Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

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La Ruée

Un texte signé Vincent Trajan

Nationalité
USA
Année de production

1932
Réalisation

Frank Capra
Titres alternatifs

American Madness
Interprètes

Walter Huston, Pat O'Brien, Kay Johnson, Constance Cummings, Gavin Gordon

Au lendemain de 1929, le cinéma social américain va repartir de plus belle avec pour toile de fond les répercussions de la crise sur la société US, la foi inébranlable en l’Amérique et les sacro-saintes valeurs des Etats-Unis. Parmi les cinéastes du moment, c’est Frank Capara (ARSENIC ET VIEILLES DENTELLES, L’EXTRAVAGANT MR DEEDS, MR SMITH AU SENAT, L’HOMME DE LA RUE…) qui va tirer son épingle du jeu, en basant ces réalisations sur un seul et même personnage : le Monsieur tout-le-monde américain, le fameux John Doe. C’est tout le monde et personne à la fois : l’américain moyen, idéaliste, patriote, philanthrope, moral et humaniste. Qu’il soit issu de la rue ou du patronat, ce personnage va devoir affronter le cynisme, la corruption et l’affairisme de la société en se posant comme l’incarnation de l’idéal américain…

C’est donc sur cette trame-là que Frank Capra se lance en 1932 dans la réalisation de LA RUEE (AMERICAN MADNESS), un film Rooseveltien qui (pre)sent déjà l’ère du New Deal…
L’histoire est celle de Mr Dickson (Walter Huston), un banquier souriant et optimiste (l’américain moyen, idéaliste, patriote, philanthrope, moral et humaniste, donc…) qui accorde des prêts avantageux à ses clients en qui il a toute confiance, avec une seule idée en tête : faire travailler le capital, pour relancer l’industrie et le pouvoir d’achat, au lieu de thésauriser et spéculer à outrance.
Mais un de ses caissiers doit payer une dette de 50.000$ à la mafia locale. Au pied du mur, l’indélicat employé va laisser la porte du coffre ouverte, pour que ses « créanciers » belliqueux puissent se payer au risque de faire couler la banque quand les clients auront eu vent de l’affaire…

Cette fois encore, Frank Capra va faire un film sur l’américain moyen pour l’américain moyen – sa thématique récurrente – avec beaucoup d’aplomb, sur une fine couche de propagande. Pour ce faire, il va s’attacher à décrire des personnages hauts en couleurs empreints d’un idéalisme aveugle (il faut voir Mr Dickson expliquer à son conseil d’administration vindicatif que c’est sa foi en ses clients qui relancera l’économie du pays) et d’une rectitude morale sans borne (Matt, l’un des caissiers voit Mr Dickson comme son propre père).
Chacun de ses personnages fera donc bloc à sa manière, autour du directeur de la banque, pris dans la tourmente professionnelle lorsque la population viendra en masse retirer son argent de peur de se le faire voler, mais aussi pris dans une tourmente amoureuse fasse à une épouse qui s’apprête à devenir volage…

LA RUEE s’appréhende donc comme un métrage à la façon d’un véritable porte-parole du cinéma social / comique de Capra, parfois un brin populiste et manichéen mais toujours touchant (les petits épargnants et les industriels que Mr Dickson a aidé viendront déposer leur argent dans sa banque pour inciter les petits épargnants à faire de même).
Et même si on frôle parfois avec un sentimentalisme trop prégnant (accusé à tort Matt risque de finir ses jours en prison. Il pourrait vite se déculpabiliser en disant la vérité… sauf que cette vérité ferait de la peine à son directeur…), force est de constater que Frank Capra maîtrise son sujet à merveille, et réussit le tour de force de mettre en place une dynamique forte, grâce à un sacré mélange des styles (on passe de la comédie au drame social tout en passant par une satyre corrosive de la société américaine en un clin d’œil).
De plus, le metteur en scène va innover un nouveau rythme dans ce long métrage, puisqu’il n’y aura aucune transition, aucune entrée ni sortie d’acteurs, aucun fondu enchaîné mais seulement des chevauchements de dialogues agréablement bien amenés…

A l’arrivée, LA RUEE représente donc l’archétype du cinéma social américain d’après crise de 1929 avec cette Capra touch si reconnaissable. Le réalisateur signe ici un film idéaliste et humaniste qui se refuse à aller dans le pessimisme dans une Amérique déstabilisée.
LA RUEE a eu l’effet d’une véritable bombe à l’époque où Hoover était encore président… et aujourd’hui, on se dit que cet effet gagnerait à être remis au goût du jour, tant l’écho avec la crise actuelle est si criant…


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Article rédigé par Vincent Trajan

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