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La Buraliste de Vallecas (1987) – Une chronique sociale

Un texte signé Vincent Trajan

Nationalité
Espagne
Année de production

1987
Réalisation

Eloy de la Iglesia
Titres alternatifs

La estanquera de Vallecas
Interprètes

Emma Penella, José Luis Gómez, José Luis , Verdú, Fernando Guillén, Jesús Puente

À la fin des années 80, le cinéma « quinqui » arrive à bout de souffle. Né dans l’Espagne de la Transition, ce courant mêle chronique sociale et cinéma d’exploitation en s’intéressant aux jeunes délinquants issus des quartiers populaires, entre chômage, drogue et survie quotidienne. Avec LA BURALISTE DE VALLECAS (1987), Eloy de la Iglesia signe à la fois une variation inattendue et une forme de conclusion à ce mouvement qu’il a largement contribué à façonner.

Car le cinéaste n’a jamais été un formaliste. Sa mise en scène est directe, parfois brute, toujours tendue vers le réel. Depuis NAVAJEROS, COLEGAS ou EL PICO, il filme les marges sans filtre, en captant une jeunesse livrée à elle-même. Ici, il reste fidèle à ce territoire, mais en modifie sensiblement le ton.

La buraliste de Vallecas 04
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Le point de départ tient du fait divers. Deux petits voyous sans envergure, Leandro et Tocho, tentent de braquer un bureau de tabac. Rien de spectaculaire, rien de maîtrisé. L’opération dérape, les portes se ferment, les otages restent, et à l’extérieur, la police comme les habitants du quartier organisent l’assaut. Le huis clos peut alors commencer. À l’intérieur, tout repose sur la confrontation. Emma Penella domine le film dans le rôle de Doña Justa, figure populaire à la fois dure et profondément humaine. Face à elle, José Luis Gómez et José Luis Manzano incarnent deux braqueurs maladroits, dépassés par leur propre geste, tandis qu’une très jeune Maribel Verdú apporte une énergie inattendue.

Très vite, les rapports évoluent. La tension initiale ne disparaît pas, mais elle se déplace, laissant place à une forme de proximité étrange entre les braqueurs et leurs otages. Les rôles se brouillent, les discours s’ouvrent, et une complicité fragile, presque absurde, finit par émerger au cœur même de la situation. Le film glisse alors vers un équilibre instable entre comédie et drame. Eloy de la Iglesia introduit un humour parfois burlesque, presque incongru, qui désamorce ponctuellement la violence sans jamais l’effacer complètement.

Ce mélange, déroutant au premier abord, permet surtout de rendre les personnages plus proches, plus humains, en révélant leurs failles et leurs contradictions.

À l’extérieur, le film adopte un autre rythme. La place se transforme en théâtre social où se croisent policiers, voisins, journalistes et politiciens opportunistes. Le spectacle devient presque grotesque, révélant une société agitée, curieuse, parfois cynique, où chacun tente de tirer profit de la situation.
Et c’est dans ce contraste que le film trouve sa force.

La buraliste de Vallecas 02
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À l’intérieur, les personnages partagent une même condition sociale, faite de précarité et de résignation. Ils se racontent, se comprennent, découvrent qu’ils appartiennent au même monde. À l’extérieur, au contraire, s’agite une autorité souvent brutale ou hypocrite, incapable de saisir la complexité de ce qui se joue. Le braquage devient alors secondaire. Ce qui importe, c’est ce qu’il révèle : une Espagne encore marquée par de profondes fractures, où la démocratie peine à tenir ses promesses, et où il est, comme le suggère le film, plus facile de voler un pauvre qu’un riche.

Tout n’est pas parfaitement équilibré dans le film. Le huis clos s’étire parfois, tandis que les séquences extérieures peuvent donner une impression de dispersion. Mais ces déséquilibres participent aussi à un certain chaos, fidèle à l’univers que le cinéaste cherche à capter.

Au final, LA BURALISTE DE VALLECAS apparaît moins comme un film de genre que comme un portrait collectif. C’est un microcosme où se croisent victimes et coupables, sans jamais se réduire à ces catégories mais toujours profondément ancré dans une réalité sociale rugueuse…



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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Vincent Trajan

Ses films préférés - Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé


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