|
|
Nationalité |
Roman signé par une Violaine de Charnage spécialisée dans l’horreur viscérale, de celle qui retourne l’estomac, Croak Creek Maniacs est son hommage au chef-d’œuvre de Herschell Gordon Lewis : 2000 Maniacs. Cette fois-ci, toutefois, les hôtes américains des touristes égarés entretiennent une dent non pas à l’encontre de leurs compatriotes nordistes, mais envers nos concitoyens bien à nous, mangeurs de grenouilles…
Croak Creek tire son nom de la crique où pullulent les batraciens vénérés par les locaux, reconnaissants envers ces grenouilles littéralement tombées du ciel au pire moment d’une disette remontant à la conquête de l’Ouest. Depuis, à point nommé, les villageois ont à cœur de rendre la pareille et de servir à leurs bienfaiteurs des plats concoctés avec amour.
Or, tout cordon bleu qui se respecte sait que l’origine des ingrédients est essentielle si l’on veut sublimer ses plats. Par conséquent, pour faire plaisir à des batraciens, quoi d’autre que servir un bon petit Français du terroir pour relever sa popote d’une pointe de vengeance ? Or, les choses sont bien faites et les touristes venant de l’Hexagone se perdent souvent aux abords de Croak Creek…
Lors d’un dîner traditionnel en France, lorsque l’on évoque avec ses proches la question de manger des grenouilles, on provoque généralement des sourires chez nos interlocuteurs. Rien que l’idée fait glousser : Manger une grenouille ? Quelle drôle d’idée, c’est beurk ! En réalité, si l’on y pense bien, ça n’a rien de drôle et c’est même plutôt cruel…
En effet, sachant que les nutritionnistes recommandent de consommer 150 g de viande par jour, un seul porc de 100 kg donnera environ 74 kg de viande, soit de quoi nourrir une personne pendant plus d’une année. Par contre, une grenouille ne génère que 40 g de matière consommable. Il sera donc nécessaire de sacrifier trois rainettes pour composer un seul repas, et il en faudrait 1 500 pour nourrir une personne autant de temps qu’un seul cochon.
Vu sous cet angle, la perspective abyssale du massacre dont se rendent coupables les mangeurs de grenouilles rempli d’effroi. Bref, vous l’aurez compris, si on prenait aisément en pitié les Nordistes torturés par les Sudistes esclavagistes du 2000 Maniacs de Herschell Gordon Lewis, il en sera autrement des invités d’honneur de la fête de la grenouille organisée par les habitants de Croak Creek.
Et si Violaine de Charnage se montrait capable de défendre n’importe quel protagniste de son précédent roman Les Entrailles de l’horreur, l’auteur prend cette fois-ci beaucoup de plaisir à maltraiter ses concitoyens, allant même jusqu’à blasphémer en déshonorant notre emblème national. Ainsi, madame le maire de Croak Creek lance à l’un des touristes : « Vous êtes aussi stupide que votre coq national ! » Ça ne s’arrête pas là… Plus loin, l’un des autochtones, courtisé par une Française aux mœurs légères, ne peut se résoudre à passer la gauloise à la casserole… En effet, on peut lire « La Française était sexy, mais il ne fait pas dans la zoophilie. »
C’est peu dire que Croak Creek Maniacs bénéficie d’une écriture percutante. Les réparties cinglantes alternent avec un humour noir grinçant, multipliant les clins d’œil et autres références diverses et variées savoureuses, qui tireront des sourires, voire des fous rires jaunes, bien sûr.
Ainsi, l’une des protagonistes porte le doux nom de Maïté, rappelant que la cruauté qui s’étale sur les pages du bouquin n’a rien à envier à celle que l’on trouvait dans les émissions à la télé de la plus célèbre des chefs cuistots françaises dans les années 90. En effet, qui, à l’époque, n’a pas vu Maïté présenter à la caméra la jolie Fantaisie, maman-cochon entourée de ses adorables porcins, avant de rappeler à Micheline, sa fidèle comparse, de penser à tourner la broche sur laquelle rôtissait le filet mignon et de ne pas oublier, non plus, de l’arroser avec sa propre graisse pour conserver son moelleux ?
Maïté a commis ses forfaits au siècle dernier, mais la vengeance est un plat qui se mange froid et l’on ne saura que conseiller Croak Creek Maniacs à tout bon végétarien qui se respecte. Les viandards, quant à eux, sauront apprécier ce roman offrant une appétissante remise au goût du jour de la fable concoctée par le pape du gore.
Évidemment, du gore, il y en a copieusement dans le roman de Violaine de Charnage. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs. Toutefois, Croak Creek Maniacs ne se contente pas de relater les unes après les autres les horreurs qui se déroulent dans la ville. Effectivement, le roman capte aussi l’esprit des années 60, décennie qui a vu naître 2000 Maniacs. S’invitent alors des trames secondaires dans lesquelles un scientifique fou expérimente sur les batraciens, le personnage principal enquête pour retrouver ses parents disparus il y a une dizaine d’années, ainsi que des flash-back permettant de revenir aux origines de la ville…
Jusqu’au final amusant, en clin d’œil délicieux à Herschell Gordon Lewis, l’écriture jubilatoire dont bénéficie Croak Creek Maniacs permet à ces deux cents pages qu’on lit d’une traite, de se révéler à la fois divertissantes et intelligentes. On attend la suite, mais concoctée, cette fois-ci, à la mode escargots de Bourgogne, autre sommet de la gastronomie française.
|
Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix : |
|
Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci ! |
Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :
=> Achetez le roman auprès de l'auteure
=> Screaming Boys – Violaine de Charnage – Violent Karnage
Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma

