Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Cruel Winter Blues

Un texte signé Jérôme Pottier

Nationalité
Corée du Sud
Année de production

2006
Réalisation

Lee Jung-Bum
Interprètes

Sol Kyung-gu, Jo Han-seon, Na Mun-Hee, Jo Hie-bong, Oh Yong

A l’aube des années 2000, la Corée du Sud devient une démocratie au sens capitaliste du terme et les cinéphiles découvrent, effarés, toute une génération d’auteurs formidables constituée, en majeure partie, d’anciens opposants à la dictature. S’abat alors une flopée de chefs d’œuvres dont quelques polars tel MEMORIES OF MURDER (Bong Joon-ho-2003) et A BITTERSWEET LIFE (Kim Ji-woon-2005) qui régénèrent avec une intelligence rare le cinéma de genre. Bong Joon-ho prouvera d’ailleurs son habileté à dynamiter un genre quel qu’il soit, car après avoir tutoyé Melville, il réalisera, tout simplement, l’un des meilleurs films de monstre de l’histoire du septième art : THE HOST (2006). Lorsque Lee Jung-Bum scénarise et met en scène, en 2006, CRUEL WINTER BLUES on l’annonce comme un nouveau génie issu de la péninsule.
Un malfrat, Jae-moon, part à la recherche de l’assassin de son ami et mentor. Accompagné d’un apprenti gangster, il s’installe dans le village natal du tueur, Dae-sik. Mais là, Jae-moon fait la connaissance de la mère de Dae-sik, ce qui va fortement compliquer sa tâche…
Dès le pré générique, pendant lequel on assiste à un meurtre dans le métro, puis le générique qui déroule un magnifique plan séquence durant une réception, on constate une grande virtuosité chez Lee Jung-bum dont c’est le premier film. Ajoutons à cela un script malin qui multiplie les rebondissements tout en maintenant une très forte tension psychologique et une interprétation de qualité, et nous obtenons une œuvre assez forte.
Effectivement, la mise en scène aligne des plans séquences d’anthologie, aidée en cela par une magnifique photographie de Kim Dong-cheon. Malgré la désagréable sensation que le réalisateur se regarde parfois filmer, doublé d’un fort manque d’originalité (chaque cadre semble avoir déjà été filmé à l’identique par Takeshi Kitano), la maîtrise technique, exceptionnelle, laisse pantois.
Le script, loin de se contenter d’illustrer platement les archétypes du polar développe une toute autre thématique, celle de l’appréhension de la mort. Que ce soit :
-cette vieille dame qui n’accepte pas la mort de son fils aîné ;
-ce tueur implacable qui, animé par la vengeance, ne peut s’y résoudre par amour pour cette mère endeuillée ;
-l’homme de main employé par ce tueur qui a renoncé à sa vie d’athlète de haut niveau et sait qu’il va devoir donner la mort pour être ensuite rongé par le remord…
Lee Jung-bum met donc l’accent sur la psychologie fort complexe de ses personnages, chacun cache un secret terrible. Le spectateur occidental ne peut que constater, une fois de plus, que la société coréenne est basée sur le non-dit et les châtiments corporels. Tout cela donne naissance à des scènes d’une magie rare, telle cette bataille de boue entre les élèves d’une école de Tækwondo et le tueur implacable qui, la veille, les terrorisait.
Ce tueur implacable est campé par l’extraordinaire Sol Kyung-gu, déjà sensationnel dans le polar PUBLIC ENEMY (Kang Woo-suk-2002). Le reste du casting masculin parait même plutôt fade tant sa composition crève l’écran. Il est pour beaucoup dans la réussite de ce film, il arrive à nous faire apprécier un salaud intégral. Cette addition de talents accouche d’un polar à tonalité dramatique plutôt réussi, qui, sans être un chef d’œuvre, permet au spectateur de passer un bon moment.


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Article rédigé par Jérôme Pottier

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