Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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Body Trash – Quatre fois plus de plaisir

Un texte signé André Quintaine

Nationalité
Australie
Année de production

1993
Réalisation

Philip Brophy
Titres alternatifs

Body Melt
Interprètes

Gerard Kennedy, Andrew Daddo, Ian Smith, Regina Gaigalas, Vincent Gil, Neil Foley, Anthea Davis, Matthew Newton...

Seul et unique long métrage de Philip Brophy, Body Trash débarque quatre années après son court Salt, Saliva, Sperm and Sweat soit, en bon français : Sel, salive, sperme et sueurs. Un titre qui annonce déjà le ton de Body Trash où les oiseaux se font cracher dessus et les kangourous zigouiller à coup de lance-pierres pendant que les jeunes de la ville s’envoient en l’air avec les rednecks de la campagne…

Des éléments subversifs qui trouvent, peut-être, leur origine dans un spectaculaire accident de la route qui va lui-même provoquer une série d’événements plus ou moins surprenants dans une paisible banlieue de Melbourne. Vont alors être dévoilés, grâce aux instigations poussées de la police, les agissements d’un laboratoire pharmaceutique utilisant les citoyens de la communauté comme cobayes pour l’élaboration d’une pilule de vitamine révolutionnaire.

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Voici pour la trame principale. Mais, en vérité, Philip Brophy prévoyait initialement d’adapter plusieurs de ses nouvelles afin de créer une anthologie en bonne et due forme. Malheureusement, ruiné en cours de tournage, l’Australien doit se résoudre, tant bien que mal, à combiner les scènes déjà mises en boîte afin de former un ensemble le plus cohérent possible.

Le manque d’hétérogénéité n’échappera à personne, même aux moins vigilants. Par exemple, les passages se déroulant dans la campagne profonde australienne ressemblent à s’y méprendre à un survival comparable à Mother’s Day (1980). Pour, malgré tout, raccrocher l’épisode à la trame principale et son médicament innovant, Philippe Brophy imagine alors que le père de la famille dégénérée est en réalité l’un des instigateurs de la molécule responsable d’effets secondaires calamiteux.

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Par chance, et contre toute attente, le gloubi-boulga ne va pas se révéler si indigeste que ça… Trop souvent, les séries B horrifiques des années 90 souffrent d’une trame mince étirée en longueur pour octroyer la durée nécessaire au métrage. En conséquence, on s’ennuie ferme entre chaque point d’orgue de l’histoire. Une faiblesse dont ne souffre certainement pas Body Trash, en partie grâce à une galerie de personnages hauts en couleur. Certes, l’absence de tête de gondole pourra perturber ceux qui aiment avoir une figure à laquelle s’identifier. Toutefois, la famille de freaks, les bodybuildeurs ridicules ou encore la femme d’entreprise sans pitié nourrissent des récits construits en parallèle, enrichissant l’histoire principale et, par ricochet, rythmant un film qui ne connaît donc aucune longueur. D’ailleurs, le ciment entre chaque historiette ne va même pas se révéler si tiré par les cheveux que ça ; preuve en est que Body Trash ne contredit jamais sa diatribe…

Pour comprendre le propos satirique du film, cohérent au point de justifier ses excès de mauvais goût, il convient de se replacer dans le contexte des années 90, en partie opposées au culte de la personnalité. Effectivement, il n’y avait alors rien de plus beauf que de choyer son apparence. Ainsi, les personnes qui dédiaient leur temps libre à ramer au club de sport du quartier passaient pour des bouffons, ni plus ni moins. Les membres du groupe Nirvana, au sommet du TOP 50 de Marc Toesca, pionniers du mouvement grunge, montraient la voie en paradant les cheveux longs, de préférence non coiffés, tout en portant des pulls décousus ainsi que des jeans usagés, si possible troués. Aujourd’hui, cette mode minimaliste refusant l’ostentatoire a été balayée par le culte de la personnalité et l’ère du narcissisme assumé ; Body Trash s’y oppose de manière assez virulente…

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Une radicalité qui se traduit à travers des effets spéciaux résolument excentriques. Pour autant, Body Trash n’est certainement pas l’orgie gore prétendue par les chargés de com’ générateurs de frustrations. Produit en 1992, le gore à la Fulci et à la Sam Raimi avaient alors fait leur temps. L’époque est à la farce et Body Trash évoque bien plus le Brain Dead (1992) de Peter Jackson. D’ailleurs, on trouve aux effets spéciaux Bob McCarron, également responsable d’une partie de ceux du film réalisé par le plus célèbre des Néo-zélandais.

À son poste, Bob McCarron livre donc des trucages franchement surprenants, jamais gratuits, non seulement cohérents avec l’esprit du film mais également au service de l’histoire. Ainsi, une côte se voit, purement et simplement, expulsée de sa cage thoracique comme un vulgaire point noir. Plus loin, un placenta abandonne le bébé auquel il est censé apporter les nutriments nécessaires à son développement pour violemment s’en prendre au géniteur… Cette fois-ci, pas besoin d’attendre des études pour prouver la nocivité de ce médicament et les petits tentacules qui apparaissent sur la tête des malheureux qui avaient naïvement accepté de s’inoculer le médicament à la phase de test dérisoire sont là pour le prouver.

Avec un humour extrême et décalé, empruntant à la fois à l’esprit de Troma et de Peter Jackson, voire à celui du Street Trash (1987) de Jim Muro, Philip Brophy parvient à vaincre les difficultés d’un budget serré mais aussi celles d’un scénario franchement bancal. Au final, Body Trash n’a jamais l’air fauché et perpétue brillamment la tradition qualité de la Ozploitation.



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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par André Quintaine

Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma