Un texte signé Jérôme Pottier

Japon - 1972 - Noboru Tanaka
Titres alternatifs : Excitement Class: Love Techniques
Interprètes : Mari Tanaka, Ryoji Nakamura, Nobutaka Masutomi, Moeko Ezawa…

retrospective

L’école De La Sensualité

Le terme de roman porno est une trouvaille marketing de la société de production Nikkatsu, tout près de la faillite à la fin des sixties, c’est sous cette appellation qu’elle désigne les nombreux films érotiques qu’elle va produire à partir de 1971. Quelques interprètes vont alors émerger, elles seront considérées comme des reines du genre à l’image de l’éphémère Mari Tanaka qui fut la vedette des premiers travaux d’un maître du genre : Noboru Tanaka. Le réalisateur d’un chef d’œuvre ultime du genre, LA VERITABLE HISTOIRE D’ABE SADA (1975), aborde ici le roman porno pour la cinquième fois (après quatre autres longs métrages tournés cette année là). Il signe avec L’ECOLE DE LA SENSUALITE une oeuvre moins légère qu’il n’y parait…
Isao est un lycéen atteint d’un symptôme classique à l’adolescence, il est amoureux de son enseignante, en l’occurrence la belle Mademoiselle Ikuko. Cet onaniste frénétique à l’imagination fantasmatique très développée déclare sa flamme à l’intéressée par le biais d’un devoir de classe. Il faut dire que le sujet de la dissertation demandée est pour le moins scabreux, à savoir la description de sa (voire « ses », pour les plus précoces) première expérience sexuelle…
Ce pitch, pas très sérieux, illustre bien le propos présumé léger du film : une histoire de dépucelage comique en milieu lycéen. On est plus proche, par moments, d’une sexy comédie italienne à l’image de cette scène ou chaque élève supplie la sublime prof agressive du short de leur balancer une mornifle. L’amateur de polissonneries ritals croit visionner un remake d’un des épisodes de la série LA PROF (ah LA PROF DONNE DES LEÇONS PARTICULIERES de Nando Cicero avec Edwige Fenech, quel souvenir émouvant – 1975) tant cette dernière semble innocemment s’amuser à émoustiller ses élèves. La où L’ECOLE DE LA SENSUALITE diverge de ses homologues pelliculés transalpins, c’est dans son traitement plastique.
En effet, c’est le grand Noboru Tanaka qui est aux commandes, et même si ce film est plus léger que d’autres qu’il réalisera ensuite (tel le superbe OSEN LA MAUDITE en 1973), L’ECOLE DE LA SENSUALITE recèle sont lot de surprises. Comme cette introduction onirique à la gloire de la masturbation mais aussi du corps galbé divinement divin de la superbe Mari Tanaka. Elle reçoit des hectolitres d’eau sur son anatomie avant de se voir recouverte de craies de diverses couleurs, le tout se termine par une projection crémeuse du jeune Isao sur son miroir !
Malgré l’aspect gaudriole de cette scène, le metteur en scène arrive à insuffler beaucoup de sensualité. Pour ce faire, il utilise tous les artifices en vogue à l’époque. Les filtres de couleur, l’utilisation de focales courtes, la présence de flammes en arrière-plan des scènes passionnelles ainsi que l’abondance de zooms sont les quatre mamelles de L’ECOLE DE LA SENSUALITE.
Ces procédés parfois irritants trahissent l’envie de Tanaka de s’affranchir de son script gentillet. Il y parvient lors de scènes particulièrement dérangeantes. L’une d’elle voit l’enseignante cautionner le tabassage, par ses propres élèves, d’un éclopé qui fut l’un de ses anciens amants. L’ECOLE DE LA SENSUALITE devient beaucoup plus malsain dans sa seconde moitié, en particulier lorsque Isao décide d’éliminer son rival en amour, le professeur Tetsuro Morimoto. Il est prêt à tout, y compris le meurtre. Une autre scène surprend, celle ou Ikuko se saisit d’un rasoir (sans aller toutefois jusqu’à l’irréparable) : un plan annonciateur de la castration de LA VERITABLE HISTOIRE D’ABE SADA. A noter que, contrairement à la quasi-totalité des autres pelloches du réalisateur, L’ECOLE DE LA SENSUALITE se conclut par une naissance et non par une mort.
Toutefois le film, thématiquement, veille à ne pas sortir des canons alors en vogue dans un genre naissant à savoir, soit le drame de la jalousie, soit l’initiation d’un jeune puceau. L’ECOLE DE LA SENSUALITE combine les deux avec un bonheur inégal. Même si cette bobine reste mineure dans la filmographie du grand Noboru Tanaka elle mérite le coup d’œil rien que pour ses huit premières minutes de pur délire surréaliste.




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Article rédigé par : Jérôme Pottier

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