Un texte signé Philippe Delvaux

retrospective

Maniac Cop

New York vit dans la terreur depuis qu’un serial killer décime ses habitants. Et les forces de l’ordre semblent bien impuissantes à les protéger… puisqu’aux dire des témoins, le tueur porte l’uniforme policier. Le maire tente tout d’abord d’étouffer le scandale avant de trouver un bouc émissaire : l’agent Jack s’est en effet fourré à la fois dans de beaux draps et dans le sexe d’une femme qui n’est pas sa légitime. Laquelle épouse, comble de malchance, a été assassinée juste après avoir confondu son mari volage. Jack sera heureusement aidé par sa maitresse Theresa, officier aux mœurs, qui officie sous couvert des artifices d’une péripatéticienne et dont les offices s’offrent, tous orifices ouverts à Jack [et on arrête là de jouer des assonances]. Entretemps, le lieutenant Frank Mc Crae, fin limier, est aussi convaincu de l’innocence de Jack que de la culpabilité d’un mystérieux collègue, ex gloire de la police new-yorkaise.

1980 : MANIAC… 1988 : MANIAC COP, le début et la fin de décennie ont vu William Lustig redessiner les contours du cinéma violent urbain. Et entre les deux, pour faire bonne mesure, VIGILANTE.

Revu plus d’un quart de siècle après sa réalisation, le constat est sans appel : MANIAC COP appartient corps et âme à son époque.

Pour l’âme d’abord : en 1980, New York est dévorée par l’insécurité (l’année suivante est répertoriée comme la « most violent year ») et le maniaque du métrage homonyme hante la ville. En 1988, le nettoyage de New York a commencé par son maire d’alors, Ed Koch, les salles de ciné crasseuses de la 42e avenue vont bientôt s’effacer, laissant place à une ville repensée dans son centre urbain et qui ne tolère plus ses marginaux. La décennie suivante verra le redéploiement du Bronx et de Harlem.

Aussi, la ville nocturne, sale et désertée de MANIAC COP reflète-t-elle un monde finissant. New York ne devient certes pas un havre de paix, mais l’insécurité et surtout son imagerie cinématographique vont se déplacer sur d’autres terrains et d’autres codes de représentation.

Il n’est pas interdit de lire dès lors le film comme une réaction, peut-être inconsciente, de William Lustig à l’encontre de la lutte menée par la mairie d’alors, dans ce grand nettoyage, à l’encontre du cinéma qu’il affectionne. D’où la menace venue des forces de l’ordre elles-mêmes et l’attitude des pouvoirs publics, plus préoccupés de leur image auprès des électeurs que du nettoyage au sein de ses propres rangs.

Pour le corps ensuite : MANIAC COP transpire par tous ses pores les codes des années ’80 : qu’il s’agisse naturellement des vêtements et coiffures de ces années très typées, mais aussi de la grammaire cinématographique du cinéma populaire d’alors, en termes de décors, ambiance, rythme, caractérisation ou gestion de l’action.

[SPOILER : passez ce paragraphe si vous n’avez pas vu le film]. Le statut de zombis (ou assimilés) n’est pas non plus sans s’inscrire dans la perpétuation de cette figure monstrueuse, alors bien vivace. Certes le tueur ne correspond pas au zombi classique et il n’est pas entièrement morts, mais sa résistance surhumaine, et notamment son insensibilité aux balles, le rapproche du zombi.]

L’autre genre duquel descend MANIAC COP sera alors celui du slasher, dont il reprend certains codes, l’arme de prédilection, l’invincibilité, l’omniscience et l’omnipotence, la motivation si pas gratuite, du moins assez trouble (la colère du « maniac cop » ne se tourne pas vraiment contre les seuls responsables de son état), et jusqu’au costume spécifique (et les gants blancs évoquent ceux en cuir qui ont magnifié certains gialli, ancêtres du slasher… la boucle est bouclée)…

MANIAC COP est aussi un nouvel avatar de ce genre spécifique des films centrés sur la déliquescence urbaine et son insécurité. Les bandes urbaines, les tueurs nocturnes qui errent dans des centres ville délabrés, toute cette imagerie appartient pleinement aux années ’80. Par après, un grand mouvement de rénovation urbaine dans les grands centres occidentaux aboutira à une réappropriation des cœurs urbains, déplaçant l’insécurité vers les banlieues. Eut-il été tourné une décennie plus tard, gageons que le « Maniac cop » aurait hanté la périphérie new-yorkaise.




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Article rédigé par : Philippe Delvaux

Ses films préférés : Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare

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