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Stalag 17 (1953) – Survivre par le rire

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
USA
Année de production

1953
Réalisation

Billy Wilder
Interprètes

William Holden, Don Taylor, Otto Preminger, Peter Graves

Billy Wilder fait partie de ces réalisateurs incontournables de l’histoire du cinéma américain. Connu pour ses comédies (Certains l’aiment chaud), il montre aussi sa maîtrise du drame et du film noir(Boulevard du Crépuscule). En 1951, il découvre la pièce de théâtre Stalag 17, un gros succès de Broadway.Écrite par Donald Bevan et Edmund Trzcinski, Stalag 17 raconte leurs souvenirs de détention dans un camp allemand durant la seconde guerre mondiale.

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L’histoire du Stalag 17

A l’origine Donald Bevan et Edmund Trzcinski ont écrit la pièce comme un outil pour exorciser leurs traumatismes. Ils ne pensaient pas que leur vision tragi-comique rencontrerait le succès. Quand Billy Wilder s’empare de l’œuvre, il décide de garder ce ton mais d’adapter les dialogues et la mise en scène au langage cinématographique en sortant le récit du huis clos. Il travaille les dialogues avec son co-scénariste Edwin Blum, conservant ainsi le ton original. Le public suit les prisonniers du Stalag 17 quelques jours avant Noël. L’un d’eux, Clarence Cook,se souvient d’un événement qui l’a marqué, la découverte d’une taupe au sein de son baraquement. Ce détail est important car c’est par la recherche de cette taupe que le récit se démarque de la version théâtrale en apportant de la tension.
Wilder reprend des acteurs de la pièce(Robert Strauss, Harvey Lembeck) et Trzcinski fait un caméo. Il souhaite ajouter des acteurs plus importants, comme Charlton Heston et Kirk Douglas qui refusent. Finalement après quelques hésitations William Holden et le réalisateur Otto Preminger rejoignent la distribution. Le réalisateur travaille sur tous les détails, notamment les placement des caméras et l’aspect sale et boueux du plateau. Il se dispute même avec un producteur de Paramount qui souhaite censurer le film pour mieux le vendre en Allemagne. Wilder, d’origine juive, refuse car des membres de sa famille sont morts dans les camps. Cet incident marque la rupture entre le réalisateur et le studio Paramount. Malgré les problèmes, Stalag 17 reste son plus gros succès et une œuvre qui a marqué la pop culture américaine.

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Rire pour survivre

Une des grandes qualités du film se trouve dans son écriture comique. On ressent son origine théâtrale et burlesque avec un humour équilibré entre comique de situation et physique. Il permet au public d’épouser le point de vue de ces prisonniers et de les rendre attachants. Ils se taquinent, font des blagues à leurs ennemis et essayent de se détourner de leur quotidien horrifique en se montrant enfantins. Ces scènes d’humour viennent briser des moments de drame et de désespoir. La réalisation n’en fait jamais trop, Wilder cadre ses personnages avec douceur comme un témoin de ces instants difficiles.
Le personnage qui a compris comment survivre et aider les autres est Sefton. Sans rien dire à personne, il prend sur lui de se mettre en danger pour soutenir ses camarades d’infortune. Il crée un bar clandestin, des courses de rats et d’autres événements qui, à première vue, semblent complètement fous pour le lourd contexte servant de toile de fond. Pourtant tout prend sens quand il se fait accuser d’être la taupe.
Le long métrage comporte deux personnages incarnant les bouffons de service : Kasava (Robert Strauss) et Shapiro (Harvey Lembeck). Ce duo offre des moments à la fois burlesques et attachants. Loin de susciter de l’hostilité, ils conquièrent le spectateur. Leurs interprètes réussissent à faire passer une grande palette d’émotions permettant ainsi de comprendre que sous leur apparence de benêts se cache une amitié forte. En effet, Kasava souffre énormément et il est à deux doigts de sombrer. Son ami utilise l’humour et la promesse d’une rencontre avec une actrice pour entretenir l’espoir chez Kasava. L’humour permet de transmettre les émotions et le lien fort qui unit les prisonniers entre eux. Pourtant celui-ci est mis à mal par les Allemands.

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Partie de Cluedo

L’armée allemande est une menace à la fois franche et insidieuse. Le début du film les présente de nuit comme une puissance omnisciente traquant sans relâche les prisonniers. Lorsque les spectateurs les découvrent de jour, c’est tout d’abord par l’intermédiaire du Sergent Schultz, rieur et plutôt complice. Le ton change lorsque se présente le colonel chargé du camp incarné par le réalisateur Otto Preminger. Il incarne parfaitement l’idéologie de l’époque. Il se montre autoritaire et sans pitié, cherchant un moyen de diviser ses prisonniers. Au premier coup d’œil, le spectateur pense que c’est impossible de diviser ces Américains en territoire étranger, mais pourtant le colonel réussit au fur et à mesure à semer le doute et la paranoïa au sein des détenus.

Lorsque Stalag 17 débute, Billy Wilder fait un choix intéressant et qui résume parfaitement son long métrage. Chaque prisonnier est introduit lors d’une scène où les projecteur du camp traquent les évadés. Le baraquement est à la fois dans l’ombre et dans la lumière. Il montre directement que l’humain a deux visages, celui qu’il montre à tous et celui qu’il garde quand il est seul. La première partie plus légère met en avant la camaraderie et le soutien inconditionnel des militaires américains entre eux. Pourtant dès l’instant où ceux-ci prennent conscience de la présence d’un traître parmi eux, tout change. Les personnages deviennent méfiants et se surveillent les uns les autres jusqu’à choisir sans preuve un coupable simplement par jalousie ou peut être par manipulation. Wilder montre qu’il est facile de basculer dans la violence, la convoitise et la paranoïa lorsque les bons fils sont tirés. Les Allemands utilisent la psychologie pour briser les esprits et croyances de leurs otages.

Toute la lumière

La lumière et l’ombre sont importantes pour Billy Wilder. La lumière représente une scène, celle où chaque personnage joue un rôle mais aussi où le public décèle la vérité et l’impact de ce qui est caché. L’ombre permet au réalisateur de dissimuler les aspects les plus violents de la guerre mais également les secrets. Si la lumière insiste sur un objet ou un personnage, l’ombre scelle son destin. Une parole, un objet illuminé, un fil électrique, peuvent se révéler annonciateurs de violence.
La taupe en est l’exemple le plus frappant, il évolue dans les deux et c’est sous la lumière qu’il se dévoile petit à petit au yeux du public . Assister à ses manigances en toute impunité génère une tension et une colère énorme, bien plus que si Wilder avait choisi de montrer frontalement les conséquences de cette trahison. Stalag 17 est un film profondément humain et marquant.


TEST DU BLU-RAY/DVD


Rimini propose Stalag 17 dans une très belle restauration image et son. Le film est accompagné d'un livret écrit par Marc Toullec. Du côté des bonus, on trouve un documentaire dédié à la production du film et un autre présentant des témoignages de vétérans américains. Pour compléter, Rimini propose une discussion entre Frédéric Mercier (critique à Positif) et Mathieu Macheret (critique au Monde).

Les + :
La restauration
Les bonus.

Les - :
Bonus trop classiques
Il manque une présentation de Billy Wilder pour les néophytes.

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IMAGES QUI BOUGENT :

Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite


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