Au sommaire de Sueurs Froides 37 :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Refinements in love

Un texte signé Philippe Delvaux

Nationalité
USA
Année de production

1971
Réalisation

Carlos Tobalina
Interprètes

Rene Bond, Ron Darby, Anita de Moulin, Susan Harbor, Ric Lutze, Rose Monroe, Liz Renay, George Bernard Sands

REFINEMENTS IN LOVE est un documentaire qui lorgne vers le « documenteur » inavoué. Il n’y a pas d’intrigue à proprement parler. Le métrage est divisé en deux parties, séparées par le générique (qui apparaît donc après 46 minutes !). La première contient assez peu de scènes explicites tandis que la seconde, comme pour se rattraper, n’offre presque plus que cela.

Nous sommes plus proche des pseudo documentaires éducatifs et hygiénistes de la fin des ’60 (un genre essentiellement américain) que des mondo de cette même période (genre plutôt européen). Rappelons qu’avant l’irruption du porno décomplexé à l’extrême fin des années ’60, le spectateur en quête d’un spectacle émoustillant devait se contenter des films de nudistes (depuis les années ’50) ou de films « d’éducation sexuelle », prétexte hypocrite permettant de franchir un peu moins difficilement la censure. Le discours pontifiant enrobant ces métrages parasitant plus qu’autre chose le spectacle offert.

En guise de documents, Carlos Tobalina n’est pas allé chercher bien loin : on montre une émission de télévision interviewant… Carlos Tobalina lui-même, ainsi que deux devantures de cinéma projetant DOUBLE INITIATION et I AM CURIOUS, TAHITI, deux métrages signés… Carlos Tobalina. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même et un peu de publicité ne fait jamais de torts ! On atteint un sommet comique quand le pseudo document télévisé assure que le réalisateur Tobalina « se procure toujours un matériel de qualité pour réaliser ses films ». Oserait-on le terme lèche-c.. ? Sans oublier l’antienne du film : « les réalisations de M. Tobalina sont recommandées parle monde médical ». Certes, et nous ne manquerons pas d’en parler à notre proctologue !

Les autres « documents » interviewent des médecins, sans doute plus praticiens de leur corps que de l’art de guérir. Tout cela est entrelardé de scènes de rue (à défaut de rut) filmées à Paris ou aux Etats-Unis et sur lesquelles vient se greffer l’inénarrable et pourtant narré commentaire en voix off. Ce dernier est assuré par la porn-star Liz Renay qui assène d’un ton convaincu quelques truismes sur les bienfaits du sexe.

On rigole, mais cet ensemble éminemment naïf et militant trouvait sa justification à l’aube des années ’70, lorsque la société américaine n’était pas encore débarrassée de sa gangue conservatrice. En 1971, aux prémisses de son envol, le monde du sexe rêve encore de lendemains qui chantent et d’une société sexuellement libérée. Le retour sur terre ne tardera pas !

La réalisation est très soignée : variété des images (y compris un split screen porno), des situations, des décors, des intervenants et un montage dynamique. Une excellente musique à la fois entraînante et décalée côtoie quelques splendides morceaux folks. Pris à titre de spectacle, c’est très réjouissant et 100 fois mieux réalisé qu’un autre pseudo document que nous évoquions naguère dans Sueurs Froides : le portnawakeske FANCY LADY, tourné à la même période.

En termes de militantisme, le script tire à gauche et à droite et attaque l’Eglise, le monde politique et les entreprises, tous coupables de freiner la libération sexuelle. A noter qu’un passage réfère à la célèbre commission d’enquête parlementaire et au rapport scientifique qu’elle avait commandé et qui concluait à l’époque à l’innocuité sociale de la pornographie et à la nécessité de lever les barrières légales à son épanouissement. Conclusions que le pouvoir s’est bien gardé de mettre en œuvre, décidant d’une seconde enquête dans les années ’80 qui privilégiera les témoignages (axés sur les méfaits de la pornographie) aux données de ces scientifiques par trop libertaires.

On l’a dit, la seconde partie du métrage se concentre plus sur les séquences explicites, témoignant de divers trucs censés épicer la vie sexuelle de Monsieur et Madame Tout-le-monde : se recouvrir de talc ou d’huile, faire l’amour sur un lit à eau… Le son direct est évincé au profit d’un discours en voix off volontiers grandiloquent qui obère partiellement la portée érotique de l’ensemble. Les scènes explicites ne sont en rien destinées à choquer. Pas de perversion ou d’images chocs. Rien que des séquences d’une sexualité « saine et normale » qui doivent provoquer l’adhésion plus que l’excitation.

Au final, ce REFINEMENTS IN LOVE est un produit de son époque. De nos jours, nous le redécouvrons avec un œil de sociologue plus que de voyeur. Il n’en reste pas moins qu’il offre un spectacle tout à fait réussi, surtout pris au second degré.


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Article rédigé par Philippe Delvaux

Ses films préférés - Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare


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