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C’est en 1971, alors que l’industrie cinématographique japonaise est en pleine crise pour cause de concurrence télévisuelle, que la compagnie Nikkatsu, afin d’éviter de déposer le bilan, va se lancer dans la production d’une nouvelle série de films pour adultes visant à ramener le public dans les salles obscures : le pinku eiga (cinéma érotique) se décline en roman porno.
Signifiant romantic pornography, ce nouveau courant a une vocation purement mercantile et est donc défini par certaines contraintes et règles. Ainsi le budget et le temps de fabrication des films seront réduits, des scènes érotiques pimenteront le récit toutes les 10 minutes et la durée du produit final ne devra excéder 80 minutes afin de satisfaire au double programme rituel du cinéma d’exploitation. De plus, les films devront respecter les strictes lois de la censure nationale en matière de sexualité, c’est-à-dire l’interdiction de montrer des organes génitaux et des actes sexuels non simulés. En revanche, une liberté totale est laissée aux réalisateurs au sein de ce cadre rigide, permettant à certains d’entre eux de se distinguer et de bâtir une carrière, tels Tatsumi Kumashiro, Noburo Tanaka et Masaru Konuma.
Konuma fait partie de ces artisans qui se découvrent un talent, insoupçonné jusqu’alors, dans un genre et qui va en devenir un solide pilier. C’est en effet lui qui va introduire le concept du Sado-Masochisme dans le roman porno en 1973, puis le développera avec talent, offrant à la Nikkatsu l’un de ses 5 plus gros succès de tous les temps avec WIFE TO BE SACRIFICED en 1975.
TATTOOED FLOWER VASE (1976) relate l’histoire tragique de Michiyo Yoshino (Naomi Tani), qui gagne sa vie en confectionnant des poupées représentant des personnages célèbres du kabuki (art théâtral nippon), dont son père fut un acteur renommé. Un jour, Takako, la fille de son défunt mari, lui présente Hideo, un jeune homme dont le père, acteur lui aussi, l’avait violée dans sa jeunesse alors qu’elle était encore vierge. Takako, jalouse des affinités qui se développent entre sa belle-mère et Hideo, décide de lui offrir sa virginité. Bien que des sentiments amoureux naissent chez les jeunes amants, Hideo, attisé par une Michiyo de plus en plus perturbée par son passé, finit par coucher avec elle. Complètement perdue, la malheureuse se fait tatouer une scène du kabuki sur le corps lors d’une séance aussi douloureuse qu’orgasmique. Transformée, autant à l’extérieur qu’à l’intérieur, par ce tatouage, Michiyo devient une prédatrice sexuelle et retourne chez Hideo en qui elle ne voit plus que son père…
On comprend aisément pourquoi Konuma déclare dans les interviews qu’il s’agit de son film le plus étudié, à défaut d’être son meilleur, tant Mme Yoshino est un personnage fascinant. Victime d’un viol dans sa jeunesse, elle n’existe sexuellement que par ce statut, revivant d’ailleurs cette expérience lorsqu’elle se laisse abuser par un client pervers. Elle n’a sans doute jamais connu de plaisir en dehors de cet acte violent dont le souvenir l’a hante et l’excite en même temps. Immédiatement après avoir couché avec Hideo pour la première fois, elle va observer ce dernier faire l’amour à Takako. Cessant d’être passive, elle explore sa sexualité lors d’une superbe et folle séquence de masturbation rythmée par les gémissements des amants…
Passionnant dans le fond, le film souffre hélas d’un déséquilibre formel tant sa première partie est terne. La musique et les décors, trop seventies, donnent un aspect kitsch, alors que l’intrigue est assez confuse et peu prenante. Il faut attendre 50 minutes pour qu’arrive enfin cette séquence d’onanisme voyeuriste. Mais à partir de ce moment, et pour la vingtaine de minutes restantes, la mise en scène se fait virtuose. La tragédie difficilement amorcée trouve une conclusion, limpide et implacable.
Seul regret dans la mise en forme, les obligatoires taches noires, insérées afin de cacher les organes génitaux, viennent parfois briser la charge érotique qui s’était installée. Il aurait mieux fallu continuer avec le jeux des cadrages subtils permettant de placer judicieusement divers objets devant les zones interdites.
Pour finir, il faut saluer la performance de la superbe Naomi Tani. Son talent lui permet de passer de la veuve frigide à la maîtresse nymphomane avec une facilité déconcertante. C’est pour cela, à défaut d’avoir été la première starlette de la Nikkatsu, qu’elle en restera la plus célèbre, La Reine du SM. Après sa retraite précoce en 1979, aucune de ses remplaçantes ne parviendront à égaler sa beauté ou même sa notoriété, que ce soit Junko Mabuki, Nami Matsukawa ou Ran Masaki. Refusant de faire un come-back pour ne pas décevoir ses fans, elle restera à jamais dans leur esprit, comme elle le désirait, une fleur éternellement resplendissante.
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Article rédigé par Éric Peretti
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