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Hot Saturday (1932) – William A. Seiter

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
USA
Année de production

1932
Réalisation

William A. Seiter
Interprètes

Cary Grant, Nancy Carroll, Randolph Scott

Avant que le code Hayes ne contraigne le cinéma Hollywoodien, Hot Saturday de William A. Seiter décrivait déjà la perte des libertés gagnées durant les années 20.

Dans la petite ville de Marysville, tout se sait. Ruth en a bien conscience, pour autant, pour rien au monde, elle sacrifierait son samedi soir pour s’occuper du ménage. Elle préfère sortir avec ses amis au Willow Spring, un dancing situé au bord d’un lac. Mais voilà, Connie, ami et séducteur, supporte mal de la voir passer du temps avec le playboy du coin, Romer. Il la coince sur le lac, l’agresse, mais Ruth parvient à s’échapper. Elle marche des heures et tombe sur la maison de Romer. Épuisée, elle décide de s’y arrêter. Le problème, c’est que le lendemain, la rumeur court dans toute la ville et Ruth perd son boulot qui soutient financièrement toute sa famille.

Screenshot

Un film pré-code

Sorti en 1932, soit juste avant l’application du Code Hayes, Hot Saturday dépeint la société américaine sur laquelle souffle encore un vent de liberté et toute l’audace des années folles qu’incarnent à la fois le personnage principal Ruth, l’ingénue malicieuse jouée par Nancy Carol et celui de Romer campé par Cary Grant, un hédoniste de la dernière heure. Seulement, cette liberté est vouée à s’éteindre, étouffée par la morale pudibonde qui ne cesse de rattraper les personnages, en particulier Ruth.

En effet, Hot Saturday est à la fois une ode à la liberté et un film féministe. Ruth est montrée comme une jeune femme indépendante et support économique de sa famille, mais qui veut tout de même s’amuser. Mais pas avec n’importe qui. Ses refus polis sont pris pour des rebuffades, ce qui pousse l’un de ses cavaliers, vexé, à se croire permis de l’agresser parce qu’elle l’a trop échauffé, parce que c’est ainsi que va le monde comme il le souligne « tu connais la chanson ». Ruth y échappe par chance, mais la rumeur, elle, implacable, isole Ruth et lui fait tout perdre dans cette ville où les apparences sont primordiales.

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Le rôle des femmes dans la société américaine

Ainsi, le film montre que le rôle d’une femme est de plaire aux hommes, d’accepter d’épouser choisi par ses parents, et surtout de ne pas se montrer trop indépendante, trop maligne, de se conformer aux règles d’une morale hypocrite et implacable. Une morale qui s’applique surtout aux femmes. En effet, le personnage de Romer ne ressent pas la pression sociale, il rit face aux mégères au début du film, parce qu’il est un homme mais aussi parce qu’il est riche. Les Américains ont une expression qui résume parfaitement la situation, il a le « fuck you money », c’est-à-dire assez d’argent pour faire ce qu’il veut. Ruth n’a pas cette chance.

Lorsqu’elle perd son travail, elle perd tout et doit donc trouver immédiatement une solution qui à ses yeux ne peut se concrétiser que par un mari. Au final, quoi qu’elle fasse, Ruth se sait condamnée au mariage comme elle le dit au début du film à Romer. La seule manière d’être en sécurité pour une femme dans cette ville, sous-entendu cette Amérique, c’est de se marier, de se ranger, d’accepter de se conformer au rôle que la société lui a réservé. Rôle contre lequel, pourtant, elle se rebelle. En effet, dans une scène située au premier tiers du film, Ruth tient tête à sa mère qui lui édicte les règles que doit suivre une femme, dans lesquels figure en bonne place le mariage avec un homme ayant une bonne situation. On sent donc l’importance de l’argent pour la famille de Ruth.

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Analyse de scène

La scène d’introduction nous la montre à côté d’un homme enfermé dans une cage en verre, la cabine protégeant des attaques de bandits puisqu’elle travaille dans une banque. De son côté, Ruth n’est pas totalement enfermée : le comptoir en bois la sépare du monde tout en lui laissant une fenêtre de liberté. Arrive alors Romer dans une voiture décapotable, de l’extérieur donc. Il incarne un souffle de liberté mais aussi une décadence interdite. Puisque dans un véhicule en avant plan, une grappe de femmes d’âge mûrs aux cheveux blancs le juge et surtout condamne la femme qui l’accompagne.

Une information très succincte nous est donnée sur le pouvoir de ces femmes qui s’en prendront par la suite à Ruth. Comme souvent, les règles du jeu sont édictées dès le début du film, selon le principe du « préparation – paiement » qui consiste à donner au spectateur tous les indices pour comprendre ce qu’il pourrait survenir et notamment les risques encourus par les personnages. Ce qui augmente le suspense ressenti par le spectateur qui pourra éprouver de la crainte et donc de l’empathie pour le personnage principal.

Mais revenons à notre scène introductive. En outre des placements des personnages, des paroles qui sont dites, il y a les costumes qu’ils portent. Les collègues de Ruth ont des costumes serrés, calibrés. Le « bon ami » a un costume sombre, tandis que le séducteur a une tenue plus claire. Mais celui qui se distingue est définitivement Romer avec son allure de Dandy. Face à eux, Ruth a une tenue mi-garçonne, mi-féminine. Elle a une jupe fourreau, et des manches bouffantes qui évoquent la mode des années 20, mais aussi la princesse, la diva. S’ajoute un gilet d’homme plutôt masculin et un petit chapeau qui lui donnent un air androgyne hérité de la garçonne de la même période et des cabarets. Ainsi on la perçoit immédiatement comme le genre de personnage qui tranche les codes.

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L’équipe technique derrière le film

Le film est une adaptation du roman éponyme de Harvey Fergusson. Il a été adapté par le scénariste Seton I. Miller, qui a collaboré avec Howard Hawks ou encore Michael Curtiz sur Scarface et les aventures de Robin des bois. À la réalisation, on retrouve William A. Seiter, qui débute comme doublure de Mack Sennett avant de passer à la réalisation en 1918. Ses premiers courts-métrages datent de 1915, son premier long de 1920. Il a connu le muet, dont on reconnait l’héritage dès l’introduction d’un texte sur un fond fixe évoquant complètement les titres du muet, mais aussi dans le jeu de sa comédienne principale, puis il va réaliser des films parlants jusqu’en 1954. Il poursuit sa carrière à la télévision jusqu’en 1960.



Le film bénéficie d'une sortie sur support physique :

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Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite