Un texte signé Patryck Ficini

Italie, Israël - 1976 - Gianfranco Parolini
Titres alternatifs : God's Gun, Diamante Lobo
Interprètes : Lee Van Cleef, Leif Garrett, Richard Boone

retrospective

Les Impitoyables

Après l’assassinat d’ un prêtre (Lee Van Cleef), son ex-pistolero de frère (Lee Van Cleef !) revient en quête de vengeance…
GODS’GUN a deux particularités. Tout d’abord, il est le dernier western de Frank Kramer, le créateur de Sabata et Sartana, et adopte un ton bien plus sérieux que ses illustres prédécesseurs. Ensuite, c’est l’un des rares westerns spaghettis tournés en Israël, avec DJANGO PREPARE TON EXECUTION et le très dark BLACK JACK. Mieux encore, GOD’S GUN, si l’on en croit Western all’italiana (édition Glittering images) , est peut-être un film à capitaux 100% israéliens. Les sources divergent en effet sur ce point. Ce qui est certain, c’est qu’il est produit par Golan- Globus, lesquels deviendront célèbres avec les films d’action de la Cannon dans les années 80. A tel point qu’on peut se demander s’il faut vraiment en parler comme d’un western italien. Les réalisateur (également scénariste), chef opérateur, monteur et musicien étant tous italiens, notre choix est vite fait !
GOD’S GUN dépasse cependant le statut d’agréable curiosité et se révèle un bon petit film, par la grâce du professionnalisme de Kramer et de ses acteurs (très belle distribution !) mais surtout par celle d’un scénario bien ficelé. Seul bémol de taille : la photo de Sandro Mancori franchement laide, avec des couleurs ternes, comme délavées. Peut-être qu’une meilleure copie changerait notre opinion sur ce point… Fort heureusement, la musique de Sante Maria Romitelli a de la personnalité.
Lee Van Cleef apparaît dans le double rôle du prêtre et de son frère jumeau. L’idée est bien exploitée car le début laisse à penser que le prêtre sera le seul héros… jusqu’à son meurtre par les Clayton. La scène étonne, émeut même un peu car le personnage était sympathique. Lorsque le frère survient dans la ville pour le venger, il s’habille en pasteur et bien sûr les bandits le prennent pour son fantôme, ce qui confère au film un petit côté HOMME DES HAUTES PLAINES/HORDE DES SALOPARDS, évidemment. Comme toujours, la réalisation de Kramer est très efficace. L’homme ne ménage pas sa peine pour distraire son public.
Originale aussi l’idée de donner un rôle important à un gosse, ami du prêtre. Rendu muet par le trépas traumatisant de ce dernier, c’est lui qui cherche secours auprès du jumeau. La présence d’un enfant pouvait laisser craindre de la mièvrerie, comme dans certains Croc-Blanc italiens, mais ce n’est pas le cas du tout. Le ton est suffisamment subtil dans la définition des rapports entre les personnages pour éviter cet écueil. On nage en plein mélo cependant lorsqu’on apprend que son père n’est autre que Jack Palance, le chef des desperados, qui a violé sa mère des années auparavant. Un mélo qui passe bien. Palance est même émouvant lorsqu’il découvre sa paternité. Devenu plus humain aux yeux du spectateur, sa mort finale prend même une valeur différente de celle des habituelles ordures du genre. Elle ne procure absolument aucun défoulement.
La mère de l’enfant n’est autre que la belle Sybill Danning. Sensuelle maman !
Au cours de l’histoire, les bandits de Palance se déchaînent dans la ville et violent des filles de saloon. Dommage que la scène ne soit pas plus forte. Elle aurait pu donner lieu à l’un de ces moments extrêmes, chargé d’émotion, que le western spaghetti sut réserver. Telle quelle, elle se montre juste complaisante (sans être pour autant sexuellement explicite) et surtout d’une grande lourdeur. Elle est trop longue de surcroît. Le viol en flash-back de Danning n’est pas plus solide. GOD’S GUN n’a sans doute pas les mêmes ambitions que DAY OF THE WOMAN, mais il ne s’agit pas d’un sujet qui mérite d’être bâclé ainsi.
Deux mots pour évoquer la situation du genre à l’époque : le western italien se mourrait. Même la comédie post- Trinita était passée de mode. Seules quelques oeuvres dites crépusculaires permettaient en cette fin de décennie à des réalisateurs talentueux comme Lucio Fulci, Enzo Castellari ou Michel Lupo de tirer leurs dernières cartouches (4 DE L’APOCALYPSE, KEOMA, ADIOS CALIFORNIA). En quelque sorte, et sur un mode franchement mineur, c’est un peu à ce filon mélancolique qu’appartient GOD’S GUN, même s’il n’est pas connu pour cela. Il y a ainsi une certaine tristesse dans son histoire, un côté doux-amer, sans qu’il parvienne jamais à la cheville des 3 fleurons cités sur le plan émotionnel et artistique. Et puis, il y a ce beau plan final qui voit Van Cleef chevaucher vers l’horizon dans le cadre d’un théatre de marionnettes, clin d’oeil à l’écran de cinéma et au côté artificiel du genre…
GOD’S GUN manque peut-être un peu de vraie brutalité pour séduire des fans qui en auront vu bien d’autres, mais il peut malgré tout apporter sans honte sa petite pierre à l’édifice bâti par les 3 Sergio une dizaine d’années auparavant.




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Article rédigé par : Patryck Ficini

Ses films préférés : Django, Keoma, Goldfinger, Frayeurs, L’Au-delà

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