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Le premier long métrage de Tony Paraskeva s’attaque au mythe de Médée. Sa réécriture se veut rock’n’roll et expérimentale.
Partagée entre sa famille et son amour pour l’intrépide Jason, Médée agresse son père et vole la toison avant de s’enfuir avec son amant. Leur voyage en amoureux tourne à la course poursuite tortueuse quand ils réalisent que le frère de Médée s’est lancé à leur poursuite. La jeune femme va devoir renouveler son choix : Jason ou sa famille, un choix qu’elle va amèrement regretter par la suite…


Une réécriture moderne
Tony Paraskeva a cherché à moderniser le mythe de Médée en transformant le couple mythique en des « Bonnie et Clyde modernes ». C’est pourquoi il a choisi le genre du road movie. Ainsi, Jason et Médée, beau et jeune dans des looks très sixties, traversent des étendues enneigées dans un cabriolet rouge qui n’est pas sans évoquer le cinéma de David Lynch, notamment Sailor et Lula, même si Tony Paraskeva évoque plutôt Dario Argento et Mario Bava comme ses principales inspirations.
Ses dialogues, en revanche, puisent dans le théâtre, dont Shakespeare. Ce qui donne parfois une étrangeté au film. Celle-ci est soulignée par l’aspect expérimental assez poussé qui s’inspire lui aussi du théâtre. Ainsi, il y a des plans où les personnages sont sur un fond noir avec un éclairage très coloré, dans une mise en scène très minimaliste. L’ennui d’un tel choix est que le métrage a un aspect très figé. Difficile de percevoir les mouvements sur un fond noir. Ou de voir l’évolution qu’ils subissent, dans des décors décontextualisés.


Une mise en scène expérimentale
À cela s’ajoute une dégradation de l’image qui semble volontaire, des plans qui se répètent ou se font écho et une fin plutôt difficile à comprendre sans avoir lu le mythe d’origine. La volonté du réalisateur de créer un rêve brumeux tout en s’attaquant à une partie moins connue dudit mythe était très ambitieuse. Trop sans doute, il est fort possible qu’une partie des spectateurs se sente perdue dans ce long métrage qui déborde d’idées et d’envies créatrices, mais part un peu trop dans tous les sens.
La direction d’acteur épouse ce style expérimental et théâtral. Si bien que les comédiens se tiennent souvent droit pour ne pas dire rigide. Loren O’Dair qui incarne Médée a assez de charisme pour compenser, mais ce n’est pas forcément le cas du reste du casting. Jonny Liron qui incarne Jason est assez passif, il incarne campe plus le beau garçon de service, ténébreux, bien éloigné du héros de la mythologie. L’acteur ayant peu d’action et de dialogues, qu’il n’en est nullement fautif. Tom Lyall qui incarne le frère de Médée a plus de scènes et de prises dans l’action. Il est assez évident que le frère et la sœur ont passionné le réalisateur et qu’au fond, le personnage de Jason est plus l’élément perturbateur voire l’antagoniste du récit.


La noirceur du mythe
Ainsi, il y a une espèce de perversion dans ce récit qui met en lumière la relation plutôt tordue de Médée et Apsyrtus, distillant un malaise au sein d’un repas de famille bien trop long et silencieux où les échanges de regards se répètent jusqu’à susciter l’amusement. Cette mise en scène théâtrale, minimaliste et expérimentale n’est pas sans évoquer Dogville de Lars Von Trier.
Exit Medea est surtout concentré sur le personnage de Médée qui agit durant tout le long métrage. Elle vole, elle agresse son père, son frère, et par la suite ses enfants. Si dans certaines versions du mythe, elle est plus monstrueuse encore, cela peut sembler aujourd’hui anachronique à une époque où les légendes de Méduse ou de Circée sont revues de manière plus féministe, corrigeant les torts faits à ces femmes. Même si Exit Medea porte au nu son personnage féminin, il reste tout de même enfermé dans la vision de la femme fatale et monstrueuse.
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Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite










