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Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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La Légende Baahubali : L’épopée

Un texte signé Charlotte Dawance-Conort

Nationalité
Inde
Année de production

2015
Réalisation

S. S. Rajamouli
Titres alternatifs

Baahubali : The Epic ; Baahubali : The Beginning ; Baahubali The Conclusion
Interprètes

Prabhas Raju Uppalapati, Rana Daggubati, Ramya Krishnan, Satyaraj, Anushka Shetty

Essayer de résumer LA LÉGENDE DE BAAHUBALI, ce serait comme tenter de condenser des récits mythiques tels que Gilgamesh ou Beowulf. Le 10ᵉ film de S.S. Rajamouli s’inscrit en effet dans la lignée de ces grandes épopées, avec autant de situations édifiantes où se mêlent figures hors du commun, éléments magiques et récit universel. Précisons que le film est composé de deux parties sorties à 2 ans d’intervalle, et qu’il y sera fait référence comme à une seule œuvre.

La légende Baahubali 03

Une nuit, une femme meurt en tentant d’échapper à des hommes en armes. Dans ses bras, un nouveau-né qui, supplie-t-elle, doit vivre. Avant d’être engloutie par les eaux, elle pointe du doigt le sommet d’une montagne. Sauvé par des villageois, l’enfant, Shiva, grandit en force, en intelligence et en bonté. Mais celui-ci ne cesse d’être attiré par le sommet de la montagne au pied de laquelle il vit. Là-haut, le royaume imaginaire de Mahishmati courbe le dos sous l’autorité du cruel Bhallaladeva. À la faveur d’une rencontre amoureuse, Shiva accède au palais royal où son apparition semble ranimer une flamme parmi les gens du peuple. Quel souvenir ce jeune homme éveille-t-il et quel est son lien avec la famille royale ?

Dans son introduction à RRR, l’œuvre suivante de Rajamouli, Christophe Gans parle de films « puissants » en racontant l’expérience qu’il a vécue devant le mixage sonore et les images inédites du spectacle (in Starfix 2023). Les films populaires des divers cinémas indiens sont conçus pour un public dont la pratique de la salle est totalement inverse à ce que l’Occident connaît. Les spectateurs dansent, jettent des fleurs, des popcorns en signe de joie sur l’écran, poussent des acclamations à l’apparition des héros et des cris de rage à celle des méchants. Le rapport des publics indiens à ses acteurs est comparable à l’adulation portée à des divinités. Pour répondre à l’engouement, les films se doivent d’être exaltants.

La légende Baahubali 05

On atteint dans BAAHUBALI un niveau d’épique rarement vu dans le cinéma occidental de ces dernières décennies, à l’exception de quelques films ambitieux comme Le Seigneur des anneaux. Tout est démesuré, les décors, les sentiments, la manière de filmer les personnages, les implications de chaque geste. Les scènes d’action sont filmées avec une inventivité folle grâce à une caméra d’une extrême vivacité et d’une grande souplesse. Le réalisateur fait preuve d’une recherche visuelle ininterrompue pour accentuer l’énergie du mouvement. Ainsi, il multiplie les points de vue, tantôt au plus près des coups, tantôt en plan large afin de replacer l’affrontement dans un chaos général. Avec sa caméra et avec rythme, il circule entre le déplacement des armes ou d’un personnage, il construit des plans en forme d’icônes ou de fresques, alternant instant de pause et reprise, tout cela soutenu par la musique débridée de M.M. Keeravani, laissant le spectateur le souffle court.

Mais ce n’est pas pour autant que Rajamouli délaisse les scènes plus intimes. Il faut s’attarder sur sa façon de filmer les dialogues. La caméra recadre l’image avec fluidité au gré des répliques, appuie le choc d’une révélation, réserve un effet de surprise lorsqu’un nouvel élément est dévoilé. Il se passe toujours quelque chose, en arrière-plan ou en amorce, les valeurs de cadre sont multiples, participant instinctivement à ce qui se joue entre les personnages.

La légende Baahubali 02

Néanmoins, le dialogue ne l’emporte jamais sur la mise en scène et le plus important est exprimé à l’image. Les scènes de combat sont souvent l’occasion d’afficher le lien invisible qui relie deux personnages, l’amour, l’amitié, la relation filiale. Les armes sont échangées, sans même qu’il y ait besoin d’un regard, les gestes se coordonnent, le tout dans une chorégraphie harmonieuse qui donne à certaines scènes de rencontre amoureuse l’aspect de parade nuptiale.

Le film repose aussi sur des comédiens très impliqués, au jeu parfois expressionniste, manière de refléter la force intérieure qui,anime les personnages. Impossible d’ignorer le charisme de Ramya Krishnan qui incarne Sivagami, mère adoptive de la première incarnation du héros. Lorsqu’elle apparaît, elle éclipse tous ses partenaires. Quant à Prabhas, qui incarne les deux Baahubali, il est doté d’un capital sympathie à toute épreuve.

Les protagonistes incarnent des archétypes reconnaissables, on pense parfois à Hamlet, à Titus Andronicus ou Richard III, et le réalisateur cinéphile parle de l’influence de péplums tels que LES DIX COMMANDEMENTS de Cecil B. DeMille ou BEN HUR de William Wyler, dont on reconnaît l’inspiration à travers cette histoire de frères ennemis et un char qui rappelle la célèbre scène de course.

La légende Baahubali 01

On peut même voir un clin d’œil à IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST, lors d’une scène de désert, où l’intrigue de la première partie atteint son paroxysme sous une arche naturelle. Amours, jalousies, fils préféré ou rejeté, légitimité du pouvoir, vertus, culpabilité, intrigues de cour, questionnement moral, on trouve dans BAAHUBALI absolument tout ce qui constitue les récits fondateurs.

Rajamouli sait utiliser ses personnages comme forces du récit et il les sert admirablement bien dans sa façon homérique de les filmer, au ralenti, en contre-plongée, comme des divinités surplombant les adeptes que nous sommes, et dont chaque geste altère l’espace de manière fracassante. Pour les admirer, il nous faut lever les yeux vers l’écran du cinéma.

On ressent devant LA LÉGENDE DE BAAHUBALI ce que les pèlerins ont dû ressentir en entrant dans la première cathédrale gothique, dont l’ampleur avait pour perspective d’édifier le visiteur, cette même sensation de grandeur presque sacrée.

La légende Baahubali 04

C’est ce qui frappe et impressionne dans le film : ces dimensions hors norme, ces grandes images qu’on devine conçues pour le grand écran. Pour des yeux occidentaux qui pourraient être rétifs à la débauche d’effets, de corps musclés et de sentiments exacerbés, il est nécessaire de laisser de côté notre habitude occidentale du jeu naturaliste et de la retenue subtile, si l’on veut apprécier la plus grande qualité de mise en scène de Rajamouli, c’est-à-dire cette foi absolue en l’image. Le film a la saveur des histoires d’antan. En se référant à des mythes de toutes origines, Hercule, Moïse, le Mahabharata directement cité par le scénariste du film, Rajamouli aspire à composer le récit ultime.

Il y a un immense plaisir face aux images spectaculaires à croire que tout est possible, ce qui, pour le spectateur invité à renouer avec sa fraîcheur enfantine, est très enthousiasmant. L’ensemble ne manque toutefois pas d’humour, et on sent l’amusement à exploiter tout élément du décor de la façon la plus excessive, quitte à provoquer un rire face à certaines incongruités, rire doublé d’une satisfaction joyeuse à l’égard de ce film qui ne recule devant rien. On assiste à la naissance de figures légendaires dotées de signes extérieurs d’exception, à un nouveau folklore qui a la teneur des contes. Oui, on se bat à coups de chars, contre des taureaux à mains nues, en défiant toutes les lois élémentaires de la physique, et qu’importe puisqu’ici, tout pouvoir est donné à la fiction.



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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Charlotte Dawance-Conort

Ses films préférés - Tree of Life, Brazil, La Nuit du Chasseur, Take Shelter, Nostalgie de la Lumière.