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Une Libellule pour chaque mort (1974) – Giallo amarillo

Un texte signé Frédéric Pizzoferrato

Nationalité
Espagne
Année de production

1974
Réalisation

León Klimovsky
Titres alternatifs

Una libélula para cada muerto, Red Killer, A Dragonfly for each corpse
Interprètes

Paul Naschy, Erika Blanc, Angel Aranda, Maria Kosti, Susana Mayo

Cinéaste argentin touche-à-tout, León Klimovsky (1906–1996) fut d’abord un dentiste. Cela fit dire à Jean Tulard dans son « Guide des films », que le cinéma n’aurait rien perdu à ce qu’il continue dans cette voie. Un peu sévère pour ce cinéphile, d’abord critique, qui débute sa carrière, à la fin des années 40, par des adaptations de classiques littéraires (LE JOUEUR de Dostoïevski, LE COMTE DE MONTE-CRISTO d’Alexandre Dumas). Dans les fifties, Klimovsky s’installe en Espagne où il devient un grand pourvoyeur du cinéma populaire, passant du western (QUELQUES DOLLARS POUR DJANGO) au fantastique. Bien évidemment, le cinéaste travaille avec Paul Naschy, la star ibérique de l’épouvante, notamment pour DR. JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO ou LA FURIE DES VAMPIRES. Au total, les deux hommes collaborent à huit reprises et, en 1974, ils tâtent du giallo déjà sur une pente descendante en Italie.

Une libellule pour chaque mort 03

L’inspecteur Paolo Scaporella (Naschy) enquête, à Milan, sur des crimes commis par un assassin tout de rouge vêtu. Investi d’une mission purificatrice, le meurtrier s’en prend à ceux qui fréquentent les bas-fonds de la cité et tue des dealers, des prostituées, des partouzeurs, des drogués ou des homosexuels. Le seul indice susceptible de l’identifier ? Une libellule déposée sur chacun des cadavres. Scaporella découvre toutefois un bouton, arraché au manteau du tueur, et qui, espère-t-il, lui permettra de faire avancer l’enquête. Il demande l’aide d’un couturier gay, ami de son épouse Silvana (Erika Blanc), mais celui-ci est assassiné. Désireuse de le venger, Silvana tente de découvrir le coupable.

En 1974, le giallo tire ses dernières cartouches, plus ou moins remplacé, dans le cœur des cinéphiles déviant, par le poliziottesco. Ces polars spaghetti, typiques des années de plomb, sont fréquentés par des flics coriaces ayant peu de respect du droit des présumés coupables. Dans la lignée de L’INSPECTEUR HARRY et de ses dérivés européens (comme BLAZING MAGNUM), cette production espagnole se rapproche du film d’action et présente un inspecteur dur à cuire qui use de méthodes musclées (les bien-pensants diraient « douteuses ») pour enquêter. Paul Naschy avait joué précédemment dans le similaire mais médiocre JACK EL DESTRIPATOR DE LONDRES consacré à un émule de Jack l’Eventreur.

Une libellule pour chaque mort 04
Une libellule pour chaque mort 01

Dans UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT, le tueur délaisse la panoplie traditionnelle et le cuir noir pour un pantalon rouge (d’où son surnom de Red Killer, un des titres alternatifs du métrage) et emploie des armes variées : une hache et une épée, mais aussi un surprenant parapluie muni d’une lame rétractable. Le scénario, classique, alterne donc les exactions du criminel, accompagnées d’éclaboussures sanglantes et d’une large dose de nudité, et les efforts du flic afin de le coincer. Joué par Paul Naschy, cet inspecteur passe beaucoup de temps en compagnie de sa charmante épouse (Erika Blanc), ce qui permet de meubler le temps de projection par de fréquentes saynètes décrivant leur vie conjugale. Si celles-ci ne sont pas toujours passionnantes, elles épaississent néanmoins le caractère des personnages. Un effort louable d’autant que le cinéaste distille un humour sympathique capable de contrebalancer le machisme satisfait du héros.

Malheureusement, UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT manque de hargne : le cinéaste effleure à peine l’univers malfamé des bas-fonds et les perversions sont à peine évoquées. Cependant, si la plupart des scènes sanglantes se déroulent hors-champ, le bodycount s’avère élevé : une bonne manière de garder le rythme et de contrebalancer une enquête assez banale.

Enfin, la conclusion, prévisible, déçoit mais demeure dans la moyenne : elle n’est ni complètement bâclée ni vraiment satisfaisante. Les motivations du meurtrier sont classiques et l’explication de la présence des libellules alambiquées avec une explication pseudo-historique fantaisiste.

Toutefois, l’interprétation se montre de qualité, dominée par un Paul Naschy impliqué et une Erika Blanc séduisante. Deux acteur que les bisseux aime voir ou revoir, y compris dans des titres mineurs. Adroitement servi par une photographie de qualité, le film possède donc, par sa sobriété et son classicisme, un côté nostalgique évoquant même les thrillers pulp d’antan. Une impression accentuée par une partition réussie qui se contente pourtant de mélanger plusieurs bandes originales antérieures.

Sur le modèle balisé du flic opiniâtre traquant un tueur en série désireux purger une ville de ses indésirables, UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT reste en deçà du similaire PEUR SUR LA VILLE mais demeure plaisant et globalement efficace. Pour un giallo ibérique du milieu des seventies, ce n’est pas si mal.



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Article rédigé par Frédéric Pizzoferrato

Ses films préférés - Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer - Ses auteurs préférés - Graham Masterton, Christophe Lambert, Thomas Day, Stephen King, Clive Cussler, Paul Halter, David Gemmell


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