Un texte signé André Quintaine

Japon - 2002 - Sono Shion
Titres alternatifs : Suicide Circle, Jijatsu Circle
Interprètes : Ishibashi Ryo, Nagase Masatoshi, Sato Tamao

asian-scans

Suicide Club

Il y a des films qui laissent des traces, même longtemps après les avoir vus. SUICIDE CLUB en fait partie. Pourtant, force est de constater qu’il n’est pas parfait, mais l’important n’est-il pas de remuer l’estomac ?

suicide club

La première scène de SUICIDE CLUB, tout le monde en parle et elle risque fort de passer à la postérité. SUICIDE CLUB pose abruptement les bases de son scénario dès la première minute du métrage. Nous nous trouvons sur un quai du métro. Les gens à attendre le train sont nombreux. Parmi eux, 54 lycéennes en uniforme. Elles sont joyeuses, elles blaguent entre elles. Alors que le train s’approche, toutes se prennent la main et commencent un compte à rebours à voix haute : 3, 2, 1…. Le train arrive en gare, les 54 lycéennes se jettent sur les rails. Les corps sont découpés nets, le sang gicle sur les voyageurs horrifiés, une flaque de sang se répand sur le quai. La scène est impressionnante et on se dit que l’on va voir quelque chose d’unique.

Unique, SUICIDE CLUB l’est assurément. Le film compte deux ou trois autres scènes du même acabit mais c’est surtout dans son scénario et dans son atmosphère qu’il est si marquant.
La première scène décrit plutôt bien l’ambiance générale du film. Elle est grave, horrible car elle montre la mort de 54 jeunes filles. En même temps, il y a quelque chose de comique dans cette séquence et le côté très kitsch, loufoque et exagéré des effets gores participent à ce constat. Cette opposition se retrouve dans tout le film avec, d’un côté, les flics qui mènent l’enquête et qui s’enfoncent, impuissants, dans l’horreur à chaque minute car de plus en plus de jeunes se donnent la mort et de l’autre côté, on a les victimes. Dire qu’ils se suicident dans la joie et la gaieté n’est pas un euphémisme.

SUICIDE CLUB montre clairement la bêtise du suicide et en particulier celui des jeunes. La principale raison du suicide chez les jeunes au Japon est liée à la difficulté pour certains d’appartenir à un groupe. Dans ce pays, la logique du groupe y règne en maître et les jeunes vivent très mal d’être mis à l’écart. Rien que le fait d’avoir l’un des parents sans emploi est une raison d’exclusion. La solution est pour certains le suicide. Les flics, incapables de réagir au drame qui se joue presque sous leurs yeux, représentent la société adulte japonaise qui n’arrive pas à trouver de solution. En même temps, SUICIDE CLUB montre l’évolution de ce phénomène. De la volonté d’échapper au groupe, le suicide est devenu également un phénomène de groupe, voire même un phénomène de mode. Les jeunes qui se suicident dans SUICIDE CLUB le font rarement seuls. Il s’agit presque à chaque fois d’un acte collectif. Tout comme dans la réalité, où les jeunes vont sur des sites webs pour trouver des ” compagnons de dernière route “, les jeunes de SUICIDE CLUB s’inscrivent par le biais d’un site. Tous suivent l’exemple et finissent enfin par appartenir, quelque part, à un groupe.

SUICIDE CLUB est un film remuant. Il traite parfaitement et d’une manière très captivante du suicide. L’enquête est également particulièrement passionnante. La violence est souvent au rendez-vous et la qualité de la mise en scène des moments chocs donne un film qui fait froid dans le dos. Certes, on peut reprocher à SUICIDE CLUB une fin terne et surtout brouillonne par rapport au reste du film. Mais le plus important est qu’un film réussisse à remuer les tripes.



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Article rédigé par : André Quintaine

Ses films préférés : Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma

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