Un texte signé André Quintaine

USA - 2005 - Ti West
Interprètes : Tom Nooman, Karl Jacob, Vanessa Horneff, Sean Reid, Wil Horneff

review

The Roost

Alors que les éditeurs de dvd s’acharnent pour nous livrer des images de plus en plus exemptes de défauts et les plus nettes possibles, on pourra trouver étonnant de découvrir la nostalgie de certains pour les griffures et autres tâches. Les personnes qui lisent leurs dvds depuis un ordinateur savent sans doute qu’il existe des applications qui leur donnent la possibilité d’appliquer des « filtres » sur l’image. Ils peuvent ainsi augmenter la netteté, éclaircir, mais aussi ajouter du grain et des poussières pour rendre l’image plus sale… En réalité, l’objectif est de gommer la propreté vidéo pour se rapprocher de l’image cinéma.
Cette démarche qui est généralement appliquée en aval, par le spectateur, c’est celle que Ti West a mise en œuvre pour son THE ROOST, en amont cette fois-ci. Là où les cinéastes doivent faire appel à des directeurs de la photographie compétents et usant des éclairages pour ce genre de boulot, le résultat obtenu par Ti West est on ne peut plus bluffant, parvenant à créer l’illusion d’avoir affaire à un film tourné en 16mm… THE ROOST nous plonge ainsi en plein dans les années 70-80 et le film évoque à nos esprits des petites perles comme DEADLY SPAWN par exemple.
Une bande de jeunes circule de nuit afin d’assister dès le lendemain au mariage d’un ami. Pas de chance, une panne les oblige à s’arrêter et à trouver de l’aide. Leurs pas les amènent à une maison isolée… Dans la grange qui jouxte la demeure, des centaines de chauves-souris n’attendent qu’une seule chose, mordre les imprudents qui se transformeront alors en zombies !
L’image est en atout primordial pour THE ROOST. Il est évident que le métrage n’aurait pas la même ampleur si l’aspect brut de la vidéo n’avait pas été supprimé. Plus sale, l’image fait également office, à elle seule, d’hommage à tous ces vieux films de monstres qui pullulaient sur les écrans il y a quelques décennies. Le scénario vise, quant à lui, l’efficacité. Peu de palabres, peu de développement… Les jeunes se retrouvent coincés dans une grange et basta. Fréquemment filmé caméra à l’épaule, THE ROOST cherche également l’aspect documentaire, entretenu par l’austérité de la mise en scène. On a l’impression de regarder un documentaire durant lequel l’auteur ne prendrait à aucun moment parti… Les reportages de la fameuse émission belge Strip Tease pourraient représenter une excellente influence pour Ti West.
L’inconvénient, en revanche, est que le spectateur se sentira sans doute peu concerné par ce qui arrive à ses jeunes héros. Une exposition rapide des personnages ne parvient aucunement à nous attendrir sur leur sort. Au final, le film se déroule sans que l’on ne ressente une quelconque émotion pour qui que ce soit.
Si l’on est peu sollicité dans ce domaine, THE ROOST prévoit néanmoins quelques sursauts du plus bel effet. L’ambiance générale est également lugubre et l’on se félicitera de la qualité des effets spéciaux. En dehors d’une séquence, les chauves-souris ne sonnent jamais faux. Une réalité qui est sans doute due à l’image dont on a supprimé la netteté en flouttant les contours.
Le principal défaut de THE ROOST réside néanmoins dans son scénario qui finit, au bout du compte, par tourner en rond. Piégé dans la grange, les jeunes infortunés ne feront par la suite plus grand-chose. Les surprises sont finalement peu nombreuses et, de surcroît, le peu d’intérêt que l’on porte aux personnages achève de faire de THE ROOST un produit pas très enthousiasmant. On retiendra, malgré tout, la réussite du réalisateur d’être parvenu à conférer à son film un look résolument série B/Z des seventies et ça, c’est déjà un exploit.




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Article rédigé par : André Quintaine

Ses films préférés : Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks

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