Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Jurassic Trash

Un texte signé Philippe Chouvel

Nationalité
France
Année de production

1998
Réalisation

Richard J. Thomson
Titres alternatifs

Terror of Prehistoric Bloody Creatures from Space
Interprètes

Laurent Dallias, Coralie, Elodie Chérie, Dominick Breuil, Edouardo Pisani, Daniel Broquet, Guy Emmanuel

Que se passe-t-il dans ce coin isolé du sud de la France, d’ordinaire bien tranquille ? Tout commence par la livraison d’une caisse mystérieuse dans une ferme, destinée à un jeune scientifique reclus dans son laboratoire, et semblant se livrer à d’étranges expériences, sous l’œil compatissant de son fermier rustaud de père. Très vite, des créatures génétiquement modifiées sont lâchées dans la nature, provoquant la panique au sein de la population environnante, composée de quelques demoiselles peu farouches adeptes du bronzage topless, d’un garde forestier émotif, d’un clown pas très net et d’un chef scout intégriste. Et lorsque viennent se rajouter au tableau un archéologue gâteux accompagné de ses deux ravissantes assistantes, un mafieux de seconde zone, puis le sous-préfet et sa secrétaire avenante, la région n’est pas loin de sombrer dans le chaos…
Juste après le tournage de TIME DEMON, Richard J. Thomson enchaîne avec ce JURASSIC TRASH, d’abord baptisé, dans un premier temps, TERROR OF PREHISTORIC BLOODY CREATURES FROM SPACE. Ces deux appellations ne laissent aucun doute quant au désir du réalisateur de rendre hommage (à sa façon) au JURASSIC PARK de Spielberg, et aux films de science-fiction américains des années 1950 à petit budget. Et le budget de Richard J. Thomson est très petit, effectivement, pour ne pas dire ridicule (l’équivalent de trente mille francs de l’époque).
Cela étant, contrairement à son film précédent, le cinéaste ne connait pas le moindre problème lors du tournage de JURASSIC TRASH. Le spectateur, quant à lui, ne sera pas désorienté. L’univers de Richard J. Thomson propose une recette toujours identique, à base de personnages caricaturaux, de situations absurdes, de maquillages rudimentaires et d’effets spéciaux proches du néant ; le tout au service d’un scénario condensant tant bien que mal l’imagination fertile du réalisateur.
JURASSIC TRASH s’ouvre sur un teaser ramenant à l’ère du paléolithique, et le ton est déjà donné, avec ce couple des cavernes vêtu de peaux de bêtes ressemblant plutôt à des couvertures chauffantes. Mais qui d’autre, à part Richard J. Thomson, serait en mesure de mettre en boite un long métrage avec moins de cinq mille euros ? Un pari une fois de plus tenu, avec l’aide de ses acteurs attitrés et compagnons d’infortune, dont Laurent Dallias dans un double rôle, lui permettant donc de cabotiner deux fois plus que d’habitude. Dominick Breuil, qui composait un colonel nazi époustouflant dans TIME DEMON, se fait lui aussi remarquer dans la peau d’un chef scout intégriste, caricature non déguisée d’un certain Philippe de Villiers. Le casting est complété de la façon la plus hétéroclite qui soit (autre marque de fabrique de Richard J. Thomson). Elodie Chérie est encore de la partie, accompagnée cette fois d’une autre hardeuse renommée dans les années 1990 : Coralie Trihn Thi. Le metteur en scène n’hésite pas non plus à donner des rôles importants à sa famille, puisque son père endosse la panoplie d’un scientifique farfelu, le professeur Jules Rassic (il fallait oser) ; et son frère cadet joue le rôle du savant fou se livrant à des expériences finissant par le dépasser, dans la grande tradition des films psychotroniques d’autrefois.
Enfin, cerise sur le gâteau, Richard J. Thomson est allé débusquer le chanteur ringard par excellence (mais néanmoins sympathique), à savoir l’inénarrable Edouardo Pisani, qui s’était fait connaître pour son tube « Je t’aime le lundi ». Incarnant l’assistant du professeur Rassic, Dino (eh oui) tient un rôle capital en trouvant une parade contre la menace des fameuses créatures préhistoriques (un subterfuge qui rappelle celui du MARS ATTACKS de Tim Burton, qui reprenait lui-même le final d’ATTACK OF THE KILLER TOMATOES).
Abandonnant le côté action/exploitation de TIME DEMON, le cinéaste aborde ici le registre de la grosse comédie franchouillarde, avec ce que cela peut apporter d’amusant, mais aussi d’horripilant. Les personnages possèdent des traits de caractère volontairement exagérés, à l’image des pièces de théâtre de boulevard. C’était déjà le cas dans TIME DEMON, mais cet humour potache s’intégrait alors avec des scènes d’action ; alors que dans JURASSIC TRASH le rythme demeure, somme toute, assez faible. Du coup, le film repose essentiellement sur le jeu de ses acteurs, qui en rajoutent sans compter, parfois de manière excessive.
Que retient-on finalement de ce JURASSIC TRASH ? Qu’il s’agit évidemment d’un film bricolé avec les moyens du bord, longuement pensé mais laissant toutefois une grande part à l’improvisation. On ne peut pas s’empêcher d’être étonné, au vu du résultat, de constater que la ténacité de Richard J. Thomson finit par l’emporter, malgré les obstacles financiers. Les mauvaises langues diront que le réalisateur se complaît dans la série Z fauchée. C’est un peu réducteur, Richard J. Thomson défend une vision du cinéma certes décalée et amateur, mais néanmoins authentique, et somme toute sympathique. Malgré le mépris d’une bonne partie de « l’élite » du 7ème Art, cet homme à tout faire (réalisateur/producteur/compositeur/acteur) lutte contre vents et marées afin de poursuivre sa version très personnelle du cinéma. Un idéal que l’on se doit de respecter, que l’on aime ou non ses films. Et puis, qui sait ? Un jour viendra peut-être où une personnalité s’intéressera aux travaux de Richard J. Thomson, tout comme Tim Burton rendit hommage à Ed Wood Jr. Rien n’est impossible.

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Article rédigé par Philippe Chouvel

Ses films préférés - Femina Ridens, Les Démons, Danger Diabolik, L’Abominable Docteur Phibes, La Dame Rouge Tua 7 Fois