Un texte signé Éric Peretti

France, Italie - 1978 - Jean-Marie Pallardy
Titres alternatifs : Convoi spécial
Interprètes : Jean-Marie Pallardy, Elizabeth Turner, Georges Guéret, Jean Luisi, Nikki Gentile, Mike Monty, Jean-Claude Strömme, Ely Galleani, Ajita Wilson, Annick Borrel

retrospective

L’Amour chez les Poids-Lourds

Les pérégrinations d’Ulysse lors de sa longue Odyssée ont fait l’objet de diverses adaptations cinématographiques plus ou moins fidèles, mais souvent assez divertissantes pour que l’on pardonne à leurs auteurs les écarts pris avec le texte originel d’Homère. L’amateur éclairé peut ainsi choisir de jeter son dévolu sur le ULYSSE de Mario Camerini avec Kirk Douglas, ou alors de se plonger dans la très rigoureuse série télévisée éponyme de Franco Rossi, sur laquelle œuvra Mario Bava. De nombreuses variations autour du récit existent également, le concept étant de reprendre les personnages principaux pour les faire évoluer dans un autre contexte spatio-temporel. Citons comme exemple l’excellente série animée Ulysse 31 qui projette son héros dans un retro-futur cauchemardesque, ou encore le film des frères Coen, O’BROTHER, qui replace le parcours d’Ulysse et de ses compagnons d’infortune dans l’Amérique dépressive des années 30. Mais c’est bien au fond du panier, là où se trouvent les pires produits d’exploitation, et où ni les historiens, ni les cinéphiles sérieux n’osent s’aventurer, que se trouve L’AMOUR CHEZ LES POIDS LOURDS.
Alors qu’ils étaient en route pour rentrer chez eux, Ulysse et son camarade Jeff, routiers de leur état, se perdent dans le désert, manquent de succomber aux charmes de trois jeunes femmes et finissent par trouver refuge chez la belle et insatiable Calypso. Pendant ce temps, derrière le comptoir de son relais, le Truck Stop, Pénélope attend le retour de son homme. Pressée par les autres routiers qui sont persuadés qu’Ulysse ne reviendra plus et qu’elle doit se trouver un nouvel amant, la belle doit chaque jour inventer de nouveaux stratagèmes pour calmer les ardeurs de ces camionneurs sympathiques mais obsédés…
Alors que les frères Coen ont recruté George Clooney, John Turturro et John Goodman, Pallardy compte sur lui même et rameute l’ancien lutteur-catcheur moustachu Georges Guéret, son fidèle pote Jean Luisi et le prolifique Mike Monty. Là où les Coen donnaient dans la comédie légère et musicale, Pallardy signe une comédie grasse où la notion même de subtilité est inconnue. En fait, les termes poids lourds contenus dans le titre ne seraient être plus justes pour définir ce film. Le scénario n’est qu’un prétexte à l’accumulation de séquences érotiques entrecoupées de gags et de situations hénaurmes, sans réel personnage principal ou fil conducteur. On assiste à une succession de saynètes qui s’imbriquent assez chaotiquement, peu aidées par un montage grossier, pour au final former un semblant de récit. De nombreuses scènes de bagarre générale, parfois à la limite de la partouze, toujours guidées par la bonne humeur et l’esprit de camaraderie, émaillent le film et renvoient à la fois au cinéma muet de par l’accompagnement musical et les effets de réalisation, mais aussi à un certain cinéma italien contemporain, et l’on s’attend presque à voir débarquer le duo Bud Spencer / Terence Hill pour distribuer quelques baffes. A cela vient s’ajouter un humour bien gras, mais jamais vulgaire, et des gags aussi éculés qui celui du travelo, interprété par une Annick Borrel à contre-emploi, que l’on prend en stop pour ensuite le présenter à un copain et attendre sa réaction. Quant aux scènes chez Pénélope, elles conjuguent ingéniosité et ridicule, à l’image de l’une des épreuves que doivent endurer les routiers : pantalon sur les chevilles, une clochette attachée à leurs attributs, ils observent deux jeunes femmes se livrer à des ébats saphiques. Celui qui fait sonner sa clochette est éliminé, le gagnant étant celui qui saura garder son self control jusqu’à la fin de la séance.
Des personnages emblématiques du texte d’Homère, Pallardy n’en retient que quelques-uns. Il transforme les sirènes tentatrices en trois lesbiennes se déhanchant dans le désert sur une musique rock, avec des bouteilles de champagne en guise d’appât. Il fait de Calypso (interprétée par Ajita Wilson, splendide créature à la peau d’ébène, qui serait selon la légende un transsexuel opéré avec succès) une nymphomane, vivant dans une somptueuse villa et exigeant d’être honorée en permanence. Quant au cyclope, il devient une tenancière de bar, obèse et borgne qui jette également son dévolu sur Ulysse, incarné par le beau gosse Pallardy bien évidemment. Bref, tout ceci n’est pas très sérieux mais qu’importe, tour à tour, le film déconcerte, séduit, ennuie, puis amuse parfois pour au final se révéler à l’image de ces routiers : sympathiques, mais parfois un peu lourds.
Alors, si vous n’êtes pas allergiques aux gros rires qui tâchent, rejoignez Ulysse, Pénélope, Jeannot, Jojo et les autres dans cette folle odyssée bucolique.




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Article rédigé par : Éric Peretti

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