive pêche cependant par des baisses de rythme l’empêchant de mener pleinement son entreprise. Cela mis à part, Graveyard alive ne risque pas de bénéficier d’une sortie sur les écrans français et semble parti pour ne connaître qu’une diffusion lors de festivals comme ce fut le cas pour celui de Cinénygma au Luxembourg. Peut-on éventuellement espérer une sortie DVD moins furtive que son parcours sur les toiles ?




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Article rédigé par : Jean-Sébastien Gaboury

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