Un texte signé André Quintaine

USA - 1980 - John Irvin
Titres alternatifs : The Dogs of War
Interprètes : Christopher Walken, Tom Berenger, Colin Blakely, Hugh Millais, Paul Freeman, Jean-Francis Stévenin...

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Les Chiens de guerre – film d’action philosophique

Les Chiens de guerre de John Irvin est l’adaptation du livre éponyme de Frederick Forsythe. Le romancier a vécu en tant que journaliste la guerre civile nigériane à la fin des années 60. Il est réputé pour sa capacité à habilement mêler réalité et fiction dans ses romans. Cette façon de travailler lui a permis de livrer des histoires particulièrement réalistes.

Cette caractéristique explique peut-être aussi pourquoi l’action peut sembler avoir été négligée par le réalisateur John Irvin qui s’est plutôt intéressé à dresser des portraits de mercenaires : maladroits dans la vie quotidienne, experts quand il s’agit de tuer.

Avec le recul, le choix de John Irvin pour mettre en images un film réaliste n’est pas forcément surprenant. En effet, le metteur en scène est l’artisan en 1987 d’un autre excellent film de guerre, tout aussi attaché au réalisme : Hamburger Hill.

les chiens de guerre
les chiens de guerre

“Dans ma jungle tu ne serais qu’un enfoiré de plus”

Ce qui est admirable avec Les Chiens de guerre, c’est qu’il parvient à installer une intrigue riche, soutenue, jamais ennuyeuse, même dans sa version intégrale qui flirte avec les deux heures de métrage.

Déjà, le scénario efficace propose une histoire découpée avec intelligence en plusieurs parties d’intérêt égal…

Cela commence avec une introduction qui campe le cadre en quelques minutes… Les multinationales sont très intéressées par les mines de platine du Zangaro, un petit pays africain. Comme le dictateur en place n’est pas assez coopératif, les administrateurs engagent une poignée de mercenaires afin de le renverser. Ils n’ont pas prévu de mettre à la place du tyran un démocrate, ni même un modéré… Ce qui les importe, c’est que la personne au pouvoir soit acquise à leur cause.

Puis arrive Christopher Walken, alias Jamie Shannon, chef des mercenaires. Vétéran du Vietnam, c’est un homme abîmé par la vie. Pas besoin de plonger dans son âme pour comprendre qu’il en a vu des vertes et des pas mûres… il n’en est pas moins un homme qu’on peut facilement acheter, du moins au début des Chiens de guerre… Nul besoin de remuer ciel et terre pour le persuader de reprendre du service.

Le soldat se rend au Zangaro. Dès lors, à travers les différentes rencontres de Jamie, le film retranscrit avec succès et diligemment l’atmosphère oppressante qui définit les régimes autoritaires qui aiment surveiller leur population.

On ne perd pas de temps : voilà Jamie expulsé… Sa mission de reconnaissance au Zangaro ne se passe pas comme prévu. Emprisonné, battu, torturé, il est renvoyé aux USA comme un malpropre. Et le spectateur est surpris de découvrir un personnage principal aussi vulnérable, permettant à l’intrigue de gagner en réaliste.

les chiens de guerre
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“Vive la mort, vive la guerre, vive le sacré mercenaire”

La partie suivante se déroule aux USA où le mercenaire tente pathétiquement de mener une vie normale… Que ce soit à la ville ou à la campagne, ses tentatives s’avèrent vaines, se heurtant à l’incompréhension des proches. Jamie est donc contraint de faire ce qu’il fait de mieux… Les retrouvailles avec ses compagnons d’infortune sont touchantes. Les bien nommés “Chiens de guerre” sont tous des pointures en massacres divers et variés.

Déplacés dans nos sociétés pacifiées, les mercenaires s’avèrent désormais intarissables lorsqu’il s’agit de discourir sur les armes à feu. C’est au tour du spectateur de se sentir complètement paumé dans cette section du film où il est question d’organiser le coup d’État en achetant armes, munitions et matériels auprès de types qui ont tous l’air louches, malgré leurs costumes impeccablement repassés.

À ce moment de la partie, Les Chiens de guerre s’avère particulièrement réjouissant car une figure du film d’action fait alors son entrée : Tom Berenger, rien que ça ! Platoon, Traquée, Randonnée pour un tueur, La Main droite du diable… c’est lui ! Cerise sur le gâteau, le Français Jean-François Stévenin, , excellent dans Lune froide de Patrick Bouchitey, entre également en jeu dans un rôle qui n’a rien d’anecdotique.

Enfin, le final haut en couleur fait tout péter, comme ça se doit dans un bon film de guerre des années 80. Les explosions nocturnes, les soldats qui décèdent en pagaille dans des effusions de sang, Christopher Walken déchaîné avec son lance-grenades… Les images sont magnifiées par la photographie de Jack Cardiff, considéré comme l’un des meilleurs dans son art.

les chiens de guerre
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“Il veut être Dieu, je veux devenir riche !”

Avant de lâcher les fauves, Les Chiens de guerre se permet cependant un petit détour dans le domaine philosophique pour livrer un message politique cruel… Ainsi, lorsque Jamie Shannon découvre le salaud que les multinationales ont prévu de mettre à la place du dictateur actuel, tout le monde comprend que les citoyens du Zangaro ne verront aucun changement après le coup d’État…

Dès lors, le discours tenu pas Les Chiens de guerre se révèle surprenant. Ces mercenaires, des brutes sans foi ni loi dans l’imagination collective, seraient plus humains que les dirigeants des grandes multinationales, principaux pourvoyeurs de l’idéologie occidentales ? C’est le monde à l’envers…

Les Chiens de guerre est un film très riche, trop riche peut-être diront les éternels mécontents qui pointeront le fait que le film survole parfois certaines thématiques. En conséquence, il peut être difficile de coller une étiquette au film de John Irvin… Est-ce un thriller ? Oui, mais pas seulement… Un film de guerre ? Ce serait réducteur de dire ça… Un drame, n’exagérons pas tout même… Une chose est certaine cependant, Les Chiens de guerre est captivant de bout en bout et ne connaît pas l’ennui.

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Bande annonce :

Les Chiens De Guerre - Bande-annonce officielle (VOST)



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Article rédigé par : André Quintaine

Ses films préférés : Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


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