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Avant d’être le réalisateur d’œuvres cultes telles que Jeremiah Johnson, Les trois jours du condor ou encore Out of Africa et La Firme, Sydney Pollack est un homme de théâtre et de télévision.
Il est né en 1934 dans une famille modeste d’immigrés juifs russes. Pollack découvre l’art et plus précisément le théâtre au lycée. Il étudie à l’université les arts dramatiques avant d’opérer une transition en 1956 vers le milieu de la télévision. Il participe en tant qu’acteur dans différentes séries TV comme Alfred Hitchcock présente. En 1959, il est assistant stagiaire sur un téléfilm de John Frankenheimer. Le réalisateur/producteur est impressionné par son sens de l’efficacité et lui confie un premier projet : 30 minutes de sursis. Stirling Silliphant, scénariste du Village des damnés, signe le long métrage inspiré d’une histoire vraie décrite dans Life Magazine par Shana Alexander.
Le film comporte à son générique de grands noms comme Sidney Poitier, Anne Bancroft ou encore Telly Savalas. Quincy Jones, le célèbre producteur de Thriller de Michael Jackson, assure la bande-son. Le public et la critique saluent le film, lançant ainsi la carrière de Pollack.


Le théâtre de la vie
30 minutes de sursis utilise habilement des codes issus du théâtre et de la télévision pour proposer une œuvre forte poussant le spectateur à retenir son souffle. Le scénario se concentre sur Alan, un étudiant afro-américain en psychologie. Le soir, il travaille au centre de crise, une structure d’assistance psychologique. Alors qu’il est seul au bureau, une femme appelle. Elle annonce qu’elle a pris des cachets pour en finir, elle s’appelle Inga. Le spectateur pourrait craindre d’assister à une pièce de théâtre en huis clos froide et plate, mais il n’en est rien. Pollack utilise différents procédés pour transmettre de l’empathie et de la tension tout au long des événements.
Il commence par montrer des introductions des différents protagonistes ainsi que des indices qui prendront totalement sens à la fin du métrage. Le réalisateur montre une vue d’ensemble de la ville de Seattle pour rappeler son immensité. Puis il alterne en montrant dans un montage parallèle Alan et Inga. L’étudiant évolue en pleine lumière toujours vers l’avant du cadre, il est énergique. En opposition, Pollack présente la femme toujours immobile, le regard perdu dans le lointain. Elle est toujours seule et prisonnière du cadre par un élément du décor. Le réalisateur montre également des objets en gros plan. En effet, Ils servent de fil conducteur entre les scènes tout en représentant des clefs de compréhension par la suite. La caméra s’immobilise ensuite sur la scène principale, le centre de crise.
Par la suite, Pollack utilise cette scène pour lui insuffler une ambiance oppressante. Le jeu intense et sensible de Poitier, sa gestuelle accompagnée d’une caméra fluide bougeant en permanence, rappellent sans cesse l’état d’urgence. Le temps d’Inga est compté.


La vie ne tient qu’à un fil
Lorsqu’Alan décroche le téléphone, celui-ci devient l’élément du récit le plus important. Il est le dernier souffle, le dernier lien qui retient la pauvre Inga à la vie. C’est aussi un instrument de torture pour Alan qui se sent impuissant à de nombreux moments pour aider celle qui l’appelle.
Inga n’est qu’une voix sur une enceinte et pourtant elle touche à la fois le protagoniste et le public. Anne Bancroft fait un magnifique travail de jeu réussissant lors de ses scènes à faire ressortir toute la détresse de son personnage derrière un apparent cynisme. Poitier compose différentes émotions.Toujours sur le point de se briser, il est très empathique, touché par l’histoire de Inga, mais également il a des phases de colère et de frustration.
Le fait de montrer leur échange en parallèle du travail de la police et du centre d’appel pour localiser la mère de famille ajoute de l’oppression. En complément, les flash-backs permettent de comprendre le personnage et ses raisons de vouloir en finir, mais surtout le spectateur se sent engagé dans l’envie de l’aider. La tension dure jusqu’à la fin du film, accompagnée par la musique jazz et sonnant comme un compte à rebours de Quincy Jones. Pollack met au centre du film la notion d’écoute comme importante pour la santé mentale. Prendre le temps de parler et de montrer à l’autre son importance peut sauver des vies surtout à l’époque dans laquelle se passe le long métrage.


La lutte contre le patriarcat
Il est intéressant de noter que les deux personnages principaux sont issus de minorités : une personne de couleur et une femme. Dans les années 1960, la société rabaisse souvent ces deux catégories et ne les écoute pas. Lorsque Pollack introduit Alan, bien qu’il semble être un étudiant classique, il étudie toujours même en conduisant. Il veille à rester poli et à parler avec une diction parfaite pour se fondre dans la masse. Il doit toujours redoubler d’efforts. Plus tard, il rappelle à Inga qu’il sait ce que c’est de devoir survivre et de devoir être parfait.
Le métrage se concentre cependant plus sur le cas d’Inga. Elle incarne la desperate housewife de l’époque, toujours bien apprêtée, qui s’occupe de sa famille et ne fait pas de vague. Sa seule erreur : avoir caché à son époux qu’avant de le connaître elle a eu une liaison et qu’elle était enceinte au moment de l’épouser.
La découverte de ce secret pousse son mari à remettre en question son mariage. Il doute même de son lien avec son fils. Elle veut lui raconter son histoire, mais il la repousse et l’enfonce. Elle fait une première tentative de suicide. La réponse de son conjoint ? La conduire à la messe. Elle explique à Alan qu’elle voulait juste pouvoir s’expliquer, se sentir vue et entendue. Dans sa vie professionnelle, ce n’est pas mieux, son patron la traite comme sa domestique et sa collègue la rejette. Son fils bien qu’aimant ne comprend pas son mal-être, préférant jouer. Pour finir, elle souhaite parler à un psychiatre et se rend à l’hôpital. Le médecin ne l’écoute pas. Il la prend pour une hystérique et souhaite l’hospitaliser immédiatement.
Il est très compliqué, à une époque où la parole des femmes commence à peine à se libérer, à trouver une oreille complaisante et non jugeante. Le réalisateur suggère qu’à cette époque, seule une personne vivant la même chose possède l’empathie nécessaire pour comprendre l’autre. Cela peut expliquer pourquoi le supérieur de Alan le laisse gérer la situation comprenant qu’il a à cœur de sauver Inga.
30 minutes de sursis permet de prendre conscience des progrès effectués dans la gestion de la santé mentale et de la technologie pour localiser un appel. L’œuvre pousse le spectateur à faire plus attention autour de lui.
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Article rédigé par Faye Fanel
Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.











