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Chez la famille Palmer, unie et aimante, on trouve Russell le père, June la mère et Mathew le fils. Ils sont tous les trois en choc car Alice, la fille, a disparu lors d’un après-midi au bord d’un lac. L’inquiétude ne durera pas, son corps sera retrouvé au fond du bassin. La tristesse infinie s’installe et nul doute que l’adolescente manquera à jamais.
Plus tard, Mathew constate une étrange apparition. Découvrant une photo prise du jardin vide, il y voit une anomalie : la silhouette d’une jeune fille, manifestement sa sœur. Après avoir installé une caméra dans la maison pour filmer de nuit, on distingue bien une apparition fantomatique traverser l’intérieur du foyer. C’est le début de longues découvertes. Un documentaire revient sur leur histoire.


Une pépite venue d’Australie
Récemment, un faux documentaire australien est venu faire son apparition dans bon nombre de festivals avant d’atterrir en VOD sur nos petits écrans français. Faux talk-show de 1977 où est invitée une enfant possédée, Late night with the devil fut une belle surprise des frères Caines. Parmi les nombreux producteurs, on y trouve le nom de Joel Anderson.
Après un court-métrage en 2002, ce dernier n’a réalisé qu’un seul long-métrage à la fin des années 2000 avec Lake Mungo, lui aussi un faux documentaire dont le point de départ, et surtout le patronyme de l’héroïne, renvoient à une célèbre série, celle fameuse aux sommets jumeaux. Lake Mungo lui est très discret pour le grand public mais très marquant pour le spectateur, car ce film n’a certainement pas peur de hanter.
Progression entre eaux troubles
Le fantôme d’une jeune fille disparue habite le foyer familial, ce pitch va aussi bien au drame qu’à l’horreur. Joel Anderson préfère définir son film comme un thriller paranormal, mais Lake Mungo tire sa force en évitant tout genre prédéfini. Il y a bien sûr du drame : chaque parent Palmer vit son deuil personnellement, et leurs choix sont lourds de conséquences. Il en est de même de l’horreur : l’effroi d’être visité par une entité surnaturelle est prégnante, soulignée par un simple zoom dans l’image ici. De ses deux aspects ressort le mystère, et la recherche de vérité qui suit.


Le film se débarrasse de tout cartésianisme, l’amour familial faisant foi, et Lake Mungo apparaît alors comme une enquête. Non avare en idées et rebondissements, le film évolue de révélation en révélation, récoltant semblants de réponses et des mystères aux contours flous. On est devant notre écran comme dans un labyrinthe où trouver son chemin, ou plutôt celui d’Alice, spectre d’une jeune fille perdue aux secrets bien gardés de son vivant.
Visions protéiformes
Plus qu’un genre, Lake Mungo s’épanouit dans un format, celui du faux-documentaire. Ce dernier est un terreau formidable pour la créativité cinématographique. Il s’accorde à toutes les époques, toutes les émotions et tous les styles, à condition bien sûr d’être manié respectueusement et avec cohérence. Sur cet aspect, c’est irréprochable, chaque image est légitimement enregistrée et pertinente narrativement.
Le film fait côtoyer des régimes d’images divers avec interviews face caméra, vidéos de famille, bandes et fichiers retrouvés. 35 mm, 16 mm, bande magnétique sur cassette, HDCAM ou encore téléphone portable, Lake Mungo use d’une multitude de supports d’enregistrement et nous fait naviguer de texture en texture, de l’argentique au numérique, de l’analogique aux pixels, on trouve avec exhaustivité tous types d’images. C’est que celles-ci sont vectrices d’énormément de choses, de l’émotion via les souvenirs, de la manipulation via leurs utilisations et beaucoup de révélations par leurs découvertes. Le film progresse à mesure de leurs visionnages et à travers elles, on voit Alice sous plusieurs apparitions, diverses apparences et aucune ne nous paraît fausse.


Alice aux abysses du réel
Pour conclure, Lake Mungo est comme une pieuvre, cette créature d’une grande fluidité et incarnant le mystère. Il nous attrape de ses multiples tentacules pour nous emmener dans les abysses sombres. C’est là où réside l’intérêt de Lake Mungo et de son héroïne plongée dans les profondeurs marines : comme elle avec sa famille, le film nous fait traverser l’écran comme une surface d’eau opaque, et on se rend compte que l’image cache beaucoup derrière son plan en deux dimensions.
Pour la famille Palmer, c’est faire connaissance avec leur fille une fois passée dans l’au-delà. Pour nous spectateurs, c’est un voyage intense, très émouvant et incroyablement angoissant. Rendant très crédible et proche de nous cette histoire de deuil, le format du faux documentaire fait sauter définitivement notre incrédulité tout en nous rappelant constamment la fausseté du procédé. Ce n’est pas pour nous berner ou critiquer notre rapport à l’image, mais pour célébrer l’art cinématographique et mieux révéler notre psyché collective, imprégnée par la puissance de nos visions.
TEST DU BLU-RAY/DVD
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Article rédigé par Paul Siry
Ses films préférés - Requiem pour un massacre, Mad Max, Ténèbres, Chiens de paille, L'ange de la vengeance











